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Rroms : la Ville répond à l’urgence humanitaire par une nouvelle expulsion

9 août 2011 - Dernier ajout 12 décembre 2012

Le cycle infernal des expulsions de Rroms continue à Marseille. Hier, suite à une réunion en préfecture, le maire déposait un arrêté préfectoral demandant l’évacuation des familles installées Porte d’Aix. Ce mardi, le tribunal administratif a statué. Verdict : on prend les mêmes et on recommence. Les Rroms ont 24 heures pour quitter les lieux après notification de la décision. Un énième refoulement que subiront ces 100 à 200 personnes ; la seule réponse dont la mairie soit semble-t-il capable, face à ce que les associations désignent pourtant comme « une crise humanitaire » majeure. Compte rendu d’audience.


 

Nouvel et tragique épisode dans le jeu du chat et de la souris - ou plutôt de la traque - à laquelle se livre la mairie de Marseille à l’encontre des quelque 1 500 Rroms que compte la ville. Plus d’une trentaine d’entre eux, installés provisoirement porte d’Aix, étaient convoqués ce mardi après-midi au Tribunal administratif, à la demande de la Ville de Marseille. La municipalité demandait en effet l’évacuation du terrain occupé illégalement. Raisons invoquées : « trouble à l’ordre public », et « insalubrité » relative aux conditions sanitaires imposées. Quelques Rroms et leurs enfants - que le juge ne prendra pas la peine de nommer, citant seulement le premier d’entre eux - étaient présents, soutenus par des militants associatifs vent debout contre la politique imprimée par la majorité présidentielle et parfaitement exécutée par son plénipotentiaire local Jean-Claude Gaudin. Dans les rangs, quelques politiques aussi, dont le conseiller régional Gauche Unitaire Jacques Lerichomme, symboliquement ceint de son écharpe, ou encore Jean Sicard, du Front de Gauche. Mais peu, voire pas d’élus locaux...

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Une trentaine de Rroms comparaissait mardi après-midi devant le tribunal administratif de Marseille. Ils étaient défendus par Me Cohen (à g.) ©AAM/Med’in Marseille

Caroline Godard, membre de la LDH et de Rencontres Tsiganes, première à relayer l’information de la convocation devant la juridiction administrative, se désespère : « déplacer le problème n’est pas une solution. Ils iront sur le trottoir d’en face. Et après ? » Pour Philippe Dieudonné, vice-président de la LDH 13, ce référé est la conséquence d’un nouvel abandon des collectivités locales : « la Ville de Marseille veut expulser des gens déjà à la rue. On demande depuis des années qu’ils aient au moins un lieu pour pouvoir se poser, qu’ils puissent vivre dans des conditions humaines. On a même proposé des endroits possibles, mais les pouvoirs publics refusent ».

 

 

Manque de volonté politique et/ou mauvaise foi qui se traduisent depuis des semaines par un bras de fer entre militants et mairie. Les associations ne savent plus à quel saint, ni collectivité se vouer. Ils exigent de longue date l’arrêt immédiat des expulsions et la mise à disposition de terrains publics... En vain.
Pour mémoire, Médecins du Monde soulignait fin juillet dans son rapport « le harcèlement policier » et la « sur-précarisation » d’une population déjà vulnérable. Une tendance qui risque donc encore de s’aggraver un peu plus dans les prochains jours avec cette nouvelle décision. Rappelons également qu’un émissaire français de l’ONG European Roma Rights Center s’est rendu ce week-end à Marseille afin d’évaluer la situation des Rroms et en faire état auprès des institutions européennes. En définitive, seul le premier édile de la commune ne semble pas s’alarmer !

Cachez cette misère qu’on ne saurait voir

Sans surprise et au moins fidèle à elle-même, la mairie de Marseille, représentée par Me Lombard, a donc plaidé pour l’évacuation d’un terrain occupé sans droit. Clameur dans la salle lorsque l’avocate traduit le cynisme absolu de l’institution publique en requérant une amende de 500 euros par personne pour frais de procédures. La présence de dizaines de personnes au pied de l’arc de triomphe - échouées là consécutivement à de précédentes expulsions - engendrerait selon la mairie des « troubles à l’ordre public », dans un « jardin  » ne supportant ni qu’on y « mange », ni qu’on y « dorme ». Attendez-vous à ce que tout pique-nique ou sieste sous le figuier soient interdits et réprimés dans les parcs Borély et Pastré...

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Me Lombard représentait la mairie de Marseille ©AAM/Med’in Marseille

Un argument que réfute Me Daniel Cohen, l’avocat représentant les familles. Pour lui, ce qui gêne avant tout les pouvoirs publics, c’est « le spectacle de la misère » qui a élu domicile et se donne chaque jour à voir non seulement en plein centre-ville, mais surtout à l’entrée de la cité, passage quasi obligé des touristes en goguette :

 

Me Cohen, « avocat en colère », n’a cherché à dissimuler ni son indignation, ni son émotion. Il a surtout joué sur les vices de procédures lors de son plaidoyer, faisant toutefois au préalable référence à la responsabilité de la Ville, apostrophant le juge et le maire au passage : « Nous ferions mieux de trouver des solutions au lieu de lancer une procédure. La mairie devrait plutôt trouver un hébergement : ce serait plus utile que de demander au juge d’aider la Ville à cacher, car c’est bien là l’objet du référé ! Bougez-vous Monsieur le maire, on attend autre chose de cette situation que l’intervention d’un juge administratif ! ». L’avocat a ensuite pointé du doigt le laps de temps très court entre la remise de la convocation et l’audience. Les Rroms n’ont, de surcroît, reçu qu’une convocation sans que la requête n’y soit adjointe. Le défenseur a rappelé que même si ces derniers vivaient dans la misère, leurs droits devaient être respectés comme les autres. Deuxième point d’achoppement des deux parties : la voirie, qui pour l’avocat fait partie du domaine de compétence de la communauté urbaine MPM et non de la municipalité. « La place d’Aix est gérée par la Communauté, la mairie n’a donc pas à agir, même si elle est propriétaire », a t-il plaidé.

« Urgence »... Pour les Rroms ou pour la Ville ?

Dernier point de démonstration de l’avocat : l’utilité et l’urgence du référé, c’est à dire de l’expulsion. « Est-ce urgent de les faire partir ? Non », répond Dany Cohen : « Si vous faites un référé vous devez justifier de circonstances particulières prouvant l’urgence et l’utilité de la mesure. Certes, il y a urgence sanitaire. Mais elle ne changera pas avec le départ vers un autre trottoir. Quant à l’utilité, pour les mêmes raisons, il n’y en a pas car il n’y a pas non plus de trouble à l’ordre public. Sauf à considérer que, comme le pense la mairie, c’est la visibilité de ces gens qui dérange », déclare ce dernier. « L’indignité ne vas pas cesser : si on les enlève, l’indignité ira juste à un autre endroit », lance t-il. S’il y a effectivement investissement «  illégal » du domaine public, « cette occupation ne suffit pas à caractériser l’existence d’une menace à l’ordre public ou l’urgence pour demander une expulsion », poursuit l’avocat.

La seule urgence pour la Ville ne consisterait-elle pas plutôt en une réponse structurelle et sur le long terme à la crise humanitaire que vivent les Rroms et qu’elle-même reconnaît ? La responsabilité morale ne semble cependant pas être à l’agenda de l’Hôtel de Ville. Devant ce nouveau refus de la mairie, avocat comme associations ne comptent plus désormais que sur la mobilisation citoyenne. Jean-Claude Gaudin expliquait vendredi qu’il y avait « trop de Rroms » à Marseille et qu’il serait bon de les voir partir « ailleurs ». Quant à savoir où ? Mystère...

Une chose est sûre, la destination ne semble pas être le problème de la municipalité, du moment que ces « indésirables partout » disparaissent. Et si possible dans leur pays d’origine. Un peu plus tôt, l’OFII venait « offrir » aux Rroms pouvant en bénéficier (soit ceux qui ne l’ont jamais perçue), l’Aide au retour humanitaire (ARH) d’un montant de 300 euros, en contrepartie de leur reconduite « volontaire » aux frontières. Destination la Roumanie, la Bulgarie, la Moldavie. Là où ils pourront crever de faim sans que ça nous crève les yeux.

 

 

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