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Révolution tunisienne, et après ?…

2 février 2011

Ce vendredi, nous étions à la Maison du Maroc, où se tenait une conférence/débat sur la révolution tunisienne.

Les intervenants, Vincent Geisser et Michael Ayari, ont fait le point sur la situation, et sur les enjeux actuels de la révolution tunisienne, ses causes, et ce à quoi on est en droit de s’attendre pour la suite des évènements ; après quoi ils ont répondu aux questions posées par les personnes présentes.


 

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Le choc fantastique de cette révolution tunisienne a submergé nos cœurs, tous autant que nous sommes, nous a subjugués. Le feu de joie dans lequel s’est finie la dictature de Ben Ali nous a éblouis, brillant si intensément de l’éclat de la Liberté, cet éclat si puissant qu’à chaque fois qu’on l’aperçoit on se dit « je ne me souvenait pas que c’était si fort ! ».

Comme il est vrai le slogan aperçu çà et là : Tunisiens, le Monde est fier de vous ! »

Pourtant, le panier de crabe politique est toujours là pour nous remettre les deux pieds sur terre, et, Dieu merci, nous avons des analystes à l’intellect aiguisé en Vincent Geisser et Michael Ayari pour nous résumer les enjeux de ce qui se trame actuellement en Tunisie, déjouant les pièges sémantiques dans lesquels on tombe trop souvent.

Et le mot d’ordre n’est décidément pas « clivage manichéen », c’est le moins que l’on puisse dire, et c’est important d’en prendre conscience. Car il est nécessaire de démasquer toute tentative de détournement de la révolution tunisienne, d’où qu’elle vienne ; tant la réussite de la transition démocratique a une importance majeure.

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Les causes

Les causes de l’insurrection libératrice étaient connues et Vincent Geisser a même précisé qu’il en était venu à la conclusion de l’imminence d’un renversement de régime en Tunisie, partant de simples constatations, sans avoir accès à aucune donnée secrète d’aucune sorte. Michael Ayari a ainsi évoqué la révolte du bassin minier de Gaffsa, en 2008/2009 (qui n’a pas eu autant de résonance chez nous que les derniers évènements) , qui, réprimée violemment, préfigurait le mouvement libérateur.

Le régime de Ben Ali, en bout de course, s’emballait, virant au tout sécuritaire, perdant le contrôle. La surprise vint surtout de la rapidité avec laquelle les évènements se sont déroulés.

Tout le monde fut pris de court par cette « révolution par le bas », partie du fin fond sinistré du pays, porté par de jeune diplômés au chômage, par des tunisiens excédés de subir un état mafieux gangrené par la corruption.

Ce ne furent pas des émeutes de la faim qui firent le lit de cette révolution, contrairement à ce que certains ont laissé entendre. Les visées étaient clairement politiques. Le départ de Ben Ali était le but de la manœuvre.

N’en déplaise aux conspirationnistes, il est d’ailleurs rigoureusement exclu selon Vincent Geisser et Michael Ayeri que la CIA ait orchestré ce renversement, mais il est indéniable, selon ces mêmes éclairés spécialistes, que les Etats Unis ont joué un rôle important, assurant l’armée tunisienne de son soutien, poussant par là le dictateur à précipiter son départ. Des mois de répression ont peut-être été évités, avec leur cortège de morts inutiles supplémentaires.

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Et après ?…

Après un renversement de situation si fulgurant, grande sont les craintes du peuple tunisien de voir se mettre en place une contre-révolution qui réduirait leurs efforts et sacrifices à néant.

De fait, deux tendances s’opposent, sans qu’il soit possible de clairement voir des « bons » et des « méchants ».

D’une part, nos analystes distinguent une tendance au « compromis sécuritaire », qui ferait de la Tunisie un état « raisonnablement démocratique », c’est notamment la solution qui trouve le plus grâce aux yeux de la France et des Etats Unis, car la plus à même de protéger les intérêts occidentaux. C’est aussi la plus probable.

D’autre part, une autre tendance se dessine, hétérogène elle aussi du point de vue de ceux qui la défendent, allant vers une démocratisation plus radicale, sans compromis avec l’ancien régime, qui impliquerait la formation d’une assemblée constituante. Cette solution, au grand dam des puissances occidentales, pourrait donner une place aux islamistes dans le processus démocratique.

Voici une fois de plus l’épouvantail islamiste qui pourrait être invoqué pour faire en sorte de ne pas laisser trop de liberté au peuple de Tunisie. Or c’est d’une profonde ignorance que vient cette attitude, qui fait penser à de nombreuses personnalités politique françaises, comme l’a ironiquement souligné Vincent Geisser, que « après tout, pour les arabes, un bon dictateur, c’est pas plus mal ! ».

Et c’est cette même ignorance crasse mêlée aux préjugés abjectes et paternalistes des responsables politiques français qui ont conduit aux prises de positions tièdes et indigne de la patrie des Droits de l’Homme que nous sommes censé être.

Vincent Geisser est très clair, la « bourde » de Michelle Alliot-Marie n’en était pas une, mais découle d’une politique française à l’égard des nations arabes, empreinte de mépris et de préjugés. Il s’agit d’une vision déconnectée de la réalité, d’un aveuglement idéologique, d’autant plus coupable qu’il est très certainement volontaire.

Quant à l’attitude de la région PACA face au régime Ben Ali, elle est encore plus coupable que celle du reste de la classe politique française, se perdant dans une collusion sans équivoque (Monsieur Guérini, nous rappelle Vincent Geisser, n’a-t-il pas insisté pour que le parti quasi unique de Ben Ali, le RCD, ne soit surtout pas exclu de l’internationale socialiste ?), caressant l’autoritarisme de Ben Ali dans le sens du poil. Que ce soit à gauche ou à droite, l’attitude des responsables politiques de la région fut profondément honteuse.

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« Ben Ali il est gentil, Ben Ali il a libéré la femme. »

Les prétextes invoqués en boucle sont toujours les mêmes : Ben Ali est un rempart contre l’islamisme, Ben Ali a libéré la femme, la Tunisie est un modèle économique…

Sur ce dernier point, Monsieur Geisser s’emporte : Certes, à l’échelle macroéconomique, la Tunisie est un exemple, mais au-delà du PIB et des indicateurs déshumanisés si chers au FMI et à la banque mondiale, à quel prix les tunisiens payent-ils ce « modèle économique » ? Au prix de leur liberté, au prix du chômage et des suicides de leur jeunes diplômés, et Vincent Geisser de souligner que beaucoup de jeunes tunisiens qui vivent du tourisme le font en vendant leur corps…

Nos politiques, toutes tendances confondues, ont volontairement sacrifié sur l’autel de l’économie de marché globalisée les libertés et les Droits de l’Homme en se rendant coupables de la collusion la plus abjecte avec le régime Ben Ali.

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Un exemple d’expression démocratique

Sur une note plus universelle, s’il faut tirer un enseignement de la révolution tunisienne, selon le chercheur, c’est en tous cas de « ne pas avoir peur », de ne pas abdiquer face aux tentatives d’intimidation, face aux tendances de plus en plus « tout sécuritaire » de nos gouvernements occidentaux. C’est en ayant peur que l’on se laisse enfermer par la dérive autoritaire. La vigilance concernant nos droits est notre devoir sacré de citoyen, quelque soit notre pays.

Les tunisiens viennent de brillamment nous démontrer qu’il n’y a pas de fatalité, et accessoirement que ce qui se passe dans un pays ne peut pas se réduire à une vision manichéenne, forcément biaisée et limitée.

Ne pas faire d’angélisme, ne pas diaboliser.

C’est à force de diaboliser, de s’enfermer dans une vision simpliste d’un islamisme unique que les puissances occidentales commettent de si graves erreurs.

Parmi les questions posées à Vincent Geisser et Michael Ayari, on notera particulièrement celle portant sur les médias français et leur attitude. Monsieur Geisser a tenu à signaler que bien qu’il y ait eu des dérapages (contrôlés ?), comme sur France 2, manifestement télécommandés de l’Elysée, la presse française a dans son ensemble gardé un minimum d’objectivité, étant depuis longtemps très critique vis à vis de la politique gouvernementale.

Ainsi, France 24, la voix de la France au Maghreb, rapportait quasiment en temps réel les événements au moment même où France 2 « dérapait ».

Par ailleurs, interrogé concernant Israël, Vincent Geisser a souligné que bien que l’état hébreu estime avoir perdu un allié en la personne de Ben Ali, l’ambivalence de l’attitude du dictateur, qui donnait volontiers régulièrement dans l’antisémitisme. Comme d’ailleurs nombre de dictateurs arabes sur lesquels s’appuie Israël, qui pense ainsi se prémunir contre l’islamisme, alors qu’il en fait le lit en appuyant des régimes autoritaires.

Au passage, Vincent Geisser a taclé les saoudiens, soulignant qu’ils représentaient l’islamisme, le « vrai » contre lequel il faut se battre, et avec lequel il ne faut pas faire de compromis, en ne les laissant pas financer des mosquées, par exemple.

Le Tiers-monde qui ne peut parler en son nom, celui qu’on plaint, c’est fini !

En conclusion, Michael Ayari a souligné que « le tiers-monde qu’on plaint, celui qui ne peut pas parler en son nom, celui à qui on envoie du riz, c’est bel et bien terminé ! » La Tunisie nous a donné une leçon magistrale de démocratie au sens étymologique du terme. Le peuple, le « Demos »(en grec) de « démocratie », a parlé, et a imposé jusqu’ici sa volonté ; bien que la vigilance et la prudence soient de mise quant à la suite des évènements, de nombreux acteurs ayant intérêt à voir capoter la révolution tunisienne.

Enfin, Vincent Geisser a tenu à souligner, en tant que citoyen, que la politique étrangère n’était pas, ne devait pas être la prérogative des gouvernements uniquement. Nous avons le devoir d’exprimer notre désapprobation, le devoir de manifester. Il faut que nous nous réappropriions en tant que citoyens la politique étrangère de notre pays.

Ne dit-on pas que la liberté d’expression (et par extension la liberté tout court) ne s’use que si l’on ne s’en sert pas ?

Puissions-nous entendre le message porteur de liberté et d’indépendance du peuple tunisien, et nous indigner, nous rebeller lorsque cela s’avère nécessaire. Puissions-nous ne pas laisser mourir nos belles idées, nos idéaux si précieux, pour lesquels nos aïeux révolutionnaires se sont battus et sont morts.

« Que ceux qui ont des oreilles entendent ! »

 



 

 

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