Articles

Accueil > Actualités > Rencontre avec l’écrivain Salim Hatubou, à l’occasion du « spectacle Kara, une (...)

 

Rencontre avec l’écrivain Salim Hatubou, à l’occasion du « spectacle Kara, une épopée comorienne »

15 octobre 2014

Ecrivain et conteur franco-comorien, Salim Hatubou est le grand auteur contemporain de la littérature comorienne en langue française. Romans, nouvelles, albums pour enfants, Salim Hatubou écrit depuis l’âge de 15 ans. Il est aujourd’hui publié aussi bien par d’importantes maisons d’éditions comme L’Harmattan que des éditeurs plus confidentiels, un choix qu’il assume. Son texte, co-signé avec l’anthropologue Damir Ben Ali : « Kara, Une épopée comorienne », a été porté sur scène par la metteur en scène Julie Kretzschmar, directrice de la compagnie « L’Orpheline est une épine dans le pied » et du théâtre Les Bancs Publics. Après une première représentation en juin 2013, dans le cadre de Marseille 2013, le spectacle est programmé pour deux soirs à la Friche Belle de Mai. « Kara… » retrace la vie du valeureux guerrier Kara, en prise avec une époque troublée faite de luttes de pouvoir politiques et guerrières et de trahisons, entre deux sultans comoriens au XIXème siècle. Cette véritable tragédie classique où l’honneur personnel se mêle aux intrigues les plus complexes est une authentique épopée des Comores et revoit à un épisode historique et au début de l’emprise française sur l’archipel. Rencontre avec Salim Hatubou qui vit et travaille à Marseille.


 

L’écrivain Salim Hatubou et le comédien et metteur en scène Soumette Ahmed

Salim Hatubou est un infatigable défricheur de la culture comorienne, de sa diaspora et de l’histoire de son pays. Il aime creuser là où ça peut faire mal, sans doute pour mieux dépasser les fantômes de tragédies mal cicatrisées. Son dernier travail, porte, d’ailleurs, sur les quatre tragédies qui ont endeuillé le peuple comorien. Intitulé « Trajets Dits », ce projet d’écriture, encore en cours, a l’ambition de mettre des mots sur les douloureux évènements du XXème qui ont secoué les Comores. Et Salim Hatubou le dit lui-même, dans son jeu d’écriture, il est confronté à une importante difficulté, celle de faire émerger de terribles souvenirs, de revenir sur des traumatismes enfouis et notamment de sa propre famille. C’est pourquoi le travail prend du retard. Il a choisi d’évoquer quatre épisodes éprouvants de l’histoire des Comores, celui du crash de la compagnie Yéménia en 2009, le naufrage du ferry comorien Le Samson en 2004 qui assurait une liaison entre les Comores et Madagascar, les émeutes anti-comoriennes aboutissant au massacre de plus de 1000 personnes à Majunga (Madagascar) en 1976, qui est « un véritable génocide qui ne dit pas son nom » et les persécutions et la fuite de la diaspora comorienne de l’île de Zanzibar entre 1964 et 1968. Ce texte, conçu à trois voix, fera l’objet d’un travail théâtral confié à Soumette Ahmed, comédien et metteur comorien prolixe, acteur dans Kara, qui entend le restituer dans l’archipel.

DR Didier Nadeau

Pour Salim Hatubou, il est essentiel d’œuvrer à la transmission de l’histoire et de la culture de Comores, car aujourd’hui le passage entre les générations ne se fait plus. Essentiellement orale, la tradition imaginaire faite de contes, de légendes, d’histoires, de mythes fondateurs et de sens n’est plus relayée. Sa grand-mère, conteuse lui a transmis le goût des histoires et sa mère qui a vécu une grande partie de sa vie à Zanzibar lui lisait de la littérature en langue anglaise. Il travaille également avec des femmes comoriennes en France pour restituer ce patrimoine oral, non préservé. « Au départ, quand je demande aux femmes de m’apprendre des contes des Comores, elles me parlent d’abord de contes occidentaux et si j’insiste, alors là, le souvenir revient. » Il explique également : « J’ai assisté à des ateliers de danses traditionnelles pour des jeunes Comoriens, à Marseille, notamment, mais ça sonne creux, car on ne leur a pas transmis le sens profond de ces danses et l’histoire à laquelle elles se réfèrent ».

DR Didier Nadeau

Kara, celui qui ne craint personne

Ainsi pour Kara, il est parti en 2005, au Comores recueillir la parole de personnes âgées qui détiennent encore le savoir ancestral. Il a pu aussi avoir accès au travail que l’anthropologue Damir Ben Ali, président de la nouvelle université des Comores, avait impulsé dans les années 1970. Et entendre des bandes audio transcrivant le récit d’anciens, recueillis dans les années 1970, bandes mal conservées qui achevaient de se détériorer, dans l’indifférence générale. Petite confidence de l’auteur, Salim a appris, par hasard, que sa famille est descendante du guerrier Kara.
A partir de ce matériau, et des rencontres avec les habitants, il a travaillé avec Damir Ben Ali, dans le cadre d’une résidence à Marseille pour cosigner le texte Kara et en tirer un récit fictionnel.

Le spectacle a été joué aux Comores en septembre dernier, à guichet fermé. Pour Salim Hatubou, il est intéressant de s’apercevoir que selon la région des Comores, le personnage de Kara est tantôt perçu comme un héros, tantôt comme un traite. Car Kara, homme d’honneur, (et « d’une grande fidélité », précise l’auteur) a finalement davantage écouté son sang que les alliances politiques. Ce personnage fictionnel est historique. En résumé, l’histoire est celle de Kara, guerrier valeureux au service du grand sultan comorien Msafumu, qui régnait alors sur tout l’archipel, depuis la cité royale Ntsudjini, située à la grande Comores. Les Comores étaient alors divisées en sept sultanats, organisations politiques nées après l’islamisation arabo-persane du X-XIème siècles. Par ses qualités de stratège militaire et politique, Kara avait précédemment aidé Msafumu, puissant sultan, à conquérir le pouvoir sur tout le pays. Mais un autre personnage, Saïd Ali, descendant de Sultan en exil, revient pour récupérer son trône dans le petit sultanat de Bambao. Et là, l’histoire se complexifie et l’intrigue prend corps, car le royaume de Bambao a été donné au beau-frère du sultan Msafumu, nommé Saidi Abdallah, et ne peut donc le restituer, car sa femme s’y oppose. Une lutte va s’engager entre les deux sultans, Msafumu et Saïd Ali et la guerre est déclarée. Kara va basculer dans le camp de Saïd Ali, après l’assassinat de sa sœur jumelle par la sœur du sultan Abdallah et après le refus du sultan Msafumu de lui rendre justice. Il offre alors sa connaissance de la cité royale à Saïd Ali et l’aide à vaincre le pays. Mais, les Français, déjà présents dans la région vont se servir de ces dissensions internes et des dangers de la piraterie pour étendre leur influence sur l’archipel. Ce récit relate un « moment charnière pour notre archipel », un moment « où se scelle le destin de toute l’île », explique Salim.
Le sultan Saïd Ali, désormais sultan de toute la Grande Comores, signe avec le français Léon Humblot en 1885 un contrat de protectorat, pour officiellement aider à la lutte contre la piraterie. En 1886, Les Français font signer un traité de protectorat à Anjouan, et utilisent la marine contre le sultan Saidi Abdallah. En 1897, les Français exilent Saïd Ali à La Réunion pour s’emparer du pouvoir et mettent à la tête des Comores un « sultan blanc », le dénommé Léon Humblot. L’annexion officielle des Comores par la France est prononcée en 1912 et l’île est intégrée à la colonie française de Madagascar.

« Les Comores doivent renouer avec leur passé africain »

Salim est particulièrement satisfait de l’équipe artistique du spectacle. La distribution des rôles, confiée à la fois à François Moïse Bamba, un comédien burkinabais qui joue le guerrier Kara et à Soumette Ahmed, acteur comorien qui interprète les deux sultans, est pour lui « symbolique, car cet archipel, les Comores, il faut l’ancrer dans le continent africain, même si nous avons vécu l’influence des Arabo- persane ». Il tient à revenir aux racines africaines des Comores, car il est particulièrement inquiet face à la montée d’un islam radical, importé de l’étranger, auprès des jeunes comoriens dans l’archipel, qui « ne correspond pas à notre tradition d’un islam modéré où des rites animistes, héritiers de notre passé africain, sont encore présents, ce qu’on a appelé notre islam vanille. » Le cosmopolitisme de l’équipe du spectacle, avec une metteur en scène française, Julie Kretzschmar, une actrice française, Marion Bottolier, un chœur de « Deba » formé par une douzaine de jeunes femmes marseillaises d’origine comorienne est pour lui, essentiel. Le deba un répertoire féminin de chants et de danses d’inspiration soufie.

La pièce a été jouée en juin 2013, à Marseille au parc du Grand Séminaire (Marseille 14ème). « Ce ne serait plus possible aujourd’hui », se désole Salim Hatubou, en ayant en tête la récente élection d’une maire FN dans le 13-14ème. A ce propos, Salim Hatubou envisage de quitter la France, et de retourner vivre aux Comores, excédé par « le racisme décomplexé » qui sévit aujourd’hui dans l’Hexagone…. Sans commentaires.

Mercredi 15 octobre à 19h30
Jeudi 16 octobre à 20h30
Tarifs : normal : 12 euros. Réduit : 8 euros
04 95 04 95 95
www.lafriche.org, sur place à l’accueil-billetterie
Lieu : Friche la Belle de Mai

Les ouvrages de Salim Hatubou. Romans et contes

Treize merveilles pour une princesse d’Afrique (à paraître)
Demain, je m’en irai (à paraître)
Les démons de l’aube. Paris, Editions L’Harmattan, 2006
Hamouro. Paris, Editions L’Harmattan, 2005
Un conteur dans ma cité. Marseille, Editions Encres du Sud, 2000
L’odeur du béton. Paris, Editions L’Harmattan, 1998
Le sang de l’obéissance. Paris, Editions L’Harmattan, 1996

Prix et distinctions

Prix Diamant en Belgique pour Comores-Zanzibar, éditions Françoise Truffaut
Prix Insulaire à Ouessant pour Ali de Zanzibar, éditions Orphie
Prix Kalam de bronze décerné par le Ministère de la Culture aux Comores
Prix des lecteurs à Mayotte pour Hamouro, éditions l’Harmattan

 



 

 

Autres articles Actualités

 

Brèves Actualités

  • 17 octobre

     

    La ville de Marseille a voté un plan à 1 milliard d’euros de reconstruction des écoles, par des partenariat public-privé

    Un plan massif, à un milliard d’euros, pour reconstruire les écoles de Marseille Régulièrement épinglée pour le délabrement de certaines écoles publiques, la ville de Marseille a voté lundi un plan massif de reconstruction d’un montant d’un milliard d’euros, via des partenariats public-privé (PPP) contestés par l’opposition. "Le projet que nous nous apprêtons à lancer est considérable, c’est un véritable plan Marshall qui n’a aucun équivalent ni dans l’histoire de la ville de Marseille ni dans aucune autre ville", a vanté le maire (LR) Jean-Claude Gaudin, devant le conseil municipal. Le plan prévoit la destruction de 31 établissements obsolètes des années 1960, et leur remplacement par 28 nouvelles écoles, (...)

     

  • 16 octobre

     

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité à Marseille lance une pétition

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité lance une pétition en ligne, avec une lettre ouverte à Jean-Claude Gaudin " Nous nous sommes mobilisés pour vous apporter les preuves de ce triste constat à travers le Livre Noir de Marseille : Etat des lieux de chaque quartier de la cité. Vous y observerez les rats que côtoient les usagers chaque jour. Ils s’attaquent aux câbles des voitures et pénètrent chez nous. Leurs cadavres trainent dans les rues et dans les parcs….Leur prolifération est vectrice de maladie comme la leptospirose…La gale et la teigne sont revenues dans nos parcs et nos écoles !" (...)

     

  • 9 octobre

     

    Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry, lundi 9 oct

    Lundi 9 octobre 2017 Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry Pour la troisième journée consécutive les personnels ont décidé d’exercer leur droit de retrait, les conditions de sécurité n’étant toujours pas assurées, ni pour nos élèves, ni pour nous. Dans un communiqué, les professeurs et personnels, leurs sections syndicales, FSU, CGT, FO, SUD, CFDT précisent :"Vendredi, la direction académique a dit réfléchir à la possibilité d’affecter à l’année 4 ou 5 AED supplémentaires sur notre lycée pour la vie scolaire. Il y a urgence ! Nos élèves doivent pouvoir reprendre les cours au plus vite, dans des conditions de sécurité restaurées. Il nous est insupportable d’être une nouvelle fois (...)

     

  • 6 octobre

     

    Lycée Saint exupéry, les enseignants font valoir leur droit d eretrait, suite à des violences

    DROIT DE RETRAIT AU LYCEE SAINT-EXUPERY DE MARSEILLE "La rentrée chaotique du lycée continue … En grève le 5 septembre, les personnels dénonçaient déjà les conditions de travail fortement dégradées suite à la perte de 30 contrats aidés (CUI), assurant notamment l’encadrement des élèves et l’entretien des locaux. De façon prévisible, les 10 postes reconduits n’ont pas suffit à assurer la sérénité du travail dans l’établissement. Depuis un mois seulement, les incidents se multiplient, les actes de violence sont récurrents :- 315 exclusions de classe- 6128 absences d’élèves- 490 passages à l’infirmerie- 9 évacuations par les pompiers … Suite à une bagarre d’une violence extrême ce mercredi, l’ensemble des (...)

     

  • 4 octobre

     

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13, Marseille. dimanche

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13 Un repas de soutien au collectif Al Manba , soutien migrant-es 13 ; est organisé aux jardins partagés de l’Annonciade, quartiers nord, les Aygalades, à partir des récoltes. Discussions, musique, buvette, chaleur humaine par Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba dim 12:00 · Chemin de la Mûre, 13015 Marseille Page FB Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba

     

  • 4 octobre

     

    Recours au Conseil d’Etat , contre le gel des contrats aidés

    Emplois aidés : La justice va-t-elle suspendre le gel décidé par le gouvernement ? TRAVAIL Le Conseil d’Etat examine mardi 03 octobre, un recours déposé par des élus écologistes et plusieurs associations contre la remise en cause des contrats aidés décidée par l’exécutif... http://www.20minutes.fr/economie/2143331-20171003-emplois-aides-justice-va-suspendre-gel-decide-gouvernement

     

  • 25 septembre

     

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées.

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées Depuis plusieurs semaines, des agents des musées dénoncent dans des courriers anonymes des passe-droits, voire les emplois fictifs dont bénéficieraient d’autres agents. La Ville a décidé de diligenter une enquête interne de l’inspection générale des services. A lire sur marsactu https://marsactu.fr/avis-de-tempete-dans-les-musees-de-marseille/

     

  • 25 septembre

     

    Selon la porte-parole de l’ONG Oxfam, Manon Aubry, avec les réformes fiscales engagées, "le gouvernement offre 24 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux plus riches".

    Réforme fiscale : "Les plus riches bénéficieront d’une hausse de revenus 18 fois plus importante que les plus pauvres" note Oxfam Selon la porte-parole de l’ONG Oxfam, Manon Aubry, avec les réformes fiscales engagées, "le gouvernement offre 24 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux plus riches". L’ONG de lutte contre la pauvreté Oxfam publie lundi 25 septembre, un rapport critique sur le projet de loi de finances 2018, intitulé Réforme fiscale : les pauvres en paient l’impôt cassé. Selon le rapport, les ménages les 10 % plus riches bénéficieront "d’une hausse de revenus au moins 18 fois plus importante que les 10 % les plus pauvres", alors que les 10% les plus riches possèdent déjà "56% des richesses (...)

     

  • 20 septembre

     

    CONTRE LA SUPPRESSION BRUTALE DES CONTRATS AIDES, RASSEMBLEMENT unitaire DEVANT LA PREFECTURE LE MERCREDI 20 SEPTEMBRE A 13H.

    Depuis la rentrée, l’annonce par le gouvernement de la fin programmée de tous les emplois aidés a réactivé la colère dans l’éducation, premier employeur de ces contrats. Les associations de parents d’élève se sont jointes à l’intersyndicale 1er degré en cette rentrée car elles sont bien conscientes des difficultés tant sur le plan humain que dans la dégradation de l’accueil des familles dans les écoles où les AADE sont devenues indispensables au bon fonctionnement. Le second degré de l’éducation, touché aussi par ces suppressions se joindra aussi à notre action le mercredi 20 septembre à 13h devant la Préfecture, à Marseille et l’action s’élargit en interprofessionnel. L’intersyndicale a demandé à être (...)

     

  • 14 septembre

     

    Emmaüs Pointe Rouge lance une collecte de dons pour les migarnts

    La Collecte de dons alimentaires pour les migrants de la Vallée de La Roya, est ouverte. départ du camion lundi 16 octobre. Le camion d’Emmaüs partira le lundi 16 octobre. Voir sur le site emmaus-pointerouge.com

     

Articles récents

Articles au hasard