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Rencontre au "Barbès café" avec le musicien Hichem Takaoute

27 juin 2011 - Dernier ajout 29 juin 2011

Révolutions en rythme, « aujourd’hui, maintenant, partout, tout le temps... »

Rendre hommage en musique aux révolutions arabes de ce printemps 2011 dans le cadre de « Barbès Café », spectacle lui-même dédié à l’histoire de la chanson de l’immigration maghrébine en France, l’idée nous a bien plu. Nous sommes donc allés à la rencontre de Hichem Takaoute, musicien et chanteur marocain, auteur compositeur du morceau « Révolutions », qui bourlingue entre Marseille, son port d’attache, Paris et le « bazar nomade ». Un gars avenant, qui n’a pas la grosse tête, même s’il a joué avec des stars, de Najjet Aatabou à Chab Bilal. Mais il a des « messages » à faire passer. Et une bonne touche musicale à la basse, la batterie, la guitare ou aux percussions...


 

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En France, les milieux politiques et culturels issus de l’immigration se sont montrés étonnamment confus face aux révolutions dans le monde arabe. Comme déphasés face à ce qui se passe « au bled ». Surexcitation des « blédards », apathie des militants de « l’immigritude », incapables d’organiser un soutien un tant soi peu efficace aux quelques centaines de Tunisiens de Lampedusa qui errent dans les rues de Marseille ou de Paris. Les Arabes de France n’ont pas, ou peu, contribué à l’effervescence culturelle des révolutions en cours. Des révolutions à dimensions globales, universelles, qui ont en revanche suscités une émulation créatrice ailleurs dans le monde (cf. notre article les Révolutions arabes en chantant).

C’est pourquoi, lorsque nous avons entendu dire que le spectacle « Barbès Café », lui-même dédié à l’histoire de la chanson de l’immigration maghrébine, se concluait sur une création musicale en hommage aux révolutions actuelles, notre réaction a été : Ah, enfin ! Les musiciens héritiers de l’immigration retrouvent le fil entre la chanson engagée des luttes d’antan et celles d’aujourd’hui. Nous sommes donc allés en mai dernier au Cabaret sauvage à Paris pour voir ce que ça peut donner. Avec un peu d’appréhension quand même, vu la com’ du spectacle, empreinte de nostalgie et de visuels désuets, fez rouge vissé sur la tête, silhouette de danseuse du ventre en arrière fond et couleurs pastel défraîchies etc.

Le spectacle, imaginé par Méziane Azaïche, le patron du Cabaret sauvage, laisse dans son ensemble une impression mitigée, à force d’approximations, historiques et musicales, et de références par trop consensuelles. Mais au moins, la fête est là, avec ambiance et clins d’oeil. Et l’orchestre enchaîne bien sur « Révolutions », un reggae pêchu qui nous incite à la révolution « aujourd’hui, maintenant, partout, tout le temps... ». Un morceau composé par le bassiste marocain Hichem Takaoute qui, hors scène, se montre un gars au contact d’emblée généreux.

Sa musique et sa démarche m’a rappelé celle des frères Mohamed et Mokhtar Amini, du groupe Carte de Séjour du début des années 1980. De jeunes artistes lyonnais d’origine marocaine injustement squeezés par la starisation du chanteur du groupe, Rachid Taha. Des gars sans égo sur-dimensionné qui, comme Hichem Takaoute, fusionnaient rythmique reggae et gnawa sur scène. Et qui crapahutaient entre traboules et montées de la Croix-Rousse, alors haut-lieu du mouvement associatif des « Khokh » (Arabes). Hichem Takaoute, lui aussi, prend le temps de travailler au sein du local associatif Muzikomania, dans le quartier marseillais de la Pomme, avec des groupes du coin. Sans oublier sa femme et son fils, qu’il évoque avec tendresse. Après le spectacle, nous avons fait connaissance, puis continué par ailleurs à échanger nos impressions.

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Entre tournées et activités locales, et en attendant l’arrivée sur Marseille du spectacle « Barbès Café » prévu pour l’année prochaine, Hicham Takaoute nous résume ici son parcours, nous parle de la solidarité entre musiciens et de la genèse de « Révolutions ». En toute modestie.

 

Pour écouter "Révolutions" d’Hichem Takaoute :

 

« Petit, on me donnait des bonbons pour danser ou taper des percussions »

« Je suis né à Casablanca au Maroc en 1970 puis, tout petit, ma famille s’est installée dans un petit village en Corse. Je me souviens encore d’une histoire. J’avais 3 ans, on m’a offert un harmonica. Un autre môme a voulu me l’échanger contre un sifflet. Comme je ne voulais pas, il m’a jeté une pierre à la tête. Cela m’a marqué.

Petit, j’avais déjà le rythme. On me donnait des bonbons pour danser ou taper des percussions. Et tout seul, je tapais sur des bidons d’huile. Puis vers 11 ans on m’a offert ma première guitare électrique. J’ai commencé à jouer avec des voisins rockers, et essayé d’enrôler tous mes copains pour faire de la musique. J’ai raté l’école, où j’ai ressenti le racisme ambiant en Corse, et j’en suis sorti à 16 ans. Heureusement, un magasin de musique a ouvert dans mon village, et le patron m’a fait confiance, j’ai pu toucher à tous les instruments et il m’a confié du matos. J’étais fier.

Des rockers du village corse aux musiciens de la « fusion », en passant par les « zoufris »

Avec les copains, j’ai monté le groupe Afro-Raï. On a aussi connu des zoufris (travailleurs immigrés) qui jouaient de la musique. Ils avaient des chambres minuscules, c’était révoltant. On a fait les mariages. Des fois, on jouait à la fête du trône pour les Marocains, et on n’a plus voulu nous payer parce qu’on faisait des « trucs de français » !

Puis à 18 ans, j’ai quitté la Corse pour aller sur Marseille, où j’ai beaucoup joué du funky ou du jazz dans les piano-bars. Quand le raï est devenu à la mode avec Cheb Khaled, j’ai un peu laissé tomber « la musique de chez nous ». Je n’aime pas trop les modes. Je préfère chercher des musiques nouvelles plutôt que de faire des reprises.

A Marseille, j’ai joué avec Raf, musicien funk martiniquais. On se voit toujours. En 1998, je suis monté à Paris, et j’ai joué dans différents groupes de notre milieu, la fusion, avec Karim Ziad, Mokhtar Semba. J’ai tourné avec Chab Bilal, fait l’Olympia avec lui, et avec Najjet Aatabou, Takfarinas, Akli D... On a aussi monté le groupe Zalamite avec le guitariste virtuose Abdenour Djemaï, joué dans Cheikh Sidi Bemol etc... Entre musiciens, on s’est beaucoup entraidé....

« Revolutions » avec l’esprit gnawa de Nass El Ghiwane

En 2001, j’ai participé aux Folles Nuits berbères, avec Meziane Amaïche. Il m’a toujours fait confiance, sachant que j’ai des compositions plus ou moins engagées sur des rythmes reggae, ragga, groove... Pour « Barbès Café », il a fait appel à moi comme bassiste et pour un titre d’actualité. Vu l’urgence, j’ai repris un morceau qui s’appelle « Rah-Rah », écrit il y a 4 ou 5 ans par Redouane, un ami d’enfance de Casa, musicien-chanteur qui a collaboré avec Nass El Ghiwane. Avec mes parents, j’ai été bercé par ce groupe, et j’ai voulu garder dans mon morceau l’esprit gnawa. J’ai surtout réécrit le deuxième refrain, qui parle de la révolution aujourd’hui, maintenant, partout, tout le temps...

J’ai plein d’autres morceaux dans mon ordi qui restent à finaliser... On verra... le destin... En tout cas, pour finir, je ne suis pas du tout un chanteur, un « vrai », mais je sais que j’ai la capacité à passer des messages, donc voilà, j’assume pleinement de ne pas être un vrai chanteur, mais de chanter quand même ! »

 

 

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