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Reflet de société

18 avril 2011 - Dernier ajout 20 avril 2011

Agora Miroir(S), un projet porté par deux journalistes et un photographe, met en regard habitants des quartiers populaires et traitement médiatique dont ils sont l’objet. Durant près de trois ans, Noémie Coppin, Stéphane Gravier et Ettore Malanca vont parcourir les banlieues de France et d’Europe afin de faire émerger une parole, des initiatives, avant d’en restituer les conclusions lors de séminaires ouverts à tous, à Lille, puis à Marseille.


 

Réfléchir sur les rapports entre habitants des quartiers populaires et média, l’image qu’ont les premiers des seconds, l’image que renvoient les seconds des premiers. Et ce qu’il en ressort en matière d’initiatives tant populaires que médiatiques en terme de production d’information. C’est, résumé en quelques mots, l’objet d’Agora Miroir(S). Ce projet, lancé en septembre 2010, est porté par trois personnalités du monde des média justement. Ensemble, ils souhaitent dépasser un traitement médiatique erroné, cousu de raccourcis, où le fait divers est roi. Noémie Coppin et Stéphane Gravier, journalistes indépendants, et Ettore Malanca étaient à Marseille la semaine dernière, à la rencontre des acteurs qui - d’un côté ou de l’autre de la barrière - font vivre et donnent à voir les quartiers populaires.

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Ettore Malanca

L’idée est née de la volonté de la direction de la DRJSCS Nord-Pas-De-Calais (Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale). En 2008, Stéphane Gravier, journaliste radio qui a quitté le Sud pour vivre à l’autre bout de la France, termine alors un travail sur le Service civique volontaire. L’Acsé NPDC, lui suggère de se pencher sur une question qui fait long feu depuis les révoltes sociales des quartiers en 2005 : le lien entre média et habitants des dites « banlieues ». Stéphane s’attache la collaboration d’Ettore Malanca, qu’il connaît depuis plusieurs années. Le photographe à la renommée internationale - qui a notamment parcouru la planète pour l’agence Sipa - se dit immédiatement partant pour ce travail de longue haleine. « La crise de la presse, mais aussi des choix de qualité » l’ont en effet poussé à bifurquer de route : « j’avais envie de faire les choses plus en profondeur. En agence, on va vite, on n’a jamais le temps de s’arrêter, de réfléchir sur des histoires », explique avec un charmant accent l’Italien, installé à Paris. Noémie Coppin sort à peine de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille. Elle a auparavant étudié la sociologie, cursus commencé à l’aube des émeutes. D’entrée elle s’interroge sur « le traitement biaisé, en tout cas unilatéral » qu’effectuent les média de ces événements.

« Prendre le temps »

L’un des facteurs expliquant l’image dévoyée que renvoient les journaux, télés et radios des quartiers populaires, c’est le temps. On sait qu’aujourd’hui l’instantanéité prime, que l’actu « chaude » prend le pas sur le long terme. Que le sensationnel est plus vendeur aussi, le fait divers faisant davantage recette que des récits de l’ordinaire. Avec Agora Miroir(S), les journalistes se donnent pour objectif d’inscrire leur travail « dans la durée ». Le projet ne devrait aboutir qu’en 2012. « On prend le temps d’aller dans les quartiers, d’établir un contact, une confiance, de retourner plusieurs fois voir les gens, d’expliquer notre démarche qui est différente du news ou du traitement fait divers », acquiesce Noémie. « Nous avons la grande chance de disposer d’un budget, limité bien sûr, mais qui nous permet de construire une pensée », précise Stéphane Gravier.

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Noémie Coppin

Cette année l’équipe part à la rencontre d’habitants des quartiers d’une dizaine de villes en France. Après le Nord-Pas-de-Calais, le projet Agora Miroir(S) se délocalise à Lyon, Toulouse, Nice, Marseille. « Nous irons peut-être aussi à Montpellier » indique le reporter. La démarche prendra également une dimension européenne, avec la visite de pays de l’Union, Grande Bretagne, Allemagne, Belgique, Italie... « Il y aura également la Slovaquie, car nous voulons mettre l’accent sur les Rroms, qui sont aussi des habitants des quartiers populaires, citoyens européens discriminés ».

De son côté, muni de ses deux boîtiers photo, Ettore Malanca tente de « traduire visuellement » ce quotidien, « sans tomber dans les clichés qui perdurent sur les banlieues, les gens qui traînent au pied des immeubles », ce qui ne se révèle « pas facile ». Lui qui n’a jamais travaillé sur le sujet assiste aux interviews, puis déclenche quand il sent que le moment s’y prête, espérant retranscrire ce qu’il a « compris de la vie des personnes » interrogées. Le fait d’avoir « beaucoup de métier » derrière lui l’aide à se concentrer sur une qualité d’image qu’il souhaite souvent en noir et blanc.

Ecouter, relater, synthétiser

La première phase du projet consiste donc à partir « à la rencontre des habitants, dans des centres sociaux, dans des collectifs citoyens, mais aussi des universitaires, des sociologues, des journalistes ». « De ville en ville, de quartier en quartier, on pose cette question de la relation aux média, on écoute, on réfléchit et on essaie de décrypter ces rapports qui sont conflictuels, faits parfois d’incompréhension, de tension aussi entre les jeunes et les journalistes », poursuit Stéphane. Pour lui, « le métier de journaliste est un très beau métier, il a une fonction politique et citoyenne, un rôle, celui d’informer. Et aujourd’hui, entre ces dix millions d’habitants qui vivent dans ce qu’on appelle les quartiers populaires en France et les journalistes, la distance, le fossé s’agrandit. Nous essayons de comprendre pourquoi ».

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Stéphane Gravier

« Pour nous, il est central de ne pas parler des gens, mais de faire parler les gens », analyse Noémie Coppin. Puis elle détaille la seconde phase du projet, qui consiste à aller « au-delà de la critique », vers des « initiatives émanant de ces habitants pour se réapproprier des formes d’expression, que ce soit par le biais de documentaires, de collectifs, de groupes de parole, de créations artistiques ». Agora Miroir(S) va également au devant des professionnels, des journalistes qui « essaient de faire leur travail différemment », comme par exemple Luc Bronner, reporter au Monde qui n’hésite pas à se rendre dans les quartiers sans en tirer forcément un papier, « juste pour prendre la température, nouer et entretenir des contacts, dans passer par un « fixeur » ».

Les pérégrinations et les entrevues du trio sont collectées sur bande, sur pellicule, sur papier. Elles prennent la forme d’un article, d’une photo sonore, que recueille un site internet dédié qui s’étoffera au fur et à mesure. En 2012, deux colloques devraient permettre la restitution de ce travail au long cours. Le premier aura lieu à Lille et le second à Marseille, au Lycée Saint-Exupéry dans les quartiers nord. « Nous pensons qu’il est important de réunir à la fois les acteurs que nous avons rencontré, les journalistes, les universitaires et les publics de ces quartiers », expose Stéphane. Avec l’espoir de voir « changer, évoluer le métier », vers un traitement « plus complexe, plus juste de la réalité des quartiers populaires », conclut la jeune femme.

- Vous pouvez visiter le site d’Ettore Malanca, l’un des meilleurs photographes de sa génération. Parallèlement à Agora Miroir(S), il travaille sur un projet photo en Indonésie, où des villes entières deviennent des dépôts d’ordures, interrogeant ainsi l’un des plus grands problèmes contemporains de notre planète.

- Si Noémie Coppin « ne se ferme aucune porte », elle travaille volontairement avec « des média offrant une autre vision des quartiers ». Elle pige notamment pour Med’in Marseille.

- Stéphane Gravier poursuit entre autres sa collaboration avec Agora FM, radio associative installée à Grasse, dans les Alpes-Maritimes.

 

 

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