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RCOM FM, la petite radio qui monte, qui monte !

8 novembre 2010 - Dernier ajout 10 novembre 2010

Implantée depuis deux ans et demi au cœur de la cité des Flamants, Radio Culture Outre-Mer doit son existence à la volonté sans faille de Patrick Jeannette. Originaire de la Martinique, l’homme aux multiples casquettes revient pour nous sur la création de la station occupant le 97.6 FM – aujourd’hui en plein développement – et qui, adossée à un centre de formation aux techniques du son, fait swinguer les ondes marseillaises.


 

En février 2008, « le champagne a coulé » à flot dans les bureaux de l’ADCOMEAM (Association pour le Développement de la Culture d’Outre-Mer et de son Expression Artistique en Métropole). Enfin, après vingt ans de travail acharné, la structure obtenait l’autorisation d’émettre sur la bande FM marseillaise. Radio Culture Outre-Mer était née. Patrick Jeannette, son fondateur, n’en revient toujours pas : « C’est au moment où je m’y attendais le moins que les membres du CSA nous ont attribué une fréquence ». En deux décennies, il a monté nombre de dossiers, afin que son rêve voie le jour.
Cette détermination à créer une radio tient au fait que, artiste multiforme, Patrick Jeannette ne trouvait pas toujours de débouchés pour son œuvre sur les ondes. « Je fais des CD, réalise des albums. Et je me suis rendu compte que pour passer sur une radio, quand on n’a pas une cote, c’est extrêmement difficile. Alors je me suis dit qu’un jour j’allais monter une radio, pour pouvoir aider les personnes comme moi qui veulent se faire connaître mais rencontrent des obstacles du fait qu’elles ne sont pas disque d’or », relate ce musicien, auteur, compositeur, interprète, arrangeur et technicien. Il ne cache pas le plaisir « extraordinaire » que lui procure l’idée que la communauté ultramarine marseillaise, mais aussi les communautés africaines, d’Amérique latine et de l’Océan Indien à qui RCOM FM a ouvert ses programmes, aient enfin une radio leur étant consacrée.

Faire connaître et reconnaître ces cultures

Radio Culture Outre-Mer demeure effectivement la seule dans tout le département à traiter exclusivement de sujets en lien avec les cultures caribéennes, des DOM-TOM, et par extension africaines et sud-américaines. Située « en plein milieu de la bande FM », sur le 97.6, elle est audible à Marseille, mais aussi, en fonction du relief, à Aix-en-Provence, Martigues, Bandol, Saint Maximin,… Il y avait là un vrai créneau laissé vacant. Témoin de ce besoin de connaissance et de reconnaissance, la radio attirerait quotidiennement quelque 55 000 auditeurs. Plus de cent mille oreilles attentives. Ayant renoncé à commander un sondage Médiamétrie hors de prix, mais qui lui aurait permis d’obtenir des chiffres officiels, Patrick Jeannette se fonde sur des « on-dit » un peu imprécis. « J’ai moi-même du mal à le croire, même s’il est possible que l’on touche autant de monde, Marseille comptant une forte communauté comorienne par exemple ».

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Patrick Jeannette, le "boss" de la radio, au côté de Guillaume, animateur de l’émission "En route vers l’Amérique latine".

Quoi qu’il en soit, RCOM FM répond à un désir bien réel de la part de dizaines de milliers de Marseillais. « Les gens y sont intéressés parce que cela leur apporte du rêve, de la joie de vivre, de la musique », complète Patrick Jeannette qui se souvient d’une femme sortant de l’hôpital psychiatrique lui assurant devoir sa guérison à l’écoute intensive de la station. « Les auditeurs nous appellent, nous écrivent des mails auxquels nous n’avons pas même le temps de répondre, passent au studio… » Le succès est au rendez-vous. Néanmoins, procurer une grille de programme alléchante au quotidien n’est pas une sinécure.

De la complexité de faire vivre un organe radiophonique

L’histoire de la création de RCOM FM frappe, et par la facilité qu’a eu Patrick Jeannette de la mettre en route, et par la difficulté de la faire vivre au quotidien. Le statut de radio associative se révèle bien souvent à double tranchant : « lorsque le CSA nous a attribué la fréquence, ses membres nous on dit clairement : "vous allez payer pour émettre, alors qu’une radio commerciale, on la paye pour émettre" ». Effectivement, étant classée radio de catégorie A, RCOM FM ne peut compter que sur 20 % de publicité au maximum, alors que les stations commerciales se gorgent de réclames. A cela s’ajoute la pénibilité d’une recherche constante de subventions, de partenariats. Seule bouée de sauvetage : le FSER (Fonds de soutien à l’expression radiophonique locale). Une balise bien efflanquée au regard des investissements induits par le fonctionnement de la radio : les locaux, l’électricité (avec la climatisation en marche en permanence pour éviter une surchauffe du matériel), la TDF (assurant le transport et la diffusion de la radio),… Tout cela engloutit une majeure partie du budget. Si la radio poursuit son chemin c’est en grande partie grâce aux bénévoles qui en assurent la technique et l’animation. D’ailleurs Patrick Jeannette profite de la tribune qui lui est offerte ici pour saluer leur travail : « nous avons des bénévoles que nous formons. Et qui dit bénévoles ne veut pas dire incompétents. Au contraire, nombre d’entre eux ont énormément de talent ».

Une radio en plein essor…

En regard à cela, les débuts se sont avérés d’une simplicité déconcertante. En premier lieu, l’ADCOMEAM existe depuis 1990. De surcroît, l’entrepreneur martiniquais a monté en 1996 un centre de formation professionnelle aux métiers du son, le CFPMS, qui confère à ses stagiaires un diplôme d’ingénieur de niveau Bac + 2. « Nous avions déjà les techniques et le matériel nécessaire. Je pense que c’est ce qui a fait pencher la balance en notre faveur lorsque les membres du CSA sont venus nous auditionner », explique Patrick Jeannette. Il a suffi d’un ordinateur, sur lequel tournait en boucle de la musique, puis de basculer sur un studio en bonne et due forme. Depuis, « c’est une affaire qui roule ».
Les différentes émissions se sont ensuite greffées sur l’existant. Il y a des chroniques sur la santé, l’économie, la vie étudiante, le sport… « Nous essayons de satisfaire tout le monde ». Seule restriction que s’impose Patrick Jeannette : « on ne parle pas de politique, c’est un terrain trop glissant ». Mathias Beranger, artiste, réalisateur et technicien du son anime la tranche 11-13, avec son émission « A vous auditeurs » et supervise le fonctionnement administratif de la radio. Il confirme que les auditeurs attendent avant tout « du bon son, et pas trop de blabla ».
La grille est en pleine refonte et les projets ne manquent pas. L’émission « En route vers l’Amérique latine » est en rodage, et d’autres doivent bientôt voir le jour. RCOM FM recherche de nouvelles voix pour leur insuffler vie.

… au cœur des quartiers nord

Ce n’est pas un hasard si « la petite radio qui monte » a ses studios dans le ventre du 14e arrondissement. Né à Fort de France, Patrick Jeannette a choisi dès 1984 de poursuivre ses études musicales en Provence, au conservatoire de Marseille d’abord puis à l’IMFP, école de jazz installée à Salon. Pourquoi Marseille ? « Parce qu’ici il y a le soleil, la mer, et pas de cocotiers. Et puis le foot surtout. En Martinique, pratiquement tout le monde supporte l’Olympique de Marseille ». L’histoire personnelle de Patrick explique sa résolution à implanter son association, le centre de formation et la radio qui en émanent, au pied des hauts bâtiments des Flamants : grandi à Volga Plage (où il n’y pas de plage), un quartier qualifié de difficile, il s’est toujours entendu dire que les gens qui provenaient de ces secteurs défavorisés « ne réussissent pas, n’arrivent à rien ».
Marqué par cette sentence trop rapidement prononcée, il se tourne vers ces mêmes quartiers délaissés et mal considérés à Marseille. « Lorsque j’ai connu les Flamants, je me suis dit que j’allais montrer que l’on pouvait faire quelque chose. La preuve : nous avons le seul centre de formation en ingénierie du son dans toute la région, et les stagiaires que nous formons travaillent dans les plus grandes boîtes ». Les habitants ont accueilli à bras ouvert le projet. « Ils nous reçoivent très bien, on est bien avec eux, on fait vivre le petit centre commercial. C’est important de savoir que des étudiants, des formateurs viennent dans la cité. Et puis nous avons fait venir aussi des musiciens, des artistes comme Passi, Soprano, ou encore Jacob Desvarieux de Kassav… ». Tendez l’oreille et montez le son, l’Outre-Mer vous parle depuis Marseille.

Pour écoutez RCOM FM, branchez-vous sur le 97.6 FM ou le site de la radio.

 

 

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