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Que vive encore Mandela !

30 avril 2013

Marilaure Mahé n’est pas connu du grand public. A l’instar de ses 16 copains de 30 ans (Toumi, Malika, Farouk, Farid, Djamel...) qui ont parcouru, de bout en bout, les milles km de la fameuse "Marche pour l’égalité" de 1983. Comme elle l’avait déjà fait pour notre modeste journal, 25 ans jour pour jour après l’arrivée de la Marche
, Marilaure à bien voulu reprendre sa plume, afin de raviver la flamme "Des valeurs humaines" dans les quartiers populaire. Ce n’est pas un hasard si trente ans après la Marche pour l’égalité et contre le racisme, le titre de la première tribune 2013 de Marilaure fait référence à l’immense Nelson MANDELA :

Tant que Nelson Mandela et ses âmes sœurs à travers le monde vivront, nous auront encore des raisons d’espérer. Ses âmes sœurs sont nombreuses mais discrètes. A nous de leur redonner la voix.


 

En France, les plus médiatisées se sont tues récemment, Raymond Aubrac, Stéphane Hessel, mais il en est d’autres qu’il faut se dépêcher d’entendre avant que les valeurs humaines qu’elles portent ne soit rangées dans les vitrines du romantisme, avec les poètes du 19 ème.
Les valeurs portées par ces hommes de courage sont également celles collées à la peau des habitants humbles qui ne baissent pas les bras et font inlassablement œuvre de solidarité dans les quartiers où ils vivent.
Il nous faut revaloriser les gestes quotidiens de ces hommes et ces femmes discrètement courageux et tenaces. Sans eux, sans transmission, notre jeunesse, fragilisée par les sirènes du mercantilisme sombrera immanquablement dans le cercle vicieux du désir et du manque, du paraître et de l’avoir.
Avec l’avènement de la société de consommation, les valeurs transmises par les familles en milieu populaire Et par l’école - car tant que celle-ci ne se vend pas au monde de l’entreprise, on peut voir qu’il y a compatibilité entre elles – ont été progressivement laminées par les logiques de consommation. En seulement deux générations, les parents qui sont tombés dans le complexe du has been, n’osent plus dire à leurs enfants ce qui leur parait juste, ou pire ne savent plus reconnaitre les messages honnêtes et de bon sens de ceux qui ne sont produits que pour engraisser les industries alimentaires, pharmaceutiques et autres industries technologiques.
Résultat, voilà deux générations qu’une proportion importante des maladies, notamment celles sur représentées dans les milieux populaires est directement issue de l’industrie alimentaire.
Résultat également, les jeunes et moins jeunes d’ailleurs, n’ont d’autres plaisirs, d’autres objectifs que d’acquérir le dernier écran plat, les dernières baskets de Nike, le dernier iphone…
Résultat aussi, le malaise de l’adolescence - celui de l’enfant en devenir adulte qui se cherche de nouveaux repères - perdure jusqu’à un âge avancé. Bien des hommes et femmes vivent parfois longtemps comme des adolescents, avec des désirs matériels d’adolescents, des obsessions narcissiques d’adolescents, l’absence d’engagement et de responsabilité qui les rend hermétiques aux contraintes et aux responsabilités de leurs hébergeurs qui sont quelquefois leurs vieux parents. Quand ils deviennent parents à leur tour, ils s’assagissent et se rangent, mais ils n’en restent pas moins des adolescents attardés, comme on dit, au sens où ils sont encore la proie des publicitaires et ne sont sujets qu’en tant que consommateurs.
Tant qu’il y aura quelques euros pour répondre aux offres d’abonnement qui enchainent et pour consommer les technologies qui ne cessent de se renouveler, tout ira pour le mieux dans le monde de la finance et … pour le pire dans le monde réel de nos quartiers. Car quand il n’y a plus d’argent, pour manger, pour se soigner, pour payer l’assurance de la voiture, il faut qu’il y en ait encore pour le dernier smartphone… Alors, s’il n’y en a plus dans le porte-monnaie des mamans qui se lèvent à l’aube pour aller nettoyer des bureaux, il y aura peut-être, cinquante euros si l’on fait le guet pour quelque dealer, comme l’a laissé entendre le pote du bloc d’à côté.
Le fléau de la drogue, n’est pas seulement celui des consommateurs de produits estampillés drogue mais aussi celui de tous ceux qui sont sous la dépendance des stratégies commerciales. Et ceux-là sont les plus nombreux.
Bizarrement, cette dépendance-là, est encore plus forte dans nos quartiers populaires. C’est là que les anciens doivent rappeler à leurs enfants et petits-enfants les valeurs qui sont les leurs, celles qui les ont animés quand ils ont fait des choix de vie pour leur famille. Ils doivent leur dire avec bienveillance et sagesse qu’être heureux c’est être libre et non pas acquérir des biens.

C’est d’un changement de valeurs dont nous avons besoin.
Si vous êtes de ceux-là dont le temps est compté, que vous soyez affligés par ce qui se passe dans votre quartier, n’ayez pas de fausse modestie, n’attendez plus pour témoigner de vos valeurs et vos actions. Si vous connaissez des personnes qui ont des témoignages de solidarité à faire, des actions simples et quotidiennes à montrer, valorisez-les.
Nous avons tous entendu des personnes qui au crépuscule de leur vie disent en substance : Je me rends compte que j’ai accordé de l’importance à ce qui n’en avait pas. La seule chose essentielle pour moi maintenant est l’amour que je peux donner à mes proches, la solidarité avec mes semblables. La seule chose qui m’intéresse est la sincérité des paroles et des actes …
Pourquoi la plupart des gens éprouve ce type de regrets autour de soixante ou soixante-dix ans ? Parce que la majorité des gens s’est soumise avant cela au dictat du paraitre et aux sirènes du profit. Or il est des personnes dans nos quartiers qui ont été assez libres toute leur vie pour ne faire que ce qu’elles croyaient juste en conscience. Ce sont ces personnes qu’il faut remettre à l’honneur.
Nous avons nos Mandela, nos Stéphane Hessel. Le quartier de la Busserine par exemple peut être fier de madame Ega. Les théologies nous enseignent le pouvoir du Non de Dieu, d’autres évoquent le pouvoir des cent Noms de Dieu. Moi qui crois en l’homme, je pense qu’on peut redonner du pouvoir à nos quartiers en exhumant le Nom de nos héros.
C’est une tarte à la crème de dire que nos jeunes manquent de repères. Je crois qu’ils ont leurs repères : Mc Do pour les rendez-vous, leurs langues pour communiquer dans telle ou telle circonstance, Nike et autres marques vestimentaires pour se reconnaître etc . Ils ont surtout besoin d’une boussole.

Osons la critique des valeurs du profit et du paraître : Courir après le dernier truc à la mode est vain car sitôt atteint, le truc est déjà démodé et un nouveau ton, un nouveau dictat … est donné de l’extérieur créant une nouvelle aliénation. C’est de l’intérieur qu’il faut créer nos repères.
Osons assumer notre rôle de passeurs. Ce n’est pas être ringard que de proposer un cadre de transmission ou au moins de débat sur les valeurs. Réhabiliter le parcours de nos anciens permet de donner aux jeunes des repères auto référencés et de leur redonner la fierté d’être d’ici de la Busserine, des Flamants, de Picon … des Quatre mille, des Minguettes …
Je plaide pour un rassemblement des anciens et des jeunes de nos quartiers. Mais il faut d’abord aller à la rencontre de ces personnes discrètes aux vies oubliées, leur redonner la parole pour qu’elles disent leurs combats et leurs valeurs sans honte ni fausse modestie. Ensuite on pourrait réfléchir ensemble à la manière de lancer un vaste projet collectif à l’échèle du quartier basé sur ces valeurs de solidarité, de créativité et toutes choses à inventer et qui nous rendraient fiers d’être nous-mêmes, sans avoir à courir derrières des chimères.

Med In Marseille vous recommande le dernier livre de Marilaure, une belle histoire de fraternité, comme l’a été, dans un autre registre, la marche de 83 :

 

 

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