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Quartiers populaires : quelle place sur le ring politique ?

19 décembre 2011

Urgence. C’est le mot maitre des associations et militants en lutte pour l’immigration et les quartiers populaires. Urgence sociale, économique, politique, républicaine. Et tout le monde entend résonner le tic-tac du crocodile 2012 qui s’approche. Pour que les problématiques des quartiers trouvent leur place dans les débats de campagne, les militants déploient une énergie folle. Les stratégies sont diverses, mais toutes portées par le même pilier : mettre enfin en application le principe constitutionnel d’égalité censé fonder notre république.


 

Les combats sont les mêmes depuis des années et commencent à être connus. Contrôles au faciès, islamophobie, crimes racistes, politique de la ville, invisibilité politique, discriminations des chibanis, des jeunes, des femmes. A quatre mois du scrutin tant attendu, quels chemins se frayent les revendications des militants de quartiers populaires jusqu’aux quartiers généraux du pouvoir ?

Certains, comme l’élu PS de Marseille Nassurdine Haidari, tentent une approche des forces politiques existantes. Avec son appel « Nous ne marcherons plus », il s’est entouré de divers militants politiques ou associatifs, tels que Louis Georges Tin, président du CRAN, Karima Delli, députée européenne Europe Ecologie Les Verts, ou Bolewa Sabourin, du collectif Cités en Mouvement. Deux marcheuses de 83, Marielaure Mahé et Hanifa Taguelmint, sont également à ses côtés pour faire cinq propositions à destination des partis en lice pour 2012 (retrouver les propositions en vidéo ici). D’autres craignent dans cette démarche une instrumentalisation des militants. La récupération des forces vives, véritable épée de Damoclès qui poursuit le PS depuis la marche de l’égalité de 83, qui n’a que peu abouti. Et de nombreux militants ont en tête les placards attribués aux candidats de « la diversité » lors des investitures, aux municipales notamment, une fois le travail de rabattage accompli. Pour ces méfiants, deux chemins se dessinent.

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D’abord, le choix du rapport de force par l’action citoyenne. Manifs coordonnées, front uni des associations, visibilité médiatique. Pour faire émerger, par la rue, une parole politique que le pouvoir ne pourra plus ignorer. C’est la démarche, notamment, du « Printemps des quartiers », qui regroupe de nombreux militants et personnalités de gauche, d’associations des quartiers, d’organisations anti-racistes et décoloniale. Le Parti des Indigènes de la république, le NPA, l’Association des Travailleurs Maghrébins de France ou Quartiers Nord-Quartiers Forts de Marseille en font partie. (retrouver l’article sur le Printemps des Quartiers ici). Et les actions coup de poing, ciblées, peuvent fonctionner. Le collectif « Stop le contrôle au faciès » en a récemment fait la preuve. Concis, ciblé, médiatisé, résolument jeune, le combat et son mode opératoire par SMS, via internet et avec des relais médiatiques a réussi à imposer dans l’opinion et dans le programme notamment du PS pour 2012 l’idée d’un récépissé lors de chaque contrôle d’identité, permettant un recours en cas d’abus. (retrouver plus d’infos sur Stop le Contrôle au faciès ici)

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L’autre chemin n’est plus celui du rapport de force par la rue, tenu par un front associatif. Il est celui du rapport de force clairement politique. Les 3èmes rencontres des luttes de l’immigration, qui se tenaient à Créteil, à la fin du mois de novembre, regroupaient de multiples associations de quartier et de l’immigration, pour beaucoup les mêmes qu’au Printemps des Quartiers. Mais à Créteil, les divisions étaient fortes quant aux perspectives politiques à donner aux luttes communes : faut-il créer un front associatif uni pour coordonner les actions à l’échelle nationale, ou faut-il aller plus loin en fondant un mouvement politique ? Cette dernière idée, amorcée lors du Forum Social des Quartiers Populaires, quinze jours plus tôt, à Saint-Denis, n’a pas manqué de susciter de vifs débats quant à la maturité politique des militants de quartier. Les deux pistes sont lancées et se construisent chacune de leur côté. Quoi qu’il en soit, à ce stade de construction, l’idée d’un mouvement politique influent à l’échéance 2012 semble impossible. (retrouver l’article complet sur les perspectives de ces troisièmes rencontres ici)

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Certains veulent pourtant y croire. Ils veulent aller plus loin qu’un front associatif, qu’une série d’actions coup de poing, et plus loin que l’entrisme au PS. C’est le cas d’Axiom, rappeur, président de l’association Norside (qui travaille sur l’éducation politique et l’insertion professionnelle dans les quartiers du Nord de la France), et ex-porte-parole d’ACLEFEU : « Les réunions et les débats avec le PS, j’ai donné. Ce qu’ils voudraient, c’est que j’apporte mes idées, pour finalement être placé sur une chaise et afficher mon soutien à Hollande. Je ne crois plus au changement de l’intérieur. Je ne veux pas mettre mon énergie et mes idées au service de partis qui nous méprisent et ne nous laissent aucune place. On vaut mieux que ça. Il faut qu’on fasse ce travail d’acceptation du pouvoir. On peut diriger ce pays, on a notre place ». Son idée, proposer une vraie vision de société, sortir de la défense pour passer à l’attaque, avec de réelles propositions : « La plupart des mouvements actuels partent de l’identité arabo-musulmane. Il faut élargir le champ. Moi, je veux pouvoir parler à la mamie en bas de ma rue, au jeune de quartier, au paysan. Pas juste aux musulmans et aux arabes. Il faut sortir de qui on est, pour dire où on veut aller, ce qu’on veut construire ensemble ». Un parti, donc. Avec en ligne de mire, 2017. Certains agitent déjà le drapeau noir de 2002 : division de la gauche et boulevard pour le FN, mais Axiom ironise : « En se détachant des partis de gauche, on nous taxe d’ouvrir un boulevard au FN. Mais le racisme affiché par l’UMP, c’est déjà du front national en action. Alors la peur n’est plus de mise ».

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Mais après tout, le scrutin présidentiel est-il l’alpha et l’oméga de la politique ? Certains semblent répondre non, en affirmant qu’il y a aussi de la place, localement, pour ces luttes. On pense notamment aux nombreuses listes indépendantes, citoyennes, montées au niveau municipal ou en vue de scrutins régionaux, comme la liste Emergence, cofondée par Almamy Kanouté. L’an dernier, pour la première fois en Ile de France, une liste indépendante s’est présentée avec des acteurs issus de la vie associative des quartiers populaires. Avec un peu plus de 12 000 voix et 0,42 % des suffrages exprimés, l’impact électoral a certes été faible, mais l’impact symbolique, sur les mentalités et vers une plus grande représentativité politique des quartiers, a lui été énorme.

 



 

 

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