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Quand le conte revient sur l’histoire coloniale

7 février 2014

« La randonnée de Samba Diouf » du franco-sénégalais Thierno Diallo revient, par le biais du conte musical sur l’histoire particulière des tirailleurs sénégalais enrôlés de force par l’armée française pour servir de chair à canon dans les tranchées de la première guerre mondiale. Proposé par l’Eolienne, au Daki Ling, ce spectacle a reçu le label Centenaire, attribué par la Mission du Centenaire de la Première Guerre Mondiale. Il sera joué, à Marseille, le 18 février prochain. Un spectacle, tout en intensité et émotion qui révèle la force du conte oral pour faire revivre une histoire, souvent oubliée.


 

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DR

« La randonnée de Samba Diouf », de Thierno Diallo est un conte musical qui suit le personnage de Samba Diouf. Ce pêcheur sénégalais quitte son village pour toucher un héritage et se retrouve kidnappé et envoyé sur le front du premier conflit mondial, « dans les bas-fonds » des tranchées françaises. L’intensité des mots et de l’interprétation de Thierno Diallo, accompagné de l’entêtante musique de la musicienne et compositrice Lisa Raphel, qu’elle soit à la flûte traversière ou à la contrebasse, et de chants, nous fait revivre cette tragédie de façon prenante.

Thierno Diallo revient sur l’histoire du jeune pêcheur : « A la base, c’est un pêcheur qui part chercher son héritage. Mais sur le chemin, la guerre éclate en Europe, et le Sénégal, comme les autres colonies, doit envoyer des soldats en France. Car chaque village africain devait donner à la France, un certain nombre d’hommes. Samba Diouf est kidnappé en Afrique, par des Africains, et doit partir à la guerre à la place du fils d’un chef du village. Le spectacle relate d’abord la découverte de son propre pays par le pêcheur, puis son parcours en France. Sur le territoire français, les tirailleurs sénégalais sont restés des mois entiers, ballottés de gauche à droite, transportés dans des trains. Je parle de cet épisode dans l’histoire de Samba Diouf. Depuis le camp d’Arcachon, ils ont stationné dans une carrière où ils ont passé trois mois à casser des cailloux pour s’habituer aux bruits des canons et dans une forêt pour apprendre à marcher au pas, tenir un fusil, apprendre le français pour pouvoir comprendre les ordres et se comprendre entre eux. Par la suite, ils ont été envoyés dans les tranchées en première ligne. »

Ce spectacle est une façon de rendre hommage à tous ces combattants des anciennes colonies françaises dont le destin a été bouleversé, et notamment le propre grand-père du conteur. « Le Sénégal a joué un rôle très important dans la première guerre mondiale, ça a été le premier régiment, même s’il n’y avait pas que des Sénégalais dans ces régiments. Mon grand-père a été impliqué dans cette guerre. Je rends hommage à tous, ces combattants et en particulier aux Africains, à ma façon. » Pensé et joué tout en nuance, ce conte moderne est, pour Thierno Diallo : « une manière de réveiller la mémoire collective pour mieux penser l’avenir et aborder le présent à travers une réflexion lucide ». Avec une note d’espoir final, puisque le nouvel héros rentre chez lui avec « une sagesse et une maturité particulière ». Particulièrement ému de jouer à Marseille, Thierno Diallo rappelle que son spectacle s’achève par l’évocation des soldats sénégalais alignés sur le Vieux port de Marseille, devant leur navire.

« La randonnée de Samba Diouf » a d’abord été jouée, sous une forme plus traditionnelle, lors des commémorations du 11 novembre de 2011 au « tata de Chasselay », cimetière des tirailleurs sénégalais, près de Lyon, en 2011, où sont enterrés 194 tirailleurs originaires de différents pays d’Afrique. Par la suite, le spectacle a été remanié pour le rendre plus contemporain. Il est une libre adaptation du roman de Jean et Jérôme Tharaud, édité au Livre de Demain-Artheme-Fayard. « C’est un roman mais les auteurs ont une très bonne connaissance de l’Afrique », précise le conteur.

Thierno Diallo, qui réside à Lyon, est un conteur, comédien et auteur d’origine sénégalaise qui utilise son art pour transmettre histoires et légendes d’Afrique et d’ailleurs aux petits comme aux grands. Lauréat du Grand Prix des Conteurs 2006 de Chevilly-Larue, il est également fondateur de l’association « Amoon na fi » dont le but est de maintenir et diffuser la tradition orale, en France comme au Sénégal. Depuis 2008, il organise un Festival du Conte à Dakar et à Hann, banlieue de Dakar. « C’est devenu un festival des arts de la parole, que ce soit conteurs, slameurs, comédiens. Ce que je fais aujourd’hui dans mon spectacle ce n’est plus vraiment du conte, parce qu’il y a de la poésie, une histoire, de la musique. »

Il travaille sur la transmission orale, « puisque la plupart des choses que je connais, m’ont été transmises oralement, ce n’est pas une école, ce fut une transmission directe. J’aime utiliser ce même type de fonctionnement, transmettre ce qu’on m’a transmis. Pour moi, le conte c’est ce qui a été transmis oralement de génération en génération, c’est ce qui différencie le conte, d’une histoire ou d’un récit de vie. » Il puise essentiellement son répertoire de contes en Afrique de l’Ouest, mais il s’intéresse aux contes du monde entier. « Je ne vais pas rester figé sur le répertoire d’Afrique. Je peux reprendre des contes occidentaux ou orientaux. Je suis très ouvert. Je suis touche à tout, c’est un mélange. Je ne suis pas juste un conteur sénégalais, je suis conteur », tient-il à rajouter. Il travaille également à retranscrire des récits de vie contemporains, notamment sur l’immigration.

Il joue aussi un autre spectacle, que nous n’aurons pas la chance de voir à Marseille, intitulé « Les Femmes du Waalo », qui aborde, entre autres, l’épineuse question de la traite négrière par intra africaine et revient sur « l’histoire magnifique et tragique des femmes de N’der qui ont préféré s’immoler par le feu plutôt que d’être déportées comme esclave. » « Mais je ne suis pas là pour pointer du doigt des populations, dans mon écriture tout est amené avec subtilité. »

Retrouver le site de Thierno Diallo

leolienne-marseille.fr

Bibliographie :

La Randonnée de Samba Diouf, roman de Jean et Jérôme Tharaud éditions Le Livre de Demain-Artheme-Fayard

Pétaw et Le Roi de Saloum - contes Thierno DIALLO

Conte musical "La randonnée de Samba Diouf », avec le conteur franco-sénégalais Thierno Diallo et la musicienne Lisa Raphel. Dans le cadre de la programmation "hors les murs" de L’éolienne s’installe à la salle de spectacle Le Daki Ling. Le mardi 18 février

Tarifs : 5€ / 8€ / 10€ Hors adhésion annuelle obligatoire de 2€
Daki Ling, le jardin des Muses, 45A rue d’Aubagne, 13001 Marseille

 



 

 

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