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Quand développement durable et économique font bon ménage

11 septembre 2012

Si les regards se sont braqués sur la venue, ce début de semaine, du Premier ministre, celui qui incarne la voix des écologistes au gouvernement, avec la ministre du Logement, était également tout attendu. Vendredi, c’est donc Pascal Canfin, ministre délégué des Affaires Etrangères chargé du Développement qui a investi la cité phocéenne. Après avoir pris le pouls à l’Institut de recherche pour le développement et au Centre de Marseille pour l’Intégration en Méditerranée, le ministre a présenté ses principaux axes de travail autour des problématiques de co-développement et de solidarité internationale avec les ONG françaises présentes.


 

C’est à l’Ecomotive, vendredi, que l’ancien député européen spécialiste de la régulation financière, Pascal Canfin, a présenté les grandes lignes qui définiront la politique de son ministère, avec les acteurs du développement et de la solidarité internationale travaillant notamment sur le monde méditerranéen et la coopération entre les deux rives. Intégré au ministère du Développement, anciennement ministère de la Coopération, le jeune ministre écologiste a tablé sur plusieurs chantiers prioritaires établis dans trois directions :

- La soutenabilité : « le défi auquel nous sommes tous confrontés, quelque soit notre nationalité, c’est de continuer à sortir 1,3 milliard de personnes de l’extrême pauvreté dans laquelle elles sont ». Faire en sorte de les sortir de la pauvreté tout en considérant l’émergence de la classe moyenne mondiale désireuse de consommer, « c’est la feuille de route d’un ministre écologiste du développement » a précisé Pascal Canfin seulement, « on a un petit problème, c’est que nous n’avons qu’une seule planète dont les ressources, d’après les scientifiques, sont arrivées à un point de non-retour a t-il déploré. Il y a une forme d’irréversibilité qui s’engage sur la description des écosystèmes et sur les capacités de la planète à renouveler son capital naturel ». Sans grande surprise, « nous sommes dans un système capitaliste qui ne compte pas le capital naturel » a t-il regretté. Ce défi de soutenabilité est de plus en plus partagé a remarqué le ministre : «  la Banque africaine de développement (BAD), qui n’est pas un organisme rattaché à la banque mondiale, dit elle-même que la croissance de l’Afrique sur des modalités d’économie de rentes minières, forestières, pétrolières, rizières est quelque chose d’insoutenable ». L’Afrique, première victime des bouleversements climatiques, constate la destruction de l’économie locale et des ressources qui génère donc de la pauvreté.

Le ministre a étayé ses propos par un exemple concret. Récemment, il a rencontré le nouveau président du Sénégal, Macky Sall, avec lequel il a évoqué les grands enjeux de développement pour le pays et, en particulier, les problématiques énergétiques auxquelles est confronté le pays. « Macky Sall a hérité d’un projet de son prédécesseur qui avait signé avec la Chine et la Corée du sud, pour faire deux énormes centrales de charbon à côté de Dakar, avec du charbon importé de Chine, et ensuite le faire brûler à Dakar sans aucun filtre ». Ce choix de centrale électrique au charbon pour le Sénégal s’est évidemment porté sur les coûts, celui-ci restant l’énergie la moins onéreuse. « On doit pouvoir faire mieux que ça » a estimé le ministre. Le projet au Sénégal étant engagé mais pas bouclé, Macky Sall est bien évidemment prêt à revenir en arrière si une autre alternative lui est proposée pour le même prix. « Notre responsabilité ce n’est pas de dire le charbon ce n’est pas bon je ne vous parle plus, c’est concrètement de réfléchir et savoir comment on peut leur offrir une alternative qui soit bien meilleure sur le plan énergétique et environnemental ».

- La transparence : «  en tant que ministre, j’ai essayé de trouver sur internet tous les projets que l’on finance en matière de développement. Même moi, je ne sais pas ce que l’on fait de manière précise en matière d’aide publique au développement (APD) ». Le ministre au Développement met un point d’honneur à rendre transparentes les actions mises en place de façon « à ce que citoyens du nord et du sud impactés par nos démarches puissent savoir ce que l’on fait » et, par de la même façon, casser les pratiques de la « France Afrique ». Hormis la transparence des flux financiers, il s’agit d’être en mesure d’étudier l’impact en s’imprégnant de l’aphorisme d’Hippocrate « primum non nocere » (d’abord ne pas nuire). Se pose ici la question du respect de la recommandation de l’ONU qui conseillait de consacrer 0,7% du PIB à l’APD. Globalement, c’est un objectif qui n’a pas été respecté par les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). De plus, il y a dans cette part de 0,7% des « choses contreproductives a soutenu le ministre. Vous avez par exemple la facture de chauffage des centres de rétention des réfugiés. Si je l’enlève, ça fait baisser le 0,7%. Je pense que la sortir de l’APD, c’est plus transparent et plus cohérent ».

- L’innovation : «  on a en France, avec la Cirad et l’Institut de recherche pour le développement, deux des plus beaux outils de recherches sur le développement. Je suis frappé par le fait que, ce qui ressort de cette fonction de recherche et développement, c’est qu’elle ne diffuse pas de politique publique. Je crois qu’il y a un vrai travail et c’est une mission prioritaire pour moi ». Une meilleure coopération en terme d’innovation technique semble être nécessaire pour le ministre. Cela implique que lorsque l’AFD définit sa doctrine d’intervention pour les trois prochaines années dans le cadre, par exemple, de l’agriculture, qu’il y ait une synergie avec les chercheurs qui travaillent sur les écosystèmes, agroécologie..., « pleins de choses qui, aujourd’hui, ne sont pas passées dans la politique mainstream de l’AFD et d’autres » a remarqué Pascal Canfin. La synergie des compétences passe également par l’Europe : « souvent, on dit que la France n’est pas visible mais quand on est tout petit dans un pays aussi grand que l’Ethiopie, qu’est-ce que l’on va faire, tout seul, avec notre drapeau bleu blanc rouge » a évalué le ministre. Il mise donc sur la dimension de l’Europe pour être un acteur comparable à de grands pays. L’innovation financière a, elle aussi, toute sa place dans ce nouveau décor. Cela passe par de nouveaux modèles de financement qui « mixent le privé et le public, les dons et les prêts, du bilatéral et du multilatéral » a défini le ministre.

« Les indicateurs de la planète sont au mieux, à l’orange, au pire, au rouge » Pascal Canfin


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Pascal Canfin au côté de Joëlle Faguer, conseillère Régionale, Déléguée à la solidarité internationale. La Région PACA a décidé de cadrer ses actions sur le pourtour méditerranéen. Un partenariat avec la région la plus défavorisée de Tunisie vient d’ailleurs d’être engagé.


Mesures assurées

La part de l’aide bilatérale qui passe par les ONG va être doublée, voilà une mesure qui a reçu la ferveur de la salle. Annoncé par le président de la République, le ministre au Développement a assuré que cet engagement serait tenu dès le mois de Septembre : «  ça va être fait puisque c’est acté dans le projet de loi des finances ». La France, qui était plutôt en retard sur ses engagements internationaux par rapport à ses partenaires, devrait donc le « faire dans le cadre de l’Agence française de développement (AFD) à hauteur de 90 millions d’euros » a précisé le ministre. Ce dispositif a pour but de renforcer la coopération des ONG françaises avec les sociétés civiles du Sud pour agir au plus près des besoins des populations vulnérables par le biais de projets de développement. Autre point sur lequel François Hollande s’était engagé concerne les dons proposés aux pays. Un récent rapport de la Cour des comptes sur la politique de développement a démontré que la France avait tendance à avoir recours à des prêts au grand dam des dons, crise oblige. Une interversion qui a engrangé la dette des pays du Sud et les a donc enfoncés dans cette situation de sous-développement : « la France se caractérise par une structure où le prêt est extrêmement permanent » a avoué Pascal Canfin. Désormais, les projets de développement devraient être conduits sur une meilleure alternance entre dons et prêts. Les prêts ne sont pas automatiques mais dans une logique économique : « quand on est l’AFD, qui est une banque, vous prêtez naturellement à ceux dont vous savez qu’ils vont pouvoir rembourser. Et elle ne doit sûrement pas avoir le droit de prêter à des pays surendettés ou qui sont dans des situations telles, des secteurs tels que ça n’a pas de logique économique de faire de prêt. L’éducation par exemple, on ne peut pas faire de prêt, la rentabilité n’existe pas » a détaillé le ministre. Donc aujourd’hui, il y a ce grand débat, « à savoir s’il faut plutôt faire des dons que des prêts » mais l’engagement présidentiel veut que la part des dons soit remontée.


Entre le mois d’octobre 2012 et mars 2013, des assises, rassemblant l’ensemble des acteurs du développement en France et des pays du Sud, se réuniront pour débattre ensemble de la politique de développement à tenir : « nous allons essayer que ce soit des assises plus ouvertes sur le monde avec, entre autres, la question « qu’est-ce que l’on intègre dans l’APD, est-ce que l’on met la facture de chauffage des centres de rétention des réfugiés ? » Il s’agit là de définir les déclinaisons de l’APD et «  il y a une vraie démarche de progression » a estimé le ministre. Si l’APD a su jouer, comme en Asie, un rôle positif, l’Afrique sub-saharienne, où les inégalités se sont accrues, ne peut se réjouir du même effet. Aujourd’hui, pour renverser et réorienter ces tendances, l’exécutif redéfinit sa politique d’aide publique, et le ministre au Développement compte bien se référer à son expérience d’écologiste. Il n’est pas novice en la matière. A l’initiative en 2011 de l’ONG Finance Watch, bête noire des lobbys financiers, il avait déjà mis un point d’honneur à opérer, par cette structure, via des règles strictes et transparentes.

 



 

 

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