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Profession « musicien-ouvrier », une simple histoire d’immigrés ?

11 novembre 2008 - Dernier ajout 12 novembre 2008

« Musicien-ouvrier », un terme peu courant qui est sorti de la bouche de Salah Amokrane, coordinateur du festival « Origines Contrôlées » et également frère de Mouss et Hakim (chanteurs de l’ancien groupe Zebda) pour définir à travers l’histoire de l’immigration, des artistes phares comme Slimane Azem. Juste avant leur festival, le groupe s’est arrêté jeudi 5 novembre à Marseille, à l’espace Julien pour une rétrospective en débat et chansons autour des artistes de l’immigration.


 

De passage à Marseille à l’occasion d’une tournée rencontres-débats-concerts le groupe « Origines Contrôlées » accompagné du « Tactikollectif » a porté toute son attention sur les chanteurs de l’immigration algérienne des années 1950 à nos jours. Poursuivant sa démarche autour des questions d’histoire, de mémoire et de patrimoine de l’immigration, le groupe s’est principalement penché sur la figure du chanteur Slimane Azem. Autour d’une table ronde qui lui était consacrée, le chanteur d’origine Kabyle qui a accompagné de ses chansons plusieurs générations d’immigrés algériens en France a fait débat.

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A travers ce monument de la chanson algérienne, c’est sur l’histoire d’hommes et de femmes, de chanteurs et musiciens, tous enfants de l’exil que l’on a voulu revenir. La renommée de cette figure de proue de l’immigration algérienne n’est pourtant pas seulement posthume. De l’aveu de sa nièce Chabah Azem, alors présente à la table ronde, le chanteur attirait déjà les foules dans les années 1980 et emplissait aisément les salles de concert. « En 1982 lorsque j’ai vu qu’il avait fait salle comble à l’Olympia, j’ai alors pris la mesure de ce qu’il représentait véritablement », avoue-t-elle.

Le chanteur comme beaucoup d’autres artistes du genre, ne visaient pourtant pas la renommée. Partis de leur pays natal, c’est souvent en tant qu’ouvriers qu’ils se sont installés en France.

D’ouvrier devenir artiste, ou parfois être simultanément les deux, voilà un parcours pour le moins intriguant qui suscite encore des interrogations.

Passer d’une journée d’usine ou de marteau piqueur à une soirée autour de la discipline qui adoucie les mœurs n’est en effet pas chose répandue. Loin d’être impensable cela a bel et bien pourtant eu lieu. Rue de Belleville à Paris, ou au coin d’une de ces impasses isolées du centre ville de Marseille, ce pourrait être tout autant dans une banlieue du nord de la France, mais pour sûr, c’est en lieu et place de cafés communautaires que ces artistes sont nés. Tuer l’ennuie et tromper la solitude. Partager les aléas de l’exil et la rudesse de l’immigration en même temps que de se rappeler aux souvenirs de la terre natale après une pénible journée de travail. Imprégnée de douces mélodies d’enfance, étoffée d’un vécu d’immigré et de prolétaire, émerge alors la figure du « musicien-ouvrier ». Ces chanteurs inaccoutumés pour l’heure, s’adressent essentiellement dans les années 1950, 1960 et 1970 à leurs compatriotes maghrébins en exil. Le sentiment non pas seulement d’appartenance à une même origine, mais celui de partager à travers l’immigration et l’exil une communauté de destin, verra naître un véritable phénomène d’identification, de reconnaissance et l’engouement autour de ces artistes et de leurs compositions. Mais ceux-là restent toutefois isolés de la grande scène.

Se replonger alors dans le répertoire de ces artistes, chanteurs, musiciens-ouvriers qui ont accompagnés de leurs voix et de leurs notes plusieurs générations d’immigrés algériens depuis les années 1950, s’en imprégner pour transmettre à leur tour cette histoire des origines à nos jours n’est pas vraiment la revendication d’une reconnaissance ou d’une réhabilitation de la part du groupe « Origines Contrôlées » et du Tactikollectif. Il s’agit là tout d’abord d’une « appropriation du propre » concernant la seconde et troisième génération, enfants, petits enfants ou arrières petits enfants d’immigrés dont fait partie la joyeuse fratrie Amokrane du groupe Origines Contrôlées.

A travers cette appropriation de son propre patrimoine historique et culturel et par le biais de ces chansons qui ont accompagnées nos pères, les enfants de « Zebda », enfants de tous les combats, se veulent à leur tour, passeur. Non plus d’une histoire particulière mais universelle.

 

 

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