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Printemps des quartiers : quelle analyse et quelle action politique ?

10 février 2012 - Dernier ajout 13 février 2012

Samedi 4 février, le débat était prometteur au théâtre Mazenod de la rue d’Aubagne. Une salle pleine à craquer réunissant militants associatifs, politiques et habitants des quartiers populaires ou non, pour se rassembler autour du « Printemps des Quartiers » lancé par Tariq Ramadan et Alain Gresh. Cette rencontre a pour ambition de faire porter la parole politique des quartiers au niveau national, sur la base d’une mobilisation populaire. L’initiative a été honorée et a été un véritable succès pour les organisateurs. Pour l’heure, c’est l’angle politique qui va être abordé avec les interventions de Mohamed Ben Saada de Quartiers Nord - Quartiers Forts, Abdesalem Souiki responsable de l’association La plume et La vie, Adil Fajry, militant associatif et par Houria Bouteldja, pour clore sur une analyse de la politique internationale, notamment les printemps arabes.


 

Mohamed Ben Saada, Quartiers Nord - Quartiers Forts : « A Marseille on a deux sentiments mêlés : sentiment de tristesse, parce qu’on est accablé par ce qui se passe aux actualités, par cette somme de discriminations, par cette violence institutionnelle, par ces inégalités de plus en plus croissantes, par cette montée de l’islamophobie. On est accablé de tristesse, mais nous sommes aussi en colère. Ceux qui changent les choses ce sont les gens en colère pas les gens tristes. Que veut dire parler de politique dans les quartiers populaires ? Exister politiquement, ce n’est pas qu’exister électoralement, c’est bien autre chose, c’est s’occuper de la vie de la cité, c’est s’occuper des problèmes qui concernent, vos voisins, votre famille, votre communauté. Exister dans l’action, les luttes qu’on mènera ensemble sur le terrain. Par exemple quand aux Flamants on se mobilise pour mettre un feu rouge en place, ça change la vie des gens, quand des jeunes femmes se mobilisent contre l’islamophobie auprès du PS, c’est de la politique, le procès des assassins d’Akim ne passe pas à l’as, ça ce sont des actions politiques concrètes »

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Mohamed Bensaada (image © Med In Marseille)

« Ce sont des quartiers qui sont minés par le chômage endémique, où les populations sont discriminées dans tous les domaines, dans l’éducation, la culture, l’emploi, le logement. Il n’y a qu’à constater l’état du parc immobilier ici à Marseille, dans la région et partout ailleurs pour comprendre qu’il y a des conditions spécifiques dans ces quartiers. En gros, il y a une espèce de mépris institutionnel à l’encontre de ces habitants-là. Faire de la politique, ce n’est pas essayer de faire des listes à telle ou telle échéance, de faire voter. C’est une initiative qui s’inscrit dans le temps, c’est une dynamique que l’on recherche, plus qu’un mouvement de comptage numérique des voix. Parce que la légitimité démocratique de toutes les instances et de tous les partis politiques qui font cette 5ème république, est mise à mal, ne serait-ce que par le ton d’abstention, par la façon dont les Français et les étrangers se méfient de plus en plus du débat politique. Nous, on était dans la citoyenneté, dans l’incitation au vote, jusqu’à quelques années. Mais l’expérience du quotidien, et les difficultés qu’on a les uns avec les autres, nous amène à une réflexion de tous les instants. « Face à ce constat, il y a deux attitudes à adopter ; l’attitude réformiste qui consiste à investir les partis politiques et prendre le contrôle de ces partis, sauf que cette expérience-là a été plusieurs fois menée, et que pour l’avoir vécu personnellement, il suffit que vous soyez deux arabes ou deux noirs dans n’importe quel parti politique pour que déjà vous soyez le courant communautariste, c’est systématique. La politique c’est un combat, alors on peut essayer de lutter de l’intérieur, faire changer les choses, mais je suis persuadé que la pièce est déjà jouée d’avance. Que ceux qui y sont déjà, bon courage. La deuxième voix, c’est la construction politique autonome, les faire s’éveiller à la chose politique au niveau local. Exister politiquement c’est prendre la parole. A partir du moment où nous prendrons la parole, où nous serons capables d’organiser des manifestations locales. C’est du moyen terme, voire du long terme. Il faut se servir des armes qu’on a, c’est le nombre ; la faiblesse qu’on a c’est notre apathie. Dans le système politique actuel de la 5ème république, seules les élections comptent. Faisons un compromis : allons tous voter dans les quartiers populaires à la présidentielle et mettons sur le bulletin nos revendications, même si ces votes blancs ne sont pas comptabilisés en voix, ils seront comptabilisés en nombre. Servons-nous du nombre total de ces votes blancs comme une espèce d’épée de Damoclès, parce que ce qu’ils craignent par-dessus tout c’est le réveil politique et l’engagement de ces citoyens sauf que ces citoyens ne trouvent pas une offre adéquat, des choses qui leur ressemblent pour que leur voix soient portées, là où les décisions se prennent. La solution est en vous. La solution est collective. Nous avons trop longtemps parlé calmement de choses violentes. »

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(image © Med In Marseille)

Abdesalem Souiki enseignant, imam à Frais vallon et Fontvert : « A mon échelle, à Marseille, j’ai fait le choix de travailler avec ma communauté, d’essayer d’élever la moyenne intellectuelle et spirituelle dans la mosquée où je prêche et côté scolaire, dans l’association La plume et La vie où l’on propose un encadrement scolaire depuis le CP jusqu’à la Terminale, toute matière confondue, avec la condition que le respect ne se quémande pas, que le travail sur l’image au détriment du travail sur la réalité est un contresens, au lieu de demander à l’autre de bien me représenter, au lieu de faire un travail de relation publique, d’améliorer mon image dans les médias , il faut le faire mais moi, j’ai fait ce choix de donner la priorité au travail de la réalité et d’essayer d’élever la moyenne intellectuelle, spirituelle, civique de la communauté de manière à forcer le respect de l’autre. »

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Adil Fajry (image © Med In Marseille)

Militant associatif et membre du NPA, Adil Fajry dénote et se désole de l’abandon et de la négligence dont les politiques de tous bords ont fait part envers les quartiers populaires. Selon lui, « ça ne les intéresse pas (les politiques) qu’on s’émancipe et qu’on développe un sens critique. Ils ne veulent pas qu’on ait une conscience politique, tout ce qu’ils veulent c’est nous précariser, nous laisser pauvres. Ils nous ont fracassé nos repères culturels et religieux, et nous maintiennent dans la précarité pour mieux ce servir de nous ». Et le ras-le-bol est bien présent chez ce jeune militant. Si la question du sort des quartiers populaires a été désertée par les politiques, que prévoit-il ? « Aujourd’hui, elle (la gauche radicale) n’est pas capable de mettre des mots d’ordre clairs qui nous concernent sur les quartiers populaires. Il y a une nécessité de notre part de parler d’égal à égal, de construire une organisation spécifique parce qu’on subit des oppressions spécifiques [...] et il y a des initiatives qui » ont donné à réflexion « pour construire un outil politique autonome des quartiers populaires et de l’immigration ». Si les politiques actuelles gardent leurs œillères, pour Adil, la clé se trouve dans la création d’un parti autonome, concluant sur la nécessité d’action : « peu importe nos idéologies mais il faut faire attention à l’immobilisme ». Candidat au NPA, l’avenir nous dira si les paroles ont trouvé actes.

Présente sur le terrain militant depuis de nombreuses années, Houria Bouteldja, porte-parole du PIR (Parti des Indigènes de la République), dresse le même constat d’abandon que ses prédécesseurs et déplore « que rien de politique ne soit proposé, on ne nous dit pas comment on va sortir les quartiers populaires de la crise structurelle dans laquelle ils sont. On nous dit simplement qu’à l’orée des élections, il faut voter pour le moins pire ». Un contexte électoral pendant lequel « les populations des quartiers populaires sont stigmatisées et ce depuis l’émergence dans le champ politique des marcheurs pour l’égalité, en 1983 ». C’est pourquoi l’initiative du Printemps des Quartiers a pour vocation « de remettre au centre la question fondamentale des quartiers populaires pendant la présidentielle, et penser à l’après présidentielle », illustrant ce réinvestissement du champ politique à travers la phrase du sociologue Abelmalek Sayad, « exister, c’est exister politiquement ». Pour que cette phrase puisse faire « sens, il faut s’armer massivement et politiquement » autour « de trois questions essentielles portées par la crise économique, l’alternative économique ; la question des quartiers populaires, du racisme structurel, c’est donc la question des racismes d’État ; celle des rapports Nord-Sud qui est la question fondamentale de la France-Afrique que l’on ne doit pas oublier ». Houria rappelle que ces questions ne sont ni portées par « le FN, ni l’UMP, ni le PS et que, si nous ne sommes pas là pour les poser, personne ne le fera » .

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Les intervenants avec Abdesalem Souiki au micro (image © Med In Marseille)

Les intervenants ont tenu également à exprimer leur perception des Printemps arabes

Sur les printemps arabes, Abesalem Souiki, responsable de l’association La plume et La vie et imam, a sa propre analyse : « Je dirais deux mots pour ce qui est des printemps arabes et leur transposabilité au niveau des quartiers populaires. Je suis quelqu’un de très sceptique pour ce qui est des dits printemps arabes, parce que ce sont des printemps aéroportés dont le bras armé est l‘OTAN, qui choisit les insurrections et les révolutions au goût de ce capitalisme qui jadis mettait à sac ces colonies à travers sa cavalerie et son infanterie. Donc là, il reproduit le même schéma, la machine capitaliste se trouvant en panne, entend maintenir ces colonies dans le même état de vassalité et continue de les coloniser à distance et quand bien même les peuples veulent s’affranchir de la mainmise de leur despote et de leur tyran. Je pense à la Lybie, un printemps arabe diligenté par Bernard Henri Lévy, par l’émir du Qatar qui chez lui maintient son peuple dans une dictature, dans une tyrannie, une grande partie du peuple est sans nationalité, n’a aucun droit (… )Bien sûr que les gouvernements de nos Etats d’origine sont sclérosés, dictatoriaux, tyranniques, et il faut les évincer, mais pas pour leur substituer d’autres dictatures télécommandées par les chancelleries qui continuent à mettre à sac les richesses de ces pays. Faire un printemps arabe au niveau des quartiers, c’est une obligation, c’est une nécessité, mais reproduire le même schéma que celui des pays, il faut faire attention. Dans tous ces printemps n’est considéré comme printemps que celui qui est mis en avant par ces chancelleries et les bras médiatiques de ces chancelleries anglaises, françaises ou arabes telles qu’est devenue la chaîne Al Jazeera. En Algérie, on a vécu un printemps arabe en 1988, mais comme ceci ne plaisait pas, n’était pas au goût des chancelleries, on l’a passé sous silence et il ya eu le génocide d’un peuple, près de 250 000 algériens ont été écrasés, éradiqués par le terrorisme de l’Etat, en bénéficiant de complicité. C’était un printemps qui donnait toute sa liberté au peuple algérien et qui voulait en découdre avec un système sans se jeter entre les bras d’une quelconque chancellerie.

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Houria Bouteldja (image © Med In Marseille)

Houria Bouteldja a voulu rappeler à l’auditorium « qu’avant ces révoltes, ces pays étaient sous des dictatures impitoyables ». Même si elle admet que « ces révolutions ne sont pas parfaites avec des manipulations de toutes sortes et l’impérialisme qui essaie déjà de mettre ses billets à droite et à gauche, il n’en reste pas moins qu’il y a un acteur fondamental qui est le peuple arabe en lutte », faisant un parallèle avec « le même système que nous devons combattre en France sauf que, par rapport à eux, nous sommes protégés parce que nous sommes dans une démocratie libérale ».

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La salle bien remplie. (image © Med In Marseille)

 

 

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