Articles

Accueil > Actualités > Printemps des quartiers : l’implication des acteurs Marseillais

 

Printemps des quartiers : l’implication des acteurs Marseillais

15 février 2012

Pourquoi un printemps des quartiers à Marseille ? Plus généralement, il s’agit de mobiliser autour des questions négligées des quartiers populaires pendant le débat politique. Plus précisément, trois intervenants ont répondu aux questions de Med’in Marseille, Mohamed Ben Saada, de Quartiers Nord - Quartier Forts, Ben Amir Saadi, journaliste et responsable du site, « 00269.net, Le média des Comoriens du Monde », et Houria Hadj-chikh, conseillère communautaire PC.


 

JPEG - 41.8 ko

Med’in Marseille : pourquoi participer au printemps des quartiers à Marseille ?

Quartiers Nord-quartier forts, Mohamed Ben Saada : Ce qui nous intéresse, c’est de ramener du politique dans les quartiers Nord, même s’il existe déjà à l’état brut. Le but de notre association c’est de sauter dans le train de toutes les initiatives de ce qu’on considère nous comme être le bon sens. Nous ne sommes pas entrain de condamner le réformisme, nous ne disons pas qu’il faut empêcher les gens d’adhérer dans les partis, chacun fait son expérience, chacun fait son cheminement, mais on pense que les quartiers populaires ne trouvent aucun écho auprès des organisations politiques, telles qu’elles conçoivent les quartiers populaires aujourd’hui, c’est-à-dire qu’il y a un certain nombre de revendications spécifiques, je peux en citer quelques unes, je pense à la Palestine, à la lutte contre l’islamophobie, la lutte contre les discriminations, à l’emploi, au logement et tout ça, c’est des revendications spécifiques des quartiers populaires parce que c’est là que tous ces phénomènes subissent un phénomène grossissant, c’est là où elles sont le plus terribles, c’est là où on constate le plus de dégâts. Et malheureusement, il n’y a pas de courroie de transmission politique jusqu’à aujourd‘hui, c’est notre constat. Donc quand il y a une tentative de création d’une dynamique autour de ces problématiques-là et surtout un mouvement où il y a une véritable authenticité en terme de participation citoyenne, quartiers Nord, quartiers forts est là immédiatement.
Il y a un débat qui est biaisé à la base, on parle des quartiers populaires à la place des gens qui habitent les quartiers populaires, donc il y a un phénomène de stigmatisation sur tous les phénomènes négatifs qui agitent ces quartiers. Quand on parle quartiers populaires, c’est la violence, c’est la drogue et la montée de l’islamisme. Nous, on essaie de remettre le débat à un niveau plus réel et plus humain, parce que tout cela c’est de la surenchère médiatique et on a envie de redonner la parole aux gens pour qu’ils puissent faire comprendre à l’opinion publique en général, avant même d’interpeler les politiques, que les habitants des quartiers populaires ont exactement les mêmes problèmes qu’ailleurs, et qu’on fait encore partie du territoire français.

JPEG - 26.7 ko

Ben Amir Saadi : Je suis là pour appeler les gens à la vigilance et surtout à l’engagement. L’engagement, ça ne veut pas dire seulement être engagé, mais aussi être engageant. C’est à dire amener les gens à s’engager dans les actions de tous les jours, car c’est vrai que la communauté comorienne a été dernièrement la cible des propos de Claude Guéant. Mais je rappelle qu’il y a dix-sept ans, on est au mois de février et on va commémorer la disparition d’Ibrahim Ali qui a été tué par des colleurs d’affiche du Front National à Marseille et le premier mai 1995, il y a eu le meurtre du jeune Brahim, un jeune marocain, qui a aussi été assassiné par des militants du Front National, en même période électorale. Les gens ne doivent pas oublier que, même si on cherche à donner au Front National une image plus angélique, derrière, les propos racistes, fascistes restent toujours vivaces et que c’est en se désengageant qu’on perd le débat du terrain. Moi, je vais appeler les gens à s’engager, à être vigilant. On est en période électorale, il faut garder l’œil ouvert. Malheureusement les idées et les propos qui ont tué il y a quelques années, on les retrouve dans les propos de ceux qui nous gouvernent aujourd’hui, comme le ministre Claude Guéant et ça c’est beaucoup plus grave. J’ai vécu ce drame d’Ibrahim Ali à dix-sept ans, et la personne qui nous défendait et qui a traité le front National de criminel à l’époque, c’était l’avocat Gilbert Collard et aujourd’hui, il est au Front National, c’est quelque chose que je n’arrive pas à comprendre. Il faut donc se réveiller, il ne faut pas se sentir exclu parce que dans les quartiers on se sent souvent exclu, on a l’impression qu’on est pas chez nous, et aujourd’hui, on dispose d’une arme : c’est le vote. On a appelé à aller s’inscrire et maintenant, il faut agir, il faut voter, s’engager au quotidien.

*« Le 1er mai 1995, à Paris, alors que la manifestation du Front national en souvenir de Jeanne d’Arc s’écoule le long de la Seine, trois crânes rasés venus de Reims s’échappent du cortège pour rejoindre la berge. Quelques instants plus tard, Brahim Bouarram, un Marocain, tombe à l’eau, violemment poussé par l’un des trois hommes, et se noie. »

Med’in Marseille : concrètement, que faire à Marseille pour ces quartiers ?

Mohamed Ben Saada, Quartiers Nord-Quartiers forts : Beaucoup de choses. Il faudrait rénover le parc immobilier social, tirer les prix vers le bas, faire en sorte que les gens aient des toits dignes de ce nom. Remettre une éducation nationale digne de ce nom dans le quartier. Je parle directement de la façon dont l’éducation nationale gère son personnel au niveau des quartiers populaires, c’est-à-dire, les enseignants qui débutent et qui se retrouvent dans des quartiers extrêmement difficiles, alors qu’il y a tout un vivier d’enseignants qui sont riches d’expérience et qui ont l’autorité nécessaire pour mener des classes un petit peu compliquées, qui eux sont dans des quartiers beaucoup plus simples où la population a accès à l’éducation, à la culture, aux sports, et à des tas de choses qui font que ces jeunes sont, dans ces classes-là, épanouis . Alors que dans les quartiers, malheureusement, on sent, dès le plus jeune âge que la vie va être dure. Et ça, on peut le répercuter dans tous les domaines que ce soit la santé, l’éducation nationale et tout le reste.

JPEG - 38.9 ko

Houria Hadj-chikh : Il faudrait une prise en compte de ces populations de manière effective, parce qu’aujourd’hui, on n’a pas le sentiment qu’il y ait une prise en compte, tant au niveau de l’emploi que au niveau du logement. Quand on transforme des lieux de vie et qu’on ne concerte pas, c’est une volonté d’ignorer les habitants. Il faut un intérêt particulier pour ces quartiers, et pas seulement au moment des élections.

Ben Amir Saadi : Je vois que depuis 4 ans, à Marseille dans les quartiers, les associations ont été asphyxiées par le manque de fonds des subventions, avec un seul but, nous renfermer entre nous-mêmes, nous entretuer, nous engueuler, devenir des délinquants et ensuite nous indexer en nous disant, vous voyez, c’est eux qui font la violence alors que les personnes qui ferment les robinets, c’est ceux-là même qui nous gouvernent.

Med’in Marseille : que faire du point de vue économique pour ces quartiers ?

Mohamed Ben Saada , Quartiers Nord-Quartiers forts : C’est vrai que à chaque fois que l’on se penche sur les problèmes de la souveraineté économique de ces territoires-là, les propos sont simplistes, ou alors c’est de la poudre aux yeux. Le dernier en date, c’était le plan anti-glandouille de Fadela Amara, 500 millions d’euros à distribuer dans les quartiers populaires. Ou bien des gens qui viennent faire une virée au zoo et conseillent de nous lancer à corps perdu dans l’entreprenariat. D’une part, on n’a pas attendu qu’on vienne nous le dire. D’autre part, il faut surtout ouvrir les yeux des décideurs financiers pour les mettre devant leurs responsabilités et les obliger à investir dans ces quartiers populaires où rien n’est fait pour les jeunes et les moins jeunes.

Med’in Marseille : appellerez-vous à voter pour un candidat, à la présidentielle ?

Mohamed Ben Saada , Quartiers Nord-Quartiers forts : Le but de printemps 2012, n’est surtout pas d’appeler à voter pour tel ou tel candidat, on n’est pas là pour faire la campagne pour un tel ou une telle candidate. La question qu’il faut se poser, c’est si au lendemain des ces présidentielles, quel que soit le président qui sera élu, quels que soient les résultats des prochaines législatives : y aura-t-il concrètement un changement dans ces quartiers populaires ? Moi, je suis peut-être cynique, mais j’en doute. Ce qu’on demande aux gens de ces quartiers c’est de s’impliquer au maximum dans la citoyenneté et même de devenir des militants.

 

par - Dans > Actualités



 

 

Autres articles Actualités

 

Brèves Actualités

  • 17 octobre

     

    La ville de Marseille a voté un plan à 1 milliard d’euros de reconstruction des écoles, par des partenariat public-privé

    Un plan massif, à un milliard d’euros, pour reconstruire les écoles de Marseille Régulièrement épinglée pour le délabrement de certaines écoles publiques, la ville de Marseille a voté lundi un plan massif de reconstruction d’un montant d’un milliard d’euros, via des partenariats public-privé (PPP) contestés par l’opposition. "Le projet que nous nous apprêtons à lancer est considérable, c’est un véritable plan Marshall qui n’a aucun équivalent ni dans l’histoire de la ville de Marseille ni dans aucune autre ville", a vanté le maire (LR) Jean-Claude Gaudin, devant le conseil municipal. Le plan prévoit la destruction de 31 établissements obsolètes des années 1960, et leur remplacement par 28 nouvelles écoles, (...)

     

  • 16 octobre

     

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité à Marseille lance une pétition

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité lance une pétition en ligne, avec une lettre ouverte à Jean-Claude Gaudin " Nous nous sommes mobilisés pour vous apporter les preuves de ce triste constat à travers le Livre Noir de Marseille : Etat des lieux de chaque quartier de la cité. Vous y observerez les rats que côtoient les usagers chaque jour. Ils s’attaquent aux câbles des voitures et pénètrent chez nous. Leurs cadavres trainent dans les rues et dans les parcs….Leur prolifération est vectrice de maladie comme la leptospirose…La gale et la teigne sont revenues dans nos parcs et nos écoles !" (...)

     

  • 9 octobre

     

    Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry, lundi 9 oct

    Lundi 9 octobre 2017 Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry Pour la troisième journée consécutive les personnels ont décidé d’exercer leur droit de retrait, les conditions de sécurité n’étant toujours pas assurées, ni pour nos élèves, ni pour nous. Dans un communiqué, les professeurs et personnels, leurs sections syndicales, FSU, CGT, FO, SUD, CFDT précisent :"Vendredi, la direction académique a dit réfléchir à la possibilité d’affecter à l’année 4 ou 5 AED supplémentaires sur notre lycée pour la vie scolaire. Il y a urgence ! Nos élèves doivent pouvoir reprendre les cours au plus vite, dans des conditions de sécurité restaurées. Il nous est insupportable d’être une nouvelle fois (...)

     

  • 6 octobre

     

    Lycée Saint exupéry, les enseignants font valoir leur droit d eretrait, suite à des violences

    DROIT DE RETRAIT AU LYCEE SAINT-EXUPERY DE MARSEILLE "La rentrée chaotique du lycée continue … En grève le 5 septembre, les personnels dénonçaient déjà les conditions de travail fortement dégradées suite à la perte de 30 contrats aidés (CUI), assurant notamment l’encadrement des élèves et l’entretien des locaux. De façon prévisible, les 10 postes reconduits n’ont pas suffit à assurer la sérénité du travail dans l’établissement. Depuis un mois seulement, les incidents se multiplient, les actes de violence sont récurrents :- 315 exclusions de classe- 6128 absences d’élèves- 490 passages à l’infirmerie- 9 évacuations par les pompiers … Suite à une bagarre d’une violence extrême ce mercredi, l’ensemble des (...)

     

  • 4 octobre

     

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13, Marseille. dimanche

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13 Un repas de soutien au collectif Al Manba , soutien migrant-es 13 ; est organisé aux jardins partagés de l’Annonciade, quartiers nord, les Aygalades, à partir des récoltes. Discussions, musique, buvette, chaleur humaine par Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba dim 12:00 · Chemin de la Mûre, 13015 Marseille Page FB Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba

     

  • 4 octobre

     

    Recours au Conseil d’Etat , contre le gel des contrats aidés

    Emplois aidés : La justice va-t-elle suspendre le gel décidé par le gouvernement ? TRAVAIL Le Conseil d’Etat examine mardi 03 octobre, un recours déposé par des élus écologistes et plusieurs associations contre la remise en cause des contrats aidés décidée par l’exécutif... http://www.20minutes.fr/economie/2143331-20171003-emplois-aides-justice-va-suspendre-gel-decide-gouvernement

     

  • 25 septembre

     

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées.

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées Depuis plusieurs semaines, des agents des musées dénoncent dans des courriers anonymes des passe-droits, voire les emplois fictifs dont bénéficieraient d’autres agents. La Ville a décidé de diligenter une enquête interne de l’inspection générale des services. A lire sur marsactu https://marsactu.fr/avis-de-tempete-dans-les-musees-de-marseille/

     

  • 25 septembre

     

    Selon la porte-parole de l’ONG Oxfam, Manon Aubry, avec les réformes fiscales engagées, "le gouvernement offre 24 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux plus riches".

    Réforme fiscale : "Les plus riches bénéficieront d’une hausse de revenus 18 fois plus importante que les plus pauvres" note Oxfam Selon la porte-parole de l’ONG Oxfam, Manon Aubry, avec les réformes fiscales engagées, "le gouvernement offre 24 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux plus riches". L’ONG de lutte contre la pauvreté Oxfam publie lundi 25 septembre, un rapport critique sur le projet de loi de finances 2018, intitulé Réforme fiscale : les pauvres en paient l’impôt cassé. Selon le rapport, les ménages les 10 % plus riches bénéficieront "d’une hausse de revenus au moins 18 fois plus importante que les 10 % les plus pauvres", alors que les 10% les plus riches possèdent déjà "56% des richesses (...)

     

  • 20 septembre

     

    CONTRE LA SUPPRESSION BRUTALE DES CONTRATS AIDES, RASSEMBLEMENT unitaire DEVANT LA PREFECTURE LE MERCREDI 20 SEPTEMBRE A 13H.

    Depuis la rentrée, l’annonce par le gouvernement de la fin programmée de tous les emplois aidés a réactivé la colère dans l’éducation, premier employeur de ces contrats. Les associations de parents d’élève se sont jointes à l’intersyndicale 1er degré en cette rentrée car elles sont bien conscientes des difficultés tant sur le plan humain que dans la dégradation de l’accueil des familles dans les écoles où les AADE sont devenues indispensables au bon fonctionnement. Le second degré de l’éducation, touché aussi par ces suppressions se joindra aussi à notre action le mercredi 20 septembre à 13h devant la Préfecture, à Marseille et l’action s’élargit en interprofessionnel. L’intersyndicale a demandé à être (...)

     

  • 14 septembre

     

    Emmaüs Pointe Rouge lance une collecte de dons pour les migarnts

    La Collecte de dons alimentaires pour les migrants de la Vallée de La Roya, est ouverte. départ du camion lundi 16 octobre. Le camion d’Emmaüs partira le lundi 16 octobre. Voir sur le site emmaus-pointerouge.com

     

Articles récents

Articles au hasard