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Printemps arabes : la France, bonne attitude ou piètre figure ?

9 novembre 2011

Quels sont les atouts et faiblesses de la France sur la scène mondiale, quelles relations entretient-elle avec les autres acteurs internationaux, quel rôle peut-elle jouer ? Voici quelques-unes des questions auxquelles ont tenté de répondre Pascal Boniface et Hubert Védrine dans leur dernier opus La France face aux défis internationaux. Les deux spécialistes sont revenus il y a quelques jours sur le rôle de cette vieille puissance à l’échelle internationale, le temps d’une conférence à Paris. Parmi les principales interrogations des chercheurs : la timidité affichée du pays vis à vis des printemps arabes et notamment de la Tunisie. Décryptages.


 

Non, la position de la France sur la scène internationale n’est pas encore totalement « has been » ; non, sa vision n’est pas si obsolète et son attitude si péremptoire. Voici en substance le résumé de la pensée des deux chercheurs qui présentaient la semaine dernière leur dernier livre à la mairie du XIe arrondissement de Paris. Brossant le portrait d’une France ni frileuse ni belliqueuse, et en interaction avec ses partenaires, Pascal Boniface et Hubert Védrine* ont souligné que ces questions de politique étrangère seraient sans doute un des enjeux fondamentaux du débat électoral de la prochaine présidentielle. Relations avec les organisations onusiennes, positionnement sur la scène européenne, l’international sera passé au peigne fin toute cette année, assurent les deux auteurs.
Pascal Boniface a notamment rappelé, en guise de préambule, que la perception du monde à l’échelle d’une nation, telle que pratiquée par la France, n’était pas une idée erronée. Pour ce dernier, « l’échelon de base de l’Etat-nation est toujours important, même à l’époque de la globalisation, l’Etat-nation demeure un outil essentiel de l’action internationale ». « Chaque pays a une diplomatie personnelle et il faut garder une vraie politique spécifique. Ce concept est à préserver », ajoute Hubert Védrine.
Et pour le premier, la chance et l’atout de la France résident dans sa capacité à penser le monde de manière globale : «  ça donne à la France, non pas le droit d’être arbitre, mais la possibilité de faire avancer des thèmes, de proposer des solutions en fédérant autour d’elle. Dans ce multilatéralisme, elle a une carte intéressante à jouer », pointe le chercheur.

« Faire attention aux simplifications systématiques »

Abordant tout particulièrement le rôle de la France à l’orée des printemps arabes, Hubert Védrine a tenu en premier lieu à préciser que, « la France n’a rien vu venir : personne ne s’est rendu compte de l’ampleur du phénomène », juge ce dernier. Le diplomate admet cependant que cela n’empêche pas qu’il faille se pencher de près sur la réaction de la diplomatie française : « On s’est demandé comment le pays pouvait aider la Tunisie et la France a répondu avec beaucoup de paternalisme et de volonté de transmettre des valeurs politiques, comme si le peuple tunisien n’était pas capable de les appréhender, sans oublier la proposition de la ministre des Affaires Étrangères de l’époque... ». En ce qui concerne l’Égypte, la situation était plus compliquée au regard des liens de ce pays avec les États-Unis, commentent les chercheurs avant de passer cette fois au crible, le positionnement de la France face aux résultats des élections en Tunisie.
« Il s’agit d’un processus de démocratisation très compliqué et incertain, il faut le soutenir et faire attention aux simplifications systématiques et ne pas vouloir plaquer un système tout fait français. Certes les islamistes sont arrivés en tête [des premières élections démocratiques], mais on diabolise ce résultat : les médias s’emballent parlant d’automne arabe et font l’amalgame entre le parti Ennahda et les salafistes. On redécouvre d’un seul coup que les Tunisiens sont musulmans et on entretient une peur. On devrait plutôt se réjouir de cette vraie ferveur démocratique avec un taux de participation de plus de 90 %. Ce sont les Tunisiens qui votent et décident et il y a souvent ce réflexe français de vouloir dire pour l’autre ce qui est bien. Il faut plutôt partir de ce qu’ils demandent », commente Pascal Boniface.
Le chercheur rappelle que le concept d’Etat-nation diffère totalement d’un pays à l’autre, soulignant qu’il y a autant de cas particuliers que de pays. Le refus de la corruption, la lassitude face à des régimes autoritaires peuvent être mis en parallèle dans plusieurs pays arabes connaissant des soulèvements, mais le renversement des régimes égyptien, tunisien et libyen s’est opéré pour des raisons très différentes, analyse ce dernier . « C’est dans un cadre avant tout national que ces changements ont eu lieu », explique-t-il. «  Le seul rôle de la France, ici, est de ne pas vouloir faire à la place des autres. L’enjeu est de ne pas gêner ces processus, en confondant tout. Économiquement, la France a une carte à jouer : faire attention à ne pas annuler les séjours touristiques. L’aide économique est fondamentale si on ne veut pas assister à une augmentation massive du chômage car la démocratie ne nourrit pas son homme ! », conclut le spécialiste.

*Hubert Védrine a été successivement conseiller diplomatique, porte-parole puis Secrétaire Général de la présidence de la République de 1981 à 1995, et ministre des Affaires étrangères de 1997 à 2002.
*Pascal Boniface est directeur de l’IRIS, enseignant à l’Institut d’Études Européennes de l’Université Paris 8.

 

 

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