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Pierre Stambul : « Faire en sorte que la révolution du monde arabe réaboutisse à la réunification de la Palestine »

19 avril 2011

Le Forum Social Mondial en Provence qui s’est tenu le 16 avril dernier, ne pouvait pas occulter la récente révolution tunisienne. Au cours d’un atelier de réflexion, une soixantaine de personnes en compagnie de Vincent Geisser, sociologue, Pierre Stambul membre du Bureau national de l’Union Juive Française Pour la Paix, Chokri Latif de l’Association de Lutte contre la Torture en Tunisie (ALTT), Belgacem Benabdallah, membre d’une association de diplômés chômeurs en Tunisie et d’Emmanuel Semanou, président de Survie 13, ont fait part de leurs analyses et de leurs inquiétudes. Entre la « myopie » dont ont fait preuve les pays occidentaux en soutenant jusqu’au bout le régime Ben Ali et le souhait des peuples de voir la révolution du monde arabe aboutir à la réunification de la Palestine, cette révolution n’a pas fini de faire parler d’elle.


 

« Pourquoi n’a-t-on pas vu venir cette révolution tunisienne ? » interroge en préambule le sociologue Vincent Geisser [1] en pointant du doigt « la myopie diplomatique et militante » dont on fait preuve les pays occidentaux. Chokri Latif, de l’Association de Lutte contre la Torture en Tunisie (ALTT), va plus loin et affirme même que « les capitales occidentales n’ont pas voulu voir que ces dictatures allaient tomber ».

En effet, les pays occidentaux ont longtemps considéré les dictatures arabes comme étant des « régimes de moindre mal pour des peuples arabes indomptables et trop durs pour la démocratie ». C’est en tout cas dans ce sens que s’inscrivent les déclarations des dirigeants français qui n’ont cessé de vanter les mérites du régime Ben Ali. « Ce sont des régimes modérés » disaient-ils. « Modérés, mais pour qui ? Pas pour leur peuple » s’emporte Vincent Geisser qui affirme que le soutien occidental à ces dictatures, s’inscrit dans une « logique tiers-mondiste. Une logique qui a notamment été soutenue par des intellectuels qui n’ont pas fait la part des choses ».

Alexandre Adler soutient les dictatures

Alexandre Adler, journaliste et essayiste français en est un parfait exemple. Ce dernier a toujours dit soutenir la dictature au détriment de la démocratie. En Septembre 2004, dans une interview accordée au Figaro, il a déclaré : [...] « Je soutiens le maintien des dictatures les plus éclairées possibles - voire pas éclairées du tout - en Egypte et en Arabie saoudite plutôt que l’application, dans ces régions du monde, des principes démocratiques qui, dans l’immédiat, ne seraient que porteurs de désordres et de violences. »

A cela s’ajoute une « myopie idéologique ». « On pensait que la Tunisie était un doux pays alors que dans les prisons, on pratiquait la torture. [...] Ce qui n’a pas empêché l’Internationale Socialiste de faire du RCD- (ancien parti de Ben Ali) - un membre » ironise Vincent Geisser. Et puis la Tunisie était un très bon élève du FMI et appliquait à la lettre les réformes néo-libérales. « Dominique Strauss-Kahn saluait même le modèle tunisien qu’il considérait comme un modèle stable » poursuit-il. Or, les statistiques (taux de chômage en particulier) mis en avant par le régime Ben Ali étaient tout simplement fausses et masquaient même les profondes inégalités qui se sont creusées au fil des années entre le Nord et le Sud du pays. Et puis, les attentats du 11 septembre 2001 ont également contribué à pérenniser le régime du président tunisien. Selon Vincent Geisser, « ce terrorisme aveugle et imbécile » aurait joué un rôle primordial dans le maintien du système Ben Ali. En effet, en 2000, l’entourage du pouvoir et les puissances occidentales « pensaient déjà à trouver une alternative au régime Ben Ali ».

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Vincent Geisser (à droite)

Un discours français culpabilisateur

La diplomatie française a fini par accompagner la révolution tunisienne après avoir longuement hésité. Mais cet accompagnement n’était pas des plus sincères. Le discours de Nicolas Sarkozy au lendemain du départ de Ben Ali (14 janvier 2011) est sans équivoque. « Le président de la République a agité le spectre de l’invasion migratoire mais aussi le spectre de l’islamisme en laissant insinuer que l’instauration d’une démocratie en Tunisie pourrait profiter aux islamistes ». Un discours culpabilisateur qui a insinué que « la dictature n’était pas si mal que ça » analyse le sociologue.

Un tel discours a certes blessé le peuple tunisien qui s’est révolté pour plus de dignité, de liberté et de justice. Selon Chokri Latif, cette révolution est née, d’une accumulation des luttes menées en 2008 dans la région minière de Gafsa (Centre Ouest) au cours desquelles les habitants (chômeurs, ouvriers) ont subi de sanglantes répressions menées par la milice de Ben Ali se souvient Belgacem Benabdallah, membre d’une association de diplômés chômeurs en Tunisie. Une répression à l’image de celle qu’a subie le peuple tunisien après la mort de Mohamed Bouazizi. « La milice du régime s’étant mobilisée pour mener une contre révolution par la terreur » explique-t-il.

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Belgacem Benabdallah (à gauche) et Chokri Latif (à droite)

Les Tunisiens prennent leur destin en main

Ce n’est qu’après le départ de Ben Ali, le 14 janvier dernier, que différentes formes organisationnelles sont apparues, parmi elles : des comités pour la sauvegarde de la révolution au niveau régional, local et national. Ces comités sont nés suite à la réunion du 11 février dernier au cours de laquelle, toutes les forces d’opposition (partis et associations) au gouvernement Ghannouchi se sont retrouvées pour mettre sur pied un Comité pour le Congrès National de Sauvegarde de la Révolution. Aujourd’hui ce ne sont pas moins de 54 partis politiques qui ont été légalisés en Tunisie. Une plateforme a ainsi été signée par l’ensemble des forces d’opposition. Celle-ci demandait que le président par intérim reconnaisse la légitimité du Comité et du Congrès qui sera convoqué et qu’il ait un droit de regard sur toutes les décisions du gouvernement.

« Actuellement, on essaie de faire tomber Béji Caid Essebsi, à la tête du gouvernement de transition. Il est l’un de ceux qui a travaillé avec Ben Ali et qui a imposé aux tunisiens la date du 24 juillet pour l’élection d’une assemblée constituante » s’indigne Belgacem Benabdallah.
Toute cette organisation, mise en place par le peuple tunisien, « dément donc l’idéologie néolibérale qui pensait que le processus démocratique ne pouvait se faire que de l’extérieur comme cela a été fait en Irak » explique le secrétaire générale de l’Association de Lutte contre la Torture en Tunisie (ALTT).

Révolution arabe = réunification de la Palestine ?

La révolution arabe a provoqué de nombreuses réactions dans le monde et particulièrement en Israël, où la presse israélienne semblait s’inquiéter du réveil du monde arabe. Un grand quotidien israélien titrait alors dans ses colonnes : « La révolution du monde arabe, une catastrophe pour les juifs » ? Fait savoir Pierre Stambul de l’Union Juive pour la Paix.

En effet, « en Israël le choc des civilisations fait consensus. Pour les israéliens, les arabes sont des terroristes en puissance, pour les gérer il leur faut de bons arabes à l’image de Hosni Moubarak » analyse Pierre Stambul. Le blocus de Gaza, qu’il qualifie de « crime de guerre » n’aurait pas été possible sans la complicité de Moubarak. « La révolution égyptienne n’atteindra son but que si elle réussit à lever le blocus de Gaza » [...] et à avoir un écho important en Palestine ».

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Pierre Stambul (au centre)

Ces révolutions arabes ont provoqué de drôles de réactions chez le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. Ce dernier a en effet appelé la communauté juive de Tunisie à émigrer vers Israël. Le ministère tunisien des Affaires étrangères a aussitôt répliqué en dénonçant dans un communiqué, « un appel malintentionné aux citoyens tunisiens à émigrer vers Israël » et « une tentative par Israël de ternir l’image post-révolutionnaire de la Tunisie et de susciter les suspicions autour de sa sécurité, de son économie et de sa stabilité ». Chokri Latif a quant à lui, affirmé que « les juifs tunisiens étaient partie constituante du peuple tunisien et qu’il n’y avait pas lieu à ce qu’ils partent de leur pays pour un pays occupé ».

Un vent d’incertitude et d’inquiétude traverse la Tunisie. Cette période de flou exacerbe certaines tensions mais la vigilance est de mise. Vincent Geisser a tenu à rappeler que toutes les expériences de transition démocratique se sont faites dans l’incertitude. « L’incertitude est le propre d’une transition ».

Actuellement, ce sont les révoltes du peuple syrien, bahreïni et yéménite que tentent de « mater » les démocraties occidentales affirment les différents intervenants. La vigilance est donc de mise dans le monde arabe mais aussi en Afrique Noire où, suite à la crise ivoirienne, « un nouvel ordre politique et économique se dessine » selon Emmanuel Semanou, président de Survie 13. « La Françafrique sévit sans complexe en Afrique de l’Ouest, de l’Angola jusqu’à la pointe du Sénégal. Ils n’ont plus de pouvoirs dans le monde arabe, qui détient le pétrole alors ils adoptent un autre plan machiavélique en Afrique » est persuadé Emmanuel Semanou.

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Emmanuel Semanou

Pour en savoir davantage, l’association Survie, vous invite à venir assister à une conférence/ débat intitulée : « Côte d’Ivoire…Une guerre de recolonisation qui ne dit pas son nom. Sera notamment évoqué « Le Traitement Médiatique en Question, de la crise ivoirienne » avec la participation des intervenants : M. François Manga-Akoa, Analyste politique, Maître Fabien Ndoumou, Docteur en droit, Avocat au Barreau de Paris, M. Claude Koudou, Docteur en Physique, Essayiste et conseiller politique, et M. Ahoué Djie, Docteur en anthropologie politique, Chercheur au CERASA.

Accueil à partir de 18h00 au théâtre Mazenod, le 22 avril 2011, 88 rue d’Aubagne, 13001 MARSEILLE (métro Noailles).

 



 

 

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