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Parité et diversité en politique, les ignorées de la République

15 octobre 2007 - Dernier ajout 13 novembre 2007

L’association des Marianne de la diversité a organisé, samedi 6 octobre à l’Assemblée Nationale, un colloque intitulé « Comment les femmes et la diversité changent la politique ». Mais le monde confiné du pouvoir – ses politiciens et ses codes – n’y met pas vraiment du sien. Cette constatation transcende les frontières partisanes et nourrit colères et réflexions


 

Ors de la République, Assemblée Nationale, Salle Colbert. Qui se souvient que le nom du secrétaire d’Etat de Louis XIV reste associé à la rédaction du sinistre Code noir ? Tragique, ou comique, l’attribution de cette salle aux Marianne de la diversité, pour l’organisation de leur colloque évoquant les bouleversements qu’engendreraient une féminisation et une diversification de la vie politique française ? Ce samedi 6 octobre, dès 9 heures, la « Marie-Anne » bon teint laisse donc place aux Marianne polychromes, en partenariat avec LCP (La Chaîne Parlementaire), au sein de ce « lieu hautement symbolique » s’il en est.
Et malgré un emploi du temps chargé, elles (ils aussi, mais surtout elles) ont répondu présentes à l’appel lancé par Fadila Mehal, présidente et fondatrice des Marianne de la Diversité. Toutes sauf une : Fadela Amara, actuelle secrétaire d’Etat à la Politique de la Ville qui, n’ayant pu se dégager de ses obligations, a préféré enregistrer son message. Et de mémoire d’homme, ou plutôt de femme, personne n’avait encore assisté à une telle réunion de responsables politiques – venues de tous bords – issues de l’immigration, de la diversité, des « minorités »,… Termes qui font grincer des dents certaines d’entre elles.

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Rama Yade, secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères

« Revenir aux sources du combat »
Rama Yade, secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères

Dans son propos liminaire, Fadila Mehal rappelle que la France fait figure de mauvais élève en Europe et dans le monde, ne présentant au sortir des dernières législatives qu’un peu plus de 18 % de femmes députées (contre, certes, environ 12 % en 2002). Quant à la représentation de la diversité sur les bancs de l’Assemblée, l’ex-candidate MoDem à une législature parisienne note large : hors outre-mer, « c’est carrément le zéro pointé ! » Sans parler des questions de diversité des origines socioprofessionnelles. Bref, les « Rachida, Rama, Fadela » – trois prénoms systématiquement accolés et surmédiatisés – ne seraient-elles pas « les arbres qui cachent la forêt », ou plutôt qui voilent à peine le désert ?
La secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et aux Droits de l’Homme fait justement son entrée. Rama Yade a longtemps « hésité » à venir, craignant d’être pour la énième fois renvoyée à ses origines, sa couleur de peau, à un communautarisme présomptif dont elle se défend. Puis a fini par accepter l’invite, « par amitié » de longue date pour les Marianne, mais aussi pour « revenir aux sources du combat. »
Sans se préoccuper du discours écrit pour elle, Mme Yade conte son histoire récente, depuis sa nomination au gouvernement, les questions incessantes des journalistes qui veulent à tout prix savoir si elle « représente les quartiers, les minorités. » Interrogation à laquelle elle a finit par répondre « non », quitte à en froisser quelques-uns.

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Bariza Khiari, sénatrice de Paris

Obligation de réussite

Et la « pression » est grande, exercée au plus haut niveau de l’Etat : chaque fois qu’il lui téléphone, le président de la République n’a de cesse de lui répéter qu’elle n’a « pas le droit d’échouer », au risque d’en faire « pâtir les générations futures ». Elle qui déplore que l’on ne l’entretienne pas de la politique internationale de la France ou de « la situation en Birmanie », ne se sent finalement « jamais autant Française qu’à l’étranger », assise « derrière une pancarte France à l’ONU » par exemple. Rama Yade s’en va comme elle est venue, discrètement.
Place aux grandes dames de la politique diverse et variée, pour trois tables rondes. Le « casting » ferait pâlir un peu plus n’importe quel dirigeant de parti (dirigeants – masculins,… – brillant du reste par leur absence). Bariza Khiari et George-Pau Lanvegin, respectivement sénatrice et députée PS de Paris, Christiane Taubira, députée PRG de Guyane, Marielle de Sarnez, députée européenne et secrétaire nationale du MoDem, Odette Terrade, sénatrice PCF du Val de Marne, Nassimah Dindar, conseillère politique chargée de la diversité à l’UMP, Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts,… et bien d’autres ont apporté leur analyse sur la question.
Et si l’on constate des nuances dans le débat, notamment sur la pertinence des statistiques ethniques et de la discrimination « positive », l’on retrouve néanmoins un constat et une lutte communs. D’abord, sur l’idée de légitimité. « Même lorsque l’on a été secrétaire de section d’un parti, secrétaire fédérale puis nationale, on n’est toujours pas légitime », tance Bariza Khiari. Et si une nomination n’est «  pas contestable », peut même impulser « un changement par le haut », Christiane Taubira regrette qu’elle reste le « fait du prince ». Pourtant, affirme George-Pau Langevin, « il n’est pas vrai de dire que les candidats de la diversité font perdre des voix à un parti. » Pour preuve, Bornia Tarral – candidate MoDem formant un ticket avec Marc Merger à Strasbourg – a réalisé un score (10,27 %) supérieur de trois points à la moyenne nationale du parti lors des législatives.

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Christiane Taubira, Députée PRG de Guyane

Secouer les archaïsmes

Le cas de Najat Azmy est également éloquent : ayant totalisé, sous l’étiquette PS, plus de 41 % dans sa circonscription de Tourcoing en juin dernier, elle s’est vue refuser une place sur les listes municipales pour 2008. Il faut dire qu’elle se heurte aux manipulations et réflexions à la limite du racisme de certains membres de la fédération socialiste du Nord.
Quand elles ne sont pas évincées, les femmes – a fortiori issues de la diversité – sont souvent cantonnées à des rôles secondaires, voire figuratifs, à l’ombre d’un homme. Au mieux, leur échoient les questions familiales, sociales ou d’égalité, ou encore des circonscriptions ingagnables. Et ce, en dépit des discours, de la loi sur la parité, allègrement détournée par les partis « préférant payer des amendes, plutôt que de présenter des femmes », tempête Marielle de Sarnez.
Rejointe par la majorité des participantes au colloque, elle évoque des solutions, ruminées depuis bien longtemps, comme « introduire une dose de proportionnelle » dans les modes de scrutin ou encore « durcir les sanctions » en cas de non respect de la loi sur le non-cumul des mandats, de la parité sur les listes. Il s’agit tout simplement d’« appliquer le modèle et les principes républicains » tant donnés en exemple dans les anciennes colonies, s’emporte George-Pau Langevin. Christiane Taubira dit toute sa « colère » et son « impatience ». « Il faut investir massivement » la vie politique, afin d’y bouleverser les vieux réflexes.
Fadila Mehal, un brin cynique, donne congé aux ignorées de la République, les invitant dores et déjà à un inévitable colloque qui pourra titrer « Elections municipales : des mairies mâles et pâles ? »

 

 

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