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Pages blanches contre censure militaire de la presse en Egypte

9 octobre 2011 - Dernier ajout 11 octobre 2011

Mercredi 5 octobre 2011, plusieurs journalistes ou écrivains égyptiens ont fait grève de la plume, et fait publier des colonnes blanches dans leur journal, contre le retour en force de l’ingérence de la censure militaire dans la presse et les médias.

Dans le nouveau quotidien indépendant Tahrir, Belal Fadl, Naglaa Bedir et Tarek El-Shenawy ont ainsi laissé leur colonne vide, avec pour seule notice un message commun : "Je n’ai pas écrit aujourd’hui en signe de protestation contre la censure, la confiscation de journaux et la présence de censeurs militaires".


 

Les éditorialistes Abdel Rahman Youssef, Akram El-Kasas, Saied El-Shahat et Alaa El-Shafei ont fait de même au journal El-Youm El-Sabee.

D’autres responsables de journaux ont refusé de publier des pages blanches de protestation similaires, notamment à Al Shorouk et Masry Al-Youm, proteste l’écrivain "libéral" Amr Hamzawy.

Des journalistes protestataires se sont rassemblés mercredi midi devant le syndicat des journalistes pour manifester contre la résurgence de la censure militaire et les menaces de plus en plus ouverte à l’encontre des critiques vis-à-vis de l’armée, qu’elles émanent de journalistes professionnels ou de citoyens exerçant leur libre droit à l’information en couvrant des événements publics.

De plus en plus souvent, des manifestants sont ainsi arrêtés et déferrés devant des tribunaux militaires. La veille encore à Nasr City, Sahar Maher, manifestante surprise en train de photographier une scène impliquant des militaires, a été interpellée et devrait comparaitre le 11 octobre. Au même moment, le cinéaste Magdy Kamel a lui aussi été mis en garde à vue et sa caméra confisquée.

Tous deux étaient présents en solidarité avec le bloggueur Maikal Nabil, en grève de la faim. Ce dernier avait été condamné en avril dernier à 3 ans de prison pour "propagation de fausses nouvelles" : il avait publié sur son blog des témoignages accablants contre la répression des occupants de la place Tahrir le 9 mars et des actes de torture commis par la police militaire. Une affaire embrouillée par ses prises de position anti-militaristes et...pro-israéliennes ! Des positions d’une grande confusion que des bloggueurs se proposent de combattre par la confrontation d’idées, certainement pas par la comparution devant un tribunal militaire et l’embastillement. ( cf. http://egyptianchronicles.blogspot.com )

Depuis la nomination il y a quelques mois déjà d’un ministre de l’information, le retour à la politique de contrôle pratiqué sous l’ère Moubarak est décrié. Mais les événements se sont accélérés ces dernières semaines, avec notamment la confiscation de journaux (Sout Al-Umma, Al-Fagr &Rose El Youssef...cf. http://egyptianchronicles.blogspot.com), des raids contre les bureaux d’Al Jazeera Mubasher Misr, le gel des autorisations d’émettre pour de nouvelles chaînes TV satellitaires et des avertissements solennels adressés à ONTV et Dream TV pour leurs programmes politiques.

Et on se souvient encore des mésaventures de l’animatrice de télévision Dina Abderrahman, virée le 24 juillet dernier pour avoir contrarié des généraux à l’antenne de Dream TV. (cf. http://egyptesolidarite.wordpress.com )

Ce durcissement, annoncé avec l’extension en septembre des prérogatives de l’état d’urgence suite à l’attaque de l’ambassade d’Israël au Caire, s’appuie sur l’argument officiel du refus du "chaos médiatique", et sur des lois interdisant toute information relatives aux services sécuritaires sans autorisation préalable des dits services. Il y va de la sécurité de l’Etat.

Difficile dans ces conditions de publier une quelconque critique allant dans le sens de la purge réclamée de ces services. Notamment à propos de leur ex-patron, Omar Soleiman. Et cela pile-poil au moment ou ce dernier comparaissait comme témoin au procès de Moubarak père & fils et de l’ex-ministre de l’intérieur. Une comparution à huis clos, devant un tribunal, civil celui-là, désormais fermé à la presse sur ordre du président de la cour. On ne saura donc officiellement rien ni sur la déposition d’Omar Soliman, ni sur l’audition du maréchal Tantawi.
Cependant, des journalistes parmi lesquels Mohamed el Garhy ( quotidien Tahrir, Mansheet TV show sur ONTV), réussiront à exfiltrer des informations sur la teneur supposée de ces auditions et contourneront l’interdiction de publication dans les médias en les divulguant via tweeter. (cf. http://egyptianchronicles.blogspot.com )

Exit aussi l’exigence de purger les médias ? Les journalistes protestataires dénoncent la présence physique de censeurs militaires au sein même de la maison d’édition d’Al Ahram, rue El-Galaa, où sont imprimés tous les journaux.

D’évidence, cette logique de mise sous tutelle des médias par l’armée ne pourra prendre fin qu’avec le retour des militaires dans leur caserne, la levée effective de l’état d’urgence et la remise du pouvoir aux civils. Actuellement, on n’en prend pas la direction. Aussi, ces revendications retentiront de nouveau avec force place Tahrir et partout ailleurs où le pays est mobilisé.

Entre-temps, il y a aussi beaucoup à faire au sein même de la société civile pour changer mentalités et pratiques, y compris au sein de la corporation des journalistes. Pensez-donc : il se trouve au sein du syndicat des journalistes des dirigeants qui se prévalent de la loi n° 76/1970, pourtant rarement appliquée, pour contester la légitimité du tout nouveau syndicat indépendant des journalistes. Et que dit cette loi ? Elle interdit le travail journalistique à ceux qui ne sont pas inscrits au syndicat, et prévoit une peine de prison à quiconque transgresse cette condition. Tout cela pour empêcher les "faux journalistes" de prospérer. "Faux journalistes", mais "vrais" espions, agents du "chaos" ?

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