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On s’fout de la coupe ou on s’foot du monde ?

4 juin 2014 - Dernier ajout 16 juin 2014

Le compte à rebours a commencé. La température monte, inexorablement. Mais cette fois, le délire footballistique n’est pas en cause. Une fièvre prend corps et de par sa nature même, peut inquiéter bien au delà du Brésil. Lors de cette compétition, il n’y a pas que la joie qui risque d’exploser et il faudra plus qu’un filet de nylon pour arrêter le coup franc qui gronde de derrière les tribunes. Coup d’envoi d’un nouveau monde ?


 

Les plumes, le carnaval. La liesse d’un peuple toujours chantant, prêt à troquer sa peine pour un rêve de ballon… En 2014 malgré de gros efforts de communication, la carte postale semble jaunir. Quelque chose a changé au pays du football.

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Maculélé

Photo prise Par Gaël Assouma au Brésil
Salauds de pauvre ! Toujours à la ramener au moment où l’on s’amuse, c’était à prévoir, mais qu’au cœur du temple du ballon rond, ses plus fervents adeptes soient prêts à gâcher la grandiose cérémonie pour être entendus…
A qui profite la coupe ? Pour Michel Platini les choses sont simples « Rendez hommage à cette belle coupe du monde. Ont a été au Brésil pour leur faire plaisir », lançait-il comme un appel au calme, lors une interview, face à la colère d’un peuple qui n’en peut d’être laisser pour compte. « Faites un effort, pendant un mois, calmez vous (…) S’ils peuvent attendre un mois avant de faire des éclats sociaux, ce serait bien pour l’ensemble du Brésil et la planète football ». Salauds de pauvres…
La superbe machine à décerveler les peuples semble se gripper. Là où l’on a faim, les jeux ne remplace plus le pain. Comment faire comprendre que lorsqu’il n’y a plus d’argent pour financer les programmes sociaux, l’accès aux soins, à l’éducation ou créer des emplois, des milliards de dollars tombent soudainement du ciel pour bâtir des stades gigantesques, des hôtels de luxes et autres infrastructures pharaoniques, dans le seul but de divertir la planète pendant un mois ? Des abysses séparent deux mondes qui ne cessent de s’éloigner. Les besoins et les aspirations des uns sont devenus incompréhensibles aux autres. Ces temps, en rappellent d’autres, où l’on conseillait paternellement aux ventres qui criaient famine de manger de la brioche. Cette surdité maladive des possédants, de ceux qui, du fusil, sont du coté de la crosse, est immanquablement annonciateur de catastrophes et de bouleversements. C’est ce que porte en elle cette colère qui enfle au Brésil, où pour la première fois, une fête orchestrée mondialement ne semble plus suffire à acheter la paix sociale. La coupe est pleine. L’hypocrisie et l’injustice trop flagrante. Et il en est de même partout dans le monde, la mascarade des discours officiels, défendant une économie socialement dévastatrice, s’embourbe. Les grands groupes licencient à mesure qu’augmentent leurs profits, l’austérité s’installe en promettant des jours meilleurs qui jamais ne se lèvent. Les milliardaires pavoisent et alors que les usinent ferment le secteur du luxe grandit. Le cynisme se fait loi. Mais si les nouveaux chiens ne gardes n’ont de cesse d’aboyer, la caravane ne recule plus.

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Batucada Olodum

Photo prise Par Gaël Assouma au Brésil
Depuis le vingtième siècle et l’avènement de la télévision, les grandes « messes sportives » comme les coupes du monde et les jeux olympiques, ont été le plus souvent utilisées, par les pays organisateurs, comme des blanc-seing donné à leur politique d’expansion ou de répression. Une victoire en coupe du monde achète deux ans de paix sociale disait-on. Le Brésil en sait quelque chose. Jamais la dictature militaire n’a été plus féroce que pendant les deux ans qui suivirent la seconde victoire du pays à la coupe du monde de 1970. Et alors que la planète fantasmait sur une séléçao multicolore, symbole d’une nation exempte de racisme, un dirigeant assurait crânement « De noir le Brésil n’a besoin que de Pelé et de goudron »…

Certes, des voix s’élèvent, comme lors de l’attribution des jeux de Pékin, refusant de cautionner, entres autres, la répression sanglante du peuple Tibétain. Il en fut de même à Sotchi face au système Poutine. Mais l’impériosité de la fête l’emporte toujours, étouffant les protestations et jetant sur les massacres, les spoliations et les injustices d’état, le voile épais de la célébration sportive.

Il en ira peut être différemment cette fois. Car l’enjeux est plus économique que politique, que les revendications du peuple brésilien ont un échos dans tous les pays participant et qu’il est plus difficile de faire taire un ventre qui a faim que de museler une dissidence.
Les temps changent, les pseudos fêtes planétaires ne masquent plus les réalités subies par les plus humbles. « Prends garde que l’enclume ne se fasse marteau » prévenait Montaigne…

Le message est clair, il faut arrêter de se foot du monde !

 

par Gaël Assouma - Dans > Tribunes



 

     

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