Articles

Accueil > Une Histoire, Cent Mémoires > Omégaville : Marseille, au regard cosmopolite

 

Omégaville : Marseille, au regard cosmopolite

6 octobre 2011 - Dernier ajout 7 octobre 2011

Dans le cadre d’un travail collectif de cinéastes de la Cité-Maison de Théâtre & Compagnie, répondant au titre de Chemin faisant..., Anne-Alix livre, lors d’une projection vendredi soir, son regard sur les communautés de Marseille dans les quartiers, La Busserine, Picon, Le Mail, Font Vert et invite le spectateur à la réflexion. Une première esquisse d’un projet mêlant trois artistes, trois quartiers mais une seule visée, l’ouverture sur la ville.


 

Chemin faisant... c’est trois artistes qui ont eu chacun une approche différente des quartiers de Marseille. Till Roeskens, amateur de géographie appliquée, a dressé un « Plan de situation #7 Consolat-Mirabeau », Aurélia Barbet a présenté « Epopée Grands-Carmes Joliette » sous forme de comédie musicale et Anne-Alix dévoilera à travers « Omégaville », les quartiers nord de Marseille, ses couleurs et ses habitants. Cette création va dévoiler la richesse de la cité phocéenne marquée par la vague successive de migrations de ces dernières années, voire de ces derniers siècles : Français, Italiens, Espagnols puis Pieds Noirs, Gitans et Maghrébins, Comoriens et Vietnamiens par la suite, les derniers arrivants ont été Kurdes et Tchétchènes. Un multiculturalisme sous toutes ses formes qui amène la question du vivre-ensemble, encore plus forte aujourd’hui qu’hier. C’est d’ailleurs dans cette visée que la Compagnie de la cité opère dans différents territoires de la ville et permet aux personnes de se côtoyer. Anne-Alix est partie à la rencontre de ces communautés générationnelles, nous partons à la sienne.

JPEG - 87.9 ko

Med’in Marseille : pouvez-vous nous parler de la démarche ?

Anne-Alix : Avec la Compagnie de la cité, on présente des étapes de travail puisque ce sont des travaux en évolution. L’idée, c’était d’avoir une réalisation fabriquée dans l’objectif de travailler avec les habitants qui vivent dans ces quartiers. C’est ce qu’on appelle une création partagée. Puis avec les autres artistes, on veut croiser ces créations afin que les travaux des uns soient présentés dans les « quartiers » des autres. Par la suite, vers mars, une deuxième étape va être présentée. Pour ma part, je collabore depuis trois ans avec la Compagnie de la Cité. Pour mon premier atelier, j’ai travaillé avec des adolescents des quartiers et sur leur vision du monde. J’ai alors découvert le quartier au sens large (Busserine, Picon, Le Mail, Font Vert) et en voyant cette diversité, des origines et des personnes, ça m’a interrogé. Généralement, on se coupe de pleins de richesses et dès qu’on les rencontre, ça se passe très bien, j’ai donc eu envie de me joindre à eux. Retracer l’histoire, avoir une réflexion sur ce qui est en train de bouger, c’est ce que j’ai voulu creuser dans un premier temps avec les habitants. Puis en fonction de leurs réactions, je vais leur proposer qu’on aille plus loin. C’est très intéressant parce que ça remet les choses dans l’histoire, ça permet de réfléchir sur le regard que l’on porte sur les autres.

Comment s’est déroulé votre travail et qui avez-vous rencontré ?

Je suis présente ponctuellement dans ces quartiers, donc les gens me connaissent mais il y a également eu un relai avec l’association Agora. Pour cette réalisation, j’ai travaillé quatre mois en me rendant régulièrement sur le terrain. C’est assez difficile de filmer les gens, plus aisément à l’extérieur qu’à l’intérieur, où ça devient de suite compliqué. Hormis des personnes avec qui j’avais déjà eu des contacts et qui ont filmé chez eux, le fruit de mon travail s’est pratiquement déroulé en extérieur. Mais celui-ci n’est pas terminé, j’ai commencé à rencontrer pleins de gens, notamment des Kurdes avec qui il y aura une petite approche dans ce documentaire.

J’ai eu l’occasion de rejoindre des gitans lors d’une fête traditionnelle, de suivre la Fête de Font Vert avec la présence du comédien marseillais Kamal Boudjellal, de la Compagnie Théâtre et Sociétés. Dans une ville et des cités, où chacun a son arrivée particulière, il y présentait les siens. Je devais également filmer des femmes maghrébines mais qui n’ont finalement pas honoré le rendez-vous et dont j’ai parlé dans mon documantaire. Parmi les rencontres que j’ai pu faire, il y a eu des discussions passionnantes comme celle entre un homme de 40 ans et une jeune femme de 22 ans au sujet du camp des Rroms à Font Vert, dont ils ont été récemment expulsés.

Que voulez-vous faire ressortir ?

Ce documentaire est un premier état des lieux, un regard sur des personnes et des histoires qui se ressemblent. Elles sont à la fois très différentes, car elles viennent de divers horizons, et à la fois très liées à l’immigration, à la guerre, à des problèmes économiques, à la colonisation... Finalement, je me suis rendue compte que ce mode de « communauté » était abstrait : je suis partie sur une globalité mais les personnes rencontrées étaient bien singulières. Ça amène à réfléchir, à dire LES communautés, c’est en fait UNE communauté liée à UNE histoire commune et à UN lieu commun et donc cette question DES communautés devient alors celle de LA communauté. J’ai d’ailleurs filmé un conseil des jeunes d’où on parle très bien de cela : comment garde t-on sa culture, comment elle bouge, comment devient-on une nouvelle entité ?

Vous parlez d’une suite, comment la voyez-vous ?

La question que j’aurais envie de poser maintenant c’est de savoir comment est-on une communauté ici, puisque l’on partage des choses ? Et à cette question, qu’est ce que chaque personne, dans sa culture d’origine et en se servant de celle-ci, qui lui donne un regard bien particulier, aurait envie d’amener par rapport à cette question. Certaines communautés seront peut-être très fermées sur ce point mais ça ne m’intéresse pas. Je trouve que les gens, notamment les jeunes, sont plutôt ouverts et posent un autre regard. J’aimerais montrer ce que chaque culture peut amener et voir son passé et son histoire comme une richesse plutôt qu’un problème. A partir de là, définir ce qu’on envie de vivre ensemble dans cette communauté qui est celle d’aujourd’hui : le fait de vivre à la Busserine ou même dans ce monde actuel, comment travailler ça ensemble, c’est dans cette direction que je veux aller avec eux. Je voudrais que ça soit sur une forme un peu moins documentaire pur. Je suis seulement allée filmer ce qui se passait, je n’ai pas construit avec les gens de mises en scène. Pour la deuxième phase, il y en aura un peu plus.

Dans un an, ce travail sera présenté dans le cadre de Marseille-Provence 2013. Mais dès lors, la projection d’Anne-Alix se déroule vendredi 07 octobre 2011, à 18h30, au centre social l’Agora, 34 rue de la Busserine, 13014 MARSEILLE – 04 91 02 37 31

 



 

 

Autres articles Une Histoire, Cent Mémoires

 

Brèves Une Histoire, Cent Mémoires

  • 29 mai

     

    Topo historique du Cours Julien d’hier et d’aujourd’hui

    En 1960 la ville de Marseille décide de déplacer le lieu d’échanges commerciaux de fruits et légumes qu’était alors le Cours Julien pour le regrouper en un seul et même site, le quartier des Arnavaux. Un déménagement qui se terminera en 1971. La relocalisation des grossistes en 1972 a libèré de vastes locaux. Le Cours Julien devient alors un lieu de promenade, de brocante et de culture. Depuis, le Cours Julien est devenu l’un des lieux culturels le plus connu de Marseille. L’Association Cours Julien qui réunit depuis 1992, habitants, associations et commerçants, organise tout au long de l’année des manifestations diverses tel que la journée des plantes, vide-greniers, marché paysan, Sardinade, salon (...)

     

  • Novembre 2015

     

    Il y a 11 ans, YASSER ARAFAT nous quittait ! Rappel du parcours de ce résistant hors normes par Azzedine Taïbi, Maire de Stains.

    Il y a 11 ans, YASSER ARAFAT nous quittait ! Le 11 novembre 2004 Abou Ammar plus connu sous le nom de Yasser Arafat s’est éteint à l’hôpital militaire de Percy de Clamart, suite à un empoisonnement au Polonium. Il est et restera le plus grand leader du peuple palestinien et un symbole de la cause palestinienne. J’ai eu le grand honneur de le rencontrer à trois reprises, à Gaza et à Ramallah, grâce à mon cher ami et frère Fernand Tuil, qui nous a malheureusement aussi quitté le 24 décembre 2013. Voici quelques lignes sur le parcours du grand leader palestinien : Yasser Arafat, né à Jérusalem le 4 août 1929 d’autres disent qu’il est né le 24 août 1929 dans la ville du Caire en Égypte. Yasser (...)

     

  • Juillet 2015

     

    Souvenir

    Ce matin en entendant les commentaires des médias sur la Grèce, je me suis souvenu de mon arrière grand-père boiseur dans les mines du sud tunisien, un français méditerranéen qui n’avait jamais vu la France et mon grand-père né à Bizerte en 1905, maçon anarchiste. Alors j’ai eu envie d’écouter une nouvelle fois Brel... Paroles de Jaurès Ils étaient usés à quinze ans Ils finissaient en débutant Les douze mois s’appelaient décembre Quelle vie ont eu nos grand-parents Entre l’absinthe et les grand-messes Ils étaient vieux avant que d’être Quinze heures par jour le corps en laisse Laissent au visage un teint de cendres Oui notre Monsieur, oui notre bon Maître Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? Pourquoi (...)

     

Articles récents

Articles au hasard