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Momo Bouzidi, trente ans de scène, de musique et de poésie

11 décembre 2013

Depuis trente ans, Mohamed Bouzidi, dit Momo Bouzidi pour la scène, chante et raconte la vie. De son œil de poète, il scrute la vie dans les quartiers, celle des immigrés, de tout un chacun, de la ville. Auteur, compositeur, interprète et comédien, artiste inclassable, cet enfant des Flamants, est sans cesse en voyage, quelque part entre Paris, Lyon, Marseille, là où il peut créer et jouer. Il donnait jeudi dernier, un concert au Tabou, à Marseille. Nous l’avons rencontré et évoqué avec lui son parcours d’artiste, ses prises de positions contre le racisme, sa musique, ses textes….


 

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Momo Bouzidi, à Marseille, déc. 2013

Momo bouzidi reste un artiste inclassable. Auteur, compositeur, guitariste, chanteur et même comédien, il poursuit sa quête et livre une musique plurielle, persuadé que l’art et la musique peuvent changer les choses : « J’essaie de ne pas rentrer dans un style précis, je m’inspire un peu de tout. Je peux chercher des consonances orientales, je peux emprunter un peu au jazz, à la chanson française… Je propose un mélange de styles », confie-t-il. Il vient d’achever l’enregistrement d’un CD. « Il y a des chansons sur les banlieues, sur l’ambiance dans les rues, les thèmes sont variés ». Ayant collaboré avec de nombreux artistes, il est aujourd’hui repéré par un directeur artistique d’Universal qui suit ses créations. Une collaboration future pour un album pourrait d’ailleurs être envisagée. Passionné de poésie, admirateur d’auteurs comme Desnos, Rimbaud, Edmond Jabès, et des poètes contemporains, il puise son inspiration dans le quotidien : « Pour trouver mes thèmes, j’observe autour de moi, je parle des gens dans la rue ». Par exemple avec son titre « Dans les rues de la ville », il évoque « l’ambiance qui règne en ce moment, entre la crise, le chômage, le racisme. Du coup, dans la rue, c’est beaucoup plus tendu, on est beaucoup plus renfermé sur soi-même », souligne-t-il.

Que ce soit avec sa formation qui rassemble un contrebassiste et un violoncelliste ou en solo, basé à Lyon, Momo Bouzidi tourne dans toute la France, Paris, Lyon et parfois Marseille. « Je vis de mon métier, grâce à ma mobilité, j’essaye de jouer un peu partout en France. » Il travaille pour lui, mais écrit et joue également pour les autres. « C’est une manière de pouvoir vivre également de mon métier, je travaille pour des auteurs compositeurs lyonnais comme Victor Lambroso ou des artistes parisiens ».
Avec sa musique, Il aime toucher différentes strates de la population, des jeunes aux personnes de 70 ans. Si ses chansons sont engagées, il chante pour tout le monde. « Je ne suis pas très diaspora, j’ai un public très large. Il m’arrive de me produire devant des communautés, mais j’aime aussi jouer ailleurs auprès d’un autre public, pour voir comment résonnent mes textes et ma musique. » Et ses textes trouvent un écho différent selon le public qui est face à lui. « Parfois les gens ne comprennent pas, parce qu’ils ne connaissent pas du tout cette histoire. » Mais persuadé que l’art et la musique peuvent changer les choses, il s’est même produit au hasard de ses concerts dans les bars devant des personnes du Front National. « J’ai joué dans un bar à Saint Etienne, devant des personnes, et j’ai su que c’était des gens du Front National puisqu’ils sont venus me voir après. Nous avons discuté, ils ont cherché à comprendre. Et m’ont dit à la fin qu’ils avaient un peu mieux compris, et de cela j’étais fier », relate-t-il.
Côté influence musicale, ses références sont multiples. L’artiste algérien des années 60 Hadj Mohamed el Ranka l’a fortement inspiré, et il a appris des gammes orientales avec Hakim Hamadouche, le guitariste de Rachid Taha. Brassens, Brel, Aznavour, Gainsbourg ont également nourri ses oreilles.
La voix de ceux qu’on oublie
Les textes de ses chansons appuient souvent là où ça fait mal, ils évoquent le racisme et les inégalités. Son titre « Chair à canon d’Afrique » est « un hommage à tous les anciens combattants français qui sont issus d’Afrique noire, du Maghreb, de tous ceux qui ont libéré la France pendant la seconde guerre mondiale. Je me suis un peu inspiré du film « Indigènes ». Cette chanson existe pour expliquer à tout le monde que ces personnes ont été manipulées. Ils ont été amenés ici, mais, il n’y a pas eu de suivi, après. On les a laissés dans des foyers Sonacotra, on ne leur a pas payé les pensions. C’est aussi une façon de parler d’inégalités. »
Il est aussi la voix de tous ceux qu’on oublie comme dans le titre « Je ne suis plus rien pour personne ». « Cette chanson parle de la vie d’un ami du quartier qui a touché le RSA pendant plus de vingt ans. Il avait l’impression de ne plus exister. Le texte dit « je ne suis plus rien pour personne, je pars sur un chemin creusé, j’entends parfois la cloche qui sonne, ça veut dire que je dois rentrer, j’en ai marre de toutes ces personnes qui n’arrivent même plus à penser, si tu leur demandes l’aumône, elles te rangeront de côté. Je ne suis plus rien pour personne, j’ai rencontré sur mon chemin le grand berger et son troupeau, lui et sa bande d’êtres humains s’en allaient sur les hauts plateaux. J’ai croisé un matin d’automne, celui qu’on appelait le fou, il se dirigeait vers les zones, celles qui sont là-bas tout au bout ».

« Yaoulidi », mon fils
Pour ceux qui le connaissent à Marseille, il est l’auteur et l’interprète de « Yaoulidi » (qui signifie mon fils) composé, à 17 ans après la mort, en octobre 1980 du jeune Lahouari Ben Mohamed qui était son ami d’enfance. Celui qui a passé son enfance au Flamants se souvient de ce jour où il a découvert le racisme. « Avant j’étais dans ma bulle, je ne restais pas trop au quartier, je pratiquais beaucoup l’athlétisme, j’avais un niveau intéressant, j’avais beaucoup d’entrainements. En découvrant la mort Lahouari, le matin sur les journaux, j’étais avec mon entraîneur qui a eu une réaction très dure en disant que ce jeune était peut-être un voleur, ce qui m’a choqué. Je suis allé aux championnats régionaux où j’ai gagné. A partir de là, j’ai eu une prise de conscience, j’ai arrêté l’athlétisme définitivement, car j’ai découvert que mon entraîneur était raciste ». Il se plonge alors dans des manifestations avec tous les jeunes du quartier. » Et participe également à la Marche pour l’égalité. Il marchera de Marseille à Grenoble, puis doit reprendre le train pour passer son bac littéraire qu’il obtient.
De la musique des Comores au hard rock
Jeune, il veut devenir archéologue, et passe ainsi un Deug d’histoire. Mais, il doit interrompre ses études, faute de moyens. Parallèlement, il s’essaie à ses premiers concerts et gagne ses premiers cachets. Il décide alors de se lancer dans la musique qu’il pratique depuis l’adolescence. Elève d’un lycée culturel sur Marseille, le lycée Antonin Artaud, il a pu s’initier à l’art : « Après les cours, nous avions des activités culturelles jusqu’à 21 heures, j’y ai découvert la peinture, la musique. J’y suivais des ateliers musique, et j’y ai pris goût. » Autodidacte, il a appris la guitare sur le tas et s’est inspiré de nombreuses musiques. « J’ai commencé par le Flamenco, et je me suis orienté vers la musique des Comores, un mélange de musique africaine et des îles comme les Antilles ». Plus tard, il fera du rock, et même du hard rock dans les années 1980 avec son groupe « Euthanasie », né dans les quartiers Nord de Marseille. Très inspiré par le mélange de musique, il jouera également de la musique brésilienne, du jazz dans différentes formations où il côtoie de nombreux musiciens différents, Comoriens ou Antillais, à Marseille notamment. Dans les années 2000, il signera pour Kader Samaké, un album « Slyd » pop rock reggae.

Le chanteur-comédien
Après une enfance et une adolescence passée à Marseille, en 1986, il partira avec sa famille pour Lyon. Dans les années 1990, il travaillera essentiellement comme comédien, au théâtre et au cinéma. A Lyon, il sera de l’aventure du Théâtre des Ateliers et du Théâtre municipal du guignol. Il touchera également au cinéma en tournant dans « Lyon Série : Police spéciale » et dans un long métrage pour Arte « Mix-Cité », de Christophe Leprêtre sur les quartiers et la banlieue. Dans le domaine de la musique, en 2007, il décroche des contrats en tant que guitariste pour un label français Inter Price qui sous-traite pour Universal et accompagne en studio Emma de la star Académie, Kaïna et réalise des pré-maquettes pour Diams. Aujourd’hui, il sort un CD autoproduit.

 



 

 

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