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Mobilisation pour une diversité juste et non juste pour une diversité

19 février 2008 - Dernier ajout 20 février 2008

Ils l’ont dit, ils l’ont fait ! Il ne s’agit pas d’un slogan UMPiste ou « pro-sarkozyste » à l’approche des municipales, ni d’un quelconque autre parti d’ailleurs. Mais plutôt d’un rendez-vous des Marseillais dans toute leur diversité. A la recherche du temps perdu, ils sont venus au côté de Patrick Lozès (président du CRAN), Chafia Mentalecheta (membre du comité national pour la diversité) ainsi que des représentants de la société civile marseillaise, exprimer leur vécu, leur attente et leur mécontentement face à la gestion politique en terme de représentativité des minorités dans la sphère publique.


 

Diversité "Med" in Marseille

Ce n’est pas à un sempiternel et important match de l’OM (qui avait lieu le lendemain d’ailleurs et contre le PSG qui plus est, ennemi juré des Marseillais) mais à un appel lancé par le CRAN (Conseil représentatif des associations noires), que les Marseillais ont répondu présent samedi dernier pour une conférence de presse et un rassemblement devant la mairie en vue du respect de la diversité sur les listes municipales. Pour lancer cet appel aux partis politiques, Patrick Lozès et Chafia Mentalecheta (membre de Prairial 21 aussi), après un énergique passage matinal sur les ondes de Radio Soleil Marseille où ils ont débattu des questions de diversité avec l’équipe de Med’in Marseille dans sa totalité (nous), ont rejoint ensuite un emblématique café rue de la République. L’établissement qui accueille à l’accoutumé un public bien connu et somme toute représentatif des instances politiques marseillaises, a vu débouler cette fois-ci dans son décor façon boudoir XVIIIe siècle, une toute autre assemblée bien plus représentative encore celle-là, de la ville dans son entier. Comme au stade Vélodrome mais plutôt autour des tables et non dans les gradins, des Noirs, des Arabes, des Français dits de souche se sont retrouvés sans le brouhaha des supporters, dans une atmosphère conviviale et riche d’échanges dans laquelle ils pouvaient s’écouter, s’entendre, se parler et se comprendre. Tous sont au courant de l’objet de ce rendez-vous et très en attente de ce qui va être dit et proclamé.

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Chafia Mentalecheta, membre du Comité national pour la diversité et ex-candidate aux législatives à Clermont-Ferrand

Chose promise, chose due !

Le temps de s’attabler et de saluer les personnes présentes, Patrick Lozès ne s’attarde pas en mondanités, après avoir remercier tout ce petit monde, il prend rapidement la parole et annonce la couleur :
« Nous sommes ici pour parler des élections municipales de mars 2008 où la diversité est extraordinairement mal représentée. Nous sommes aussi là pour parler du Parti socialiste marseillais mais aussi dans son ensemble sur le plan national. Mais pas uniquement de ce parti, nous allons parler de ce qui se passe dans les listes du Modem et de l’UMP. Nous avons envoyé un message pour dire que M. Mennucci, bras droit de M. Guérini avait fait une promesse et que cette promesse n’a pas été tenue. Je suis heureux de vous dire aujourd’hui que la promesse a été tenue, que deux personnes ont été réintégrées sur les listes ». Annonce choc, où en quelques mots, tout a été dit et le problème résolu pourrait-on croire, puisqu’on nous apprend que la fameuse promesse faite notamment à Nassurdine Haïdari le 17 novembre dernier au sortir d’une réunion du CRAN PACA où Patrick Mennucci s’était engagé à introduire sur ses listes en position éligible, M. Haïdari a été enfin honorée. Mais il n’en est rien ! Le président du CRAN et ceux qui l’accompagnent ne comptent pas en rester là cette fois-ci. « Nous sommes tout de même venus car nous savons qu’il y a deux tours et nous ne sommes pas nés de la dernière pluie car nous avons déjà vu dans des élections, quand des listes fusionnent, des personnes qui se retrouvent très, très loin et disparaissent des listes, ceci nous n’en voulons pas ».

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Patrick Lozès, président du Cran et membre du CND

Plaidoyer de la diversité sous le soleil marseillais

Tout ténor du barreau qu’il est, M. Lozès enchaîne dans un flot de paroles digne d’un véritable plaidoyer en faveur d’une plus juste représentativité de la diversité au sein des partis politiques dans leur ensemble, afin que ces derniers correspondent mieux à l’image de la société française du XXIe siècle :
« Aujourd’hui, ce n’est pas seulement le Parti socialiste qui est visé mais tous les partis.
Je voudrais savoir qu’elle est la place faite aux citoyens de la diversité à l’UMP avec M. Gaudin par exemple. Et quand je parle de diversité, je parle des Noirs, des Arabes, des Maghrébins, des Asiatiques, des handicapés ; où sont-ils aujourd’hui ceux là ? Il y a 520.000 conseillers municipaux en France, combien y en a t-il issus de cette population ? Comment se fait-il qu’on ne les voit pas ou si peu dans les instances politiques, dans les conseils municipaux ? »
A ces mots, la salle acquiesce et applaudit vivement, ce qui ne perturbe en rien le sang-froid et la rhétorique bien rodée du magistrat, il continue avec plus de persistance que jamais sur des propos quasi pro républicain :
« Le mot diversité est aujourd’hui à la mode, très, très à la mode dans les états majors politiques mais, elle n’est pas réellement à la mode dans la composition des listes, nous voulons que l’on quitte les paroles pour passer enfin aux actes. Les minorités ne demandent pas moins de République mais mieux de République ! Nous sommes venus dire quant à nous, le ras le bol de la politique anti-républicaine ».
Et dans un décompte très précis, il lance ensuite quelques chiffres de la gestion de la diversité au sein des partis politiques où l’on apprend que sur 36.000 communes françaises, le parti socialiste national par exemple, octroie seulement vingt places à ses représentants issus de l’immigration dans les villes de plus de 20.000 habitants, et l’UMP quinze têtes de listes dans les villes de plus de 30.000 habitants.
« Il y a en France 254 villes de plus de 30.000 habitants et 426 villes de plus de 20.000 habitants et si vous rapportez 20 à ce chiffre là et 15 aux villes de plus de 30.000 habitants cela fait […] pratiquement zéro. J’ose rappeler aux partis qu’en France, il y a 36.000 communes et que ces 15 ou 20 personnes issues de la diversité, on les envoie le plus souvent dans des communes imprenables, nous sommes venus dire que de cela aussi, nous ne voulions plus ! »

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De nombreux soutiens de tous bords politiques, dont l’UMP Myriam Salah Eddine - ont assisté à la conférence

L’appel de Marseille aux cent couleurs

Après avoir appris la nouvelle création depuis janvier 2008, d’un Comité national de la diversité dont les porte-parole ce jour-là, ne sont autres que Patrick Lozès lui-même et Chafia Mentalecheta, ainsi que Nassurdine Haïdari et Hakim Alik pour Marseille (tous trois membres de Prairial 21, groupe de réflexion socialiste). Un appel solennel est lancé qui prendrait presque des accents de déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen dans les propos de M. Lozès.
« Nous signataires du Comité national de la diversité, nous lançons un appel aux responsables des partis politiques, aux maires pour leur dire que nous exigerons d’eux des comptes sur les pratiques qui sont les leurs en matière de diversité… car, nous ne voulons plus de ces listes monocolores, de ces listes communautaristes desquelles, la diversité s’exclue. Nous disons aux maires et à ceux qui constituent des listes que ces portions congrues qu’ils nous octroient, que ces miettes que nous sommes obligés de quémander au prix d’une incroyable débauche d’énergie ; que ces places ne sont pas les leurs. Que ces places à Marseille ne sont pas celles de Gaudin, Guérini ou Mennucci ; que ce sont celles des Marseillaises et des Marseillais. Qu’à Bordeaux ces places ne sont pas celles de Juppé ou Rousset ni celles de Delanoë ou Panafieux à Paris , ou celle de Colomb à Lyon. Ce sont celles des citoyens, ce sont également les nôtres ! D’ici, de Marseille nous lançons un appel afin que soit respectée la diversité… ». Tout un programme que Prairial 21 (en nom et mémoire de la tentative de prise de pouvoir par les sans-culottes lors de la révolution française), entend, le temps retrouvé, soutenir et encourager sans détour dans la personne de son porte-parole Chafia Mentalecheta tout d’abord, qui n’a pas mâché ses mots ce jour-là :
« Je voudrais dire que nous ne sommes pas la minorité mais la majorité car si nous assemblons, les Noirs, les Arabes, les handicapés, les Asiatiques, les homosexuels, nous sommes effectivement la majorité. Et en fait, aujourd’hui, c’est la minorité, c’est à dire une assemblée de personne ethniquement pure, endogame, homme d’une cinquantaine d’années qui détient le pouvoir. Il va falloir que ça change. Nous voulons que l’ensemble des partis politiques soit à l’image de la société française. Je lance un appel pour vous dire que vous n’êtes pas la diversité, vous êtes la citoyenneté, vous êtes la France ! »
Sur cet appel aux accents presque révolutionnaire et qui fait écho à notre Marseillaise nationale qui rappelons le, est bel et bien partie de Marseille, le message de Patrick Lozès et de Chafia Mentalecheta entend raisonner pour un temps encore dans les mémoires.

Pour plus d’infos sur le comité national de la diversité voir le site du CRAN.

 

 

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