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Michel Bonelli "Le clientélisme n’est pas le seul fait des politiques, les citoyens alimentent ce vice"

16 février 2014

Le dernier mois de la campagne municipale va commencer. L’instant où les citoyens vont faire leur choix. C’est un moment crucial de notre vie démocratique. Le peu de crédibilité des formations politiques et le discrédit de certains politiciens locaux vont faire le jeu des extrêmes et de l’abstention. N’oublions pas que le maire actuel a été élu en 2008 avec environ 25% des voix des inscrits, ce qui fait un socle de légitimité plutôt faible. Dans tous les camps nous pouvons voir le vieillissement des militants et l’arrivée dans les permanences de cohortes de personnes en demandes de services. Le clientélisme n’est pas le seul fait des politiques, les citoyens alimentent ce vice. Les riches industriels demandent des marchés, les autres, un logement, un emploi, une place en crèche, une subvention pour leur association de quartier. La vie politique n’a jamais été aussi plate et morne entre deux consultations électorales, elle devient une bourse électorale durant les campagnes. Les voix s’achètent, se vendent, s’échangent...


 

Les petites listes souvent faites pour nuire à tel ou tel candidat rêvent d’atteindre un pourcentage de voix suffisant au premier tour pour devenir faiseur de roi ou seulement entendre le téléphone qui sonne avec au bout un leader leur proposant quelques miettes du gâteau marseillais. Dans notre ville, les colleurs d’affiches continuent à violer lois et règlement en apposant l’affiche de leur champion sur tous les panneaux sans tenir compte de la numérotation officielle. Je te couvre, tu me recouvres, je t’arrache... C’est un jeu, un sport municipal. Dans tous les quartiers, même les plus pauvres et plus reculés, les candidats confirmés et quelques candidats apprentis vont à la rencontre des habitants. On y rejoue l’histoire des sauvages qui voient l’homme blanc pour la première fois. On les touche, les brocarde, on se moque, mais nos politiciens malins, trouvent toujours quelques âmes simples pour venir avec eux sur les photos.

Grâce aux portables et aux réseaux sociaux, l’inconnu rencontré il y a un quart d’heure sur un marché, devient un supporter, un électeur, presque un ami. C’est la fraternité républicaine fabriquée en quelques secondes. C’est Jojo, avec nous aux boules, Lucien le boulanger, Ahmed le dealer, pardon, je veux dire le mécanicien, etc. Vous pouvez écrire la suite. Cette plus ou moins longue amitié virile ou futile se terminera entre le 23 et le 30 mars. Après n’essayez plus d’utiliser le numéro de portable qu’un candidat vous auras glissé dans la main, celui-ci n’existera plus. Pour les plus pauvres d’entre-nous, vous repartirez dans votre cité immonde pour six ans de malheur. Et les caïds de quartier, empoisonnerons votre chien, battrons vos enfants, casserons votre voiture, parce que vous avez fait le bouffon dix secondes sur une photo avec le candidat de droite du secteur ou si vous êtes vraiment simple d’esprit avec le challenger local du Front National. A la limite, si vous posez avec Mme Ghali à la Bricarde et que votre prénom c’est Ali, cela peut passer pour du militantisme. Non, je sais, je plaisante. Mais dans ce morne paysage, il me semble avoir oublié quelque chose. Après mon deuxième café, un éclair. Oui, les programmes, je n’ai pas parlé des programmes. C’est quoi un programme. Une suite de promesses que le candidat ne tiendra pas. Peut-être. Et si il n’a aucune chance d’être élu, une suite de choses formidables qui n’arriveront jamais dans votre quartier. C’est sur. Alors, je fais un effort incroyable pour un dimanche. J’essaie de me souvenir d’une proposition d’un candidat qui tout en me faisant rêver, peut-être réalisable.Pas demain on rase gratis, pas demain on défrise les africains gratis. Mais un truc, une idée sympa qui changera notre vie, améliorera notre vivre ensemble, nous rendra plus solidaire. Et là, je vais devoir vous quitter pour entamer des longues recherches. Un ami, grand leader associatif, avait fait il y a quelques années un ouvrage dont une partie du titre était, je crois : "Les utopies possibles". C’est peut-être cela la politique. Bon dimanche !

 

 

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