Articles

Accueil > Actualités > Mayotte emmaillotée, droit international bafoué, souveraineté des Comores (...)

 

Mayotte emmaillotée, droit international bafoué, souveraineté des Comores ignorée,… Silence ! On départementalise

27 mars 2009 - Dernier ajout 15 avril 2009

Le 29 mars prochain, Mayotte pourrait devenir le 101e département français – et 5e département d’outre-mer. Les Mahorais sont en effet appelés à se prononcer sur la question, à l’occasion d’une consultation organisée par la « mère patrie ». Problème : ce référendum sur la départementalisation de l’île entre en complète contradiction avec le droit international et l’unité maintes fois réaffirmée par l’ONU de l’archipel comorien. Enquête auprès de ressortissants mahorais et comoriens installés en France, et plus particulièrement à Marseille, sur des pratiques dignes de la Françafrique, mais qui ne choquent plus grand monde… A commencer par les électeurs de ce « confetti de l’Empire » baigné par l’Océan Indien, qui devraient massivement plébisciter le « oui ».


 

Tout porte à croire que dans deux jours, « l’Empire » français comptera un département de plus. Les Antilles sortent à peine de la tourmente, la Réunion y macère encore, mais dimanche 29 mars, quoi qu’il advienne, les électeurs de Mayotte mettront leur bulletin dans l’urne pour répondre à cette question : « Approuvez-vous la transformation de Mayotte en collectivité unique, appelée département, régie par l’article 73 de la Constitution, exerçant les compétences dévolues aux départements et régions ? ». Selon toute vraisemblance, le « oui » devrait l’emporter largement, avec un score digne des plus fameux régimes dictatoriaux. Pour cause, puisqu’une majeure partie des habitants de Mayotte, bout de terre de 375 Km² perdu entre continent africain et Madagascar, a au gré de l’histoire été confrontée à la mainmise de la France, allant jusqu’à se sentir plus Française que le seraient un Alsacien ou un Niçois. « Pour la grande majorité, nous sommes pour la départementalisation, confirme Fardah Saïd Soilihi, vice-présidente de la Fédération des Associations Mahoraises de la Métropole (FAMM). C’est une manière de continuer, voire d’achever un combat qui a été mené depuis une cinquantaine d’années ».
Pour comprendre l’ancrage français de l’île, il faut remonter le temps. Au milieu du XIXe siècle, Andriantsoly, le sultan local qui s’est emparé un peu plus tôt des lieux, « offre » ses terres à la France en contrepartie de la protection de la puissance coloniale, le territoire faisant l’objet d’intrusions étrangères. En 1841, la France annexe Mayotte (Maoré) et en fait un protectorat. Quelques années plus tard, en 1886, elle devient une colonie à part entière, les trois autres îles constituant l’archipel des Comores – Mohéli (Mweli), la Grande Comore (Ngazidja) et Anjouan (Nzwani) – étant placées à leur tour sous le statut de protectorat.

Genèse d’un clivage savamment entretenu

L’entité est unifiée au sortir de la Seconde guerre mondiale sous l’appellation Territoire d’outre-mer. Une douzaine d’années après, à la faveur de ce rattachement des trois îles à Mayotte, le gouvernement français décide de transférer la capitale administrative de Dzaoudzi à Mayotte, à Moroni sur la Grande Comore. Les Mahorais, dont la population – amplement minoritaire à l’époque, puisqu’elle représentait à peine 8 % de l’ensemble du peuple comorien – a jusqu’ici été traitée avec un peu plus de déférence que ses voisins, vivent cette mutation comme une trahison. Le « Soleil des indépendances » point déjà, mais ce n’est qu’au milieu des années 70 – après avoir accordé en 1961 une autonomie interne – que la France juge opportun d’organiser une consultation, qui aura valeur de référendum pour certains.
En 1974 donc, les Comoriens dans leur ensemble se prononcent à 95 % pour l’indépendance. Cependant à Mayotte, la volonté de rester rattaché à la France l’emporte, avec 63 % des voix. Et alors que la France aurait dû, conformément à la résolution onusienne afférant à la « Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux », accorder à l’ensemble du territoire comorien de recouvrer sa souveraineté, elle choisit de considérer les résultats du suffrage île par île.

JPEG - 21.7 ko

Ainsi, en 1976, une seconde consultation est organisée auprès des seuls Mahorais. La puissance colonisatrice n’imaginant pas souffrir un échec ou une victoire à demi, s’assure d’un résultat sans appel. « Il fallait que le oui l’emporte : pressions, exactions, menaces, passages à tabac,… Tous les moyens étaient bons pour « convaincre » les réticents », soutient Ben Amir Saadi, franco-comorien installé à Marseille et fondateur de Comores Mag’. L’effet escompté est à la clef : plus de 99,4 % des votants se prononcent en faveur du rattachement à la France et rejettent l’idée d’appartenir à une fédération comorienne émancipée. Pourtant, d’un point de vu légal, ce référendum s’avère « nul et non avenu, puisque le 12 novembre 1975 déjà, l’ONU et toutes les instances internationales reconnaissent les Comores comme une entité indépendante, un pays composé de quatre îles dont Mayotte », souligne le directeur de publication. De ce fait, la « patrie des droits de l’Homme » enfreint une première fois la Charte des Nations Unies, sans états d’âme ; elle la violera à de multiples reprises par la suite.

Quand la France piétine en toute quiétude le droit international

Depuis, et jusqu’en 1995 date à laquelle la situation de Mayotte n’a plus été mise à l’ordre du jour, l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies a condamné à plus de vingt reprises la France. L’ONU entreprend même, en février 1976, d’annuler le référendum litigieux. La France opposera, seule, son veto. Dans sa résolution 31/4 adoptée toutefois quelques mois plus tard – et dont la substance n’aura de cesse d’être réitérée – l’instance internationale « rejette toute autre forme de référendums ou consultations qui pourraient être organisés ultérieurement en territoire comorien de Mayotte par la France ; […] condamne énergiquement la présence de la France à Mayotte, qui constitue une violation de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de la République indépendante des Comores ; […] demande au gouvernement français de se retirer immédiatement de l’île comorienne de Mayotte […] ». A cet arbitrage suffisamment explicite, s’adjoint celui de l’Union africaine (UA, ex-OUA) qui, tout aussi régulièrement, a mentionné son irrévocable opposition à toute « occupation étrangère » de l’île aux Parfums. Début février derechef, l’UA s’insurge officiellement de la position soutenue par la France, réprouvant « l’organisation, le 29 mars 2009, d’un référendum sur la départementalisation de l’île comorienne de Mayotte », et exigeant « l’arrêt immédiat de ce processus ».
Ce à quoi Luc Chatel, porte-parole du gouvernement Fillon, a rétorqué – argumentaire rôdé de longue date et amplement exploité par d’autres avant lui afin de justifier la politique française menée dans ce coin de terre de l’Océan Indien – que « les habitants de Mayotte ont exprimé à plusieurs reprises leur choix de rester au sein de la République et ont souhaité que Mayotte devienne un département d’outre-mer [...] La consultation qui sera organisée le 29 mars donnera la parole aux électeurs ».

« Si quelqu’un vote non à la départementalisation, c’est qu’il n’est pas Mahorais »

Et Yves Jégo d’entonner le même couplet complaisamment. Contacté à plusieurs reprises, le secrétariat d’Etat à l’Outre-Mer n’a pas jugé utile de nous répondre, son représentant étant sûrement trop occupé à tenter de résorber la crise antillaise en sirotant un punch coco [1]. Ce dernier a beau alléguer dans une interview donnée début janvier au Journal de l’Île de la Réunion que « l’Etat est neutre dans ce scrutin », il n’en démord pas moins que « les Mahorais ont fait un choix il y a trente-cinq ans. Chacun doit respecter ce choix ». Moins encline aux ronds de jambe, sa ministre de tutelle Michèle Alliot-Marie a défendu sans ambages le projet de départementalisation, lors d’un discours prononcé un mois plus tard à l’Assemblée : « […] le Gouvernement forme de hautes ambitions pour Mayotte. Nous faisons le choix de la responsabilité, en confiant l’avenir de Mayotte à la décision souveraine des Mahorais. […] Nous faisons le choix des valeurs, en réaffirmant les valeurs qui font aujourd’hui comme hier l’unité de notre République et la pérennité de notre démocratie ». Que l’unité et la pérennité de l’Union des Comores soient bafouées, comme le soulignera courageusement le député communiste Jean-Paul Lecoq, importe peu finalement. La téméraire intervention de l’impudent soulèvera du reste l’incompréhension des partisans locaux du PCF mahorais.

JPEG - 24.9 ko

Car force est de constater que les tenants de cette politique française hautement intrusive n’ont quelque part pas tort : aujourd’hui, hormis pour les Comoriens des autres îles qui ont toujours revendiqué l’appartenance de Mayotte à l’entité comorienne, les Mahorais semblent conscients de leur sort et y consentent de façon écrasante. Après plusieurs décennies passées sous le joug de la France, difficile de trouver un habitant de l’île qui ne soit pour la départementalisation. Ahamadi Baco, représentant du Comité pour la départementalisation de Mayotte à Marseille et sympathisant MoDem, corrobore cette théorie : « Depuis 1975 Mayotte a voulu rester du côté de la France, et se détacher des trois autres îles. Cela fait donc près d’un demi-siècle que Mayotte demande à devenir un département français, ça ne date pas d’aujourd’hui ». Et d’assurer qu’il est quasiment impossible de trouver des détracteurs. « Tout le monde est pour le « oui ». Vous ne trouverez aucun parti politique local ou électeur mahorais pour voter « non », en dépit de manipulations pour faire en sorte que quelques-uns s’opposent à la départementalisation. Celui qui votera « non » dimanche, c’est qu’il ne doit pas être Mahorais. Nous attendons ça depuis tellement longtemps ».

Unité commerciale contre unité politique et territoriale

La pression sociale est à son comble. Saïd Ahamada, politiquement proche d’Ahamadi Baco puisqu’il est le vice-président du MoDem à Marseille, ne voit pas ce que l’on peut y redire. Bien qu’étant un « fervent partisan de l’appartenance de Mayotte aux Comores » et pensant que « quoi que fasse la France, Mayotte sera toujours comorienne », le président de la Chambre de commerce franco-comorienne se résigne pourtant à penser que « Mayotte a été perdue en 1976. Elle ne va pas être perdue, là, après le référendum ». Ben Amir Saadi y décèle l’œuvre d’une pensée captieuse, ayant gagné les esprits au fil des générations. Ce qu’il tente d’expliquer par une comparaison qu’il sait un peu excessive : « beaucoup de Mahorais n’ont pas connu autre chose que la présence française. Du temps de l’esclavage, la première génération assujettie voulait coûte que coûte – même en le payant par la mort – recouvrer sa liberté. Puis la deuxième, la troisième génération, nées sous les fers, ont peu à peu abandonné cette idée. Quand on parlait à ces esclaves d’abolition, ils rétorquaient : "mais qu’allons nous devenir, qu’allons nous faire sans nos maîtres ?" ».
A ce stade donc, il serait quasiment impossible de faire marche arrière, comme le constate Saïd Ahamada. « Même si on le voulait, même si demain Nicolas Sarkozy en prenait la décision, il serait impossible de restituer Mayotte aux Comores, explique-t-il, lucide. Même le président de l’Union des Comores (Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, ndlr) en convient. Il ne peut pas faire grand-chose pour empêcher la France d’organiser la consultation référendaire du 29 mars ». Le seul moyen de réunir de nouveau les quatre îles selon lui, serait de former un partenariat commercial. Ce à quoi adhère à demi-mot Ahamadi Baco, qui consentirait éventuellement à une « coopération » d’ordre économique.

JPEG - 23.8 ko

On ne peut que souligner l’enjeu de taille que représente la consultation de dimanche pour Mayotte : il s’agit de bénéficier des mêmes droits – mais aussi des mêmes devoirs tient-on à préciser côté gouvernement – en vigueur dans les autres départements d’Outre-Mer, comme l’indique le « Pacte pour la départementalisation de Mayotte » [2].

Changements en surface, mutations en profondeur

Les zélateurs du non n’existant, ou ne se montrant tout simplement pas, le ministère de l’Intérieur a demandé au préfet en place de partir en tournée dans l’atoll, afin d’expliquer ce que la départementalisation entraînera comme avantages, mais aussi comme contraintes pour les administrés. Côté obligations, les Mahorais se verront soumis aux impôts locaux, à la TVA et surtout, aux « respect des valeurs de la République ». Finie, la polygamie encore tolérée jusque-là ; terminée, la justice traditionnellement rendue par les cadis ; oubliés, l’usage courant du shimaoré le dialecte local, la langue française mal maîtrisée ; à revoir, la tenue de l’Etat civil plutôt anarchique… Côté bénéfices, les Mahorais devraient profiter d’un statut révisé au sein de l’Union européenne, voir le développement économique de l’île favorisé, et surtout, jouir des mêmes acquis et minima sociaux qu’ailleurs : RSA, allocations chômage ou familiales, minimum vieillesse,… Voilà qui fait dire à ceux qui contestent la véracité du sentiment d’appartenance à « l’Empire » développé par les Mahorais, l’extrême droite française mais pas seulement, que l’intérêt est avant tout économique. Ce qui exaspère la vice-présidente de la FAMM. Fardah Saïd Soihili tempête : « beaucoup de gens pensent que l’on souhaite devenir un département uniquement pour toucher le RMI, mais ce n’est pas vrai ! » « Comme si nous voulions être des mendiants, renchérit Ahamadi Baco. Bien entendu, nous souhaitons pouvoir bénéficier des mêmes prestations sociales que les autres, mais nous voulons surtout travailler. Nous n’attendons pas le RMI pour développer l’île ».
C’est pourtant là que le bât blesse. En effet, si selon le calendrier officiel Mayotte pourrait devenir dès 2011 un département français à part entière, pour le gouvernement l’alignement des prestations sociales ne pourra se faire que « progressivement », sur vingt ou vingt-cinq ans. Un délai trop long pour nombre d’habitants de Maoré. Le représentant marseillais du Comité pour la départementalisation de Mayotte préfère tempérer : « il n’y a aucun DOM qui a obtenu tous les droits immédiatement. On va avancer petit à petit, en adaptant le droit de la métropole au fur et à mesure. Il ne faudra pas croiser les bras au lendemain du référendum, mais au contraire poursuivre la réflexion ». Plus impatiente, Fardah aspire à du concret, qu’une « loi votée en métropole soit appliquée rapidement ici ». Mais l’argumentaire gouvernemental est imparable : en allant plus vite, il y aurait un « risque de déstabiliser l’économie » de l’île, et de la sous région.

Les kwassa-kwassa, des « clandestins dans leur propre pays »

Ce qu’entend en réalité le pouvoir par « déstabilisation », n’est autre que l’arrivée massive de ceux qu’il définit comme des « migrants clandestins ». Venant principalement des autres îles de l’archipel comorien, d’Anjouan essentiellement, ces voyageurs illégaux ne sont en définitive – toujours au regard du droit international – que des compatriotes cherchant à travailler ou à visiter leur famille, comme ils l’ont toujours fait, en toute liberté. Enfin du moins jusqu’en 1995, et l’instauration d’un laissez-passer dit « Visa Balladur », obligatoire pour pouvoir se rendre « légalement » sur Mayotte. Une aberration meurtrière de l’avis des Comoriens. « Comment peut-on être clandestin lorsque l’on est dans son propre pays ? » [3], se révolte Ben Amir Saadi. Pour contourner cet écueil administratif, des milliers de Comoriens des autres îles tentent évidemment la traversée de nuit, à bord de kwassa-kwassa, frêles embarcations souvent surchargées. En à peine quinze ans selon le Gisti [4] (Groupe d’information et de soutien des immigrés), ce sont entre 3 000 et 6 000 personnes qui ont péri noyées, ou ont disparu en mer, en se hasardant à cette périlleuse expédition en direction de Mayotte. Lorsqu’ils arrivent sains et saufs et qu’ils se font attraper, ces voisins indésirables sont parqués dans l’unique centre de rétention de l’île. Les conditions y sont particulièrement dures, en tout cas « loin d’être dignes d’un pays comme la France, note Saïd Ahamada. Le respect des droits humains n’y est pas observé ». Surpopulation, locaux délabrés,... Tant et si bien que l’Etat français s’est vu obligé d’engager des travaux. Début janvier 2009, Yves Jégo en déplacement sur l’île inaugurait ce CRA nouvelle mouture, avant d’annoncer la construction d’un second sous peu. Car de Mayotte on expulse à tour de bras. « La moitié des chiffres de reconduites à la frontière annoncés par Brice Hortefeux (ancien ministre de l’Immigration, ndlr) pour 2008 proviennent des Comoriens que l’on expulse de Mayotte », analyse Saïd Ahamada. Parmi eux, beaucoup de mineurs. Néanmoins, pour le président de la Chambre de commerce franco-comorienne comme pour le responsable de Comores Mag’, il ne s’agit que d’un coup d’épée dans l’eau, puisque ces migrants reviennent inexorablement.

JPEG - 30.7 ko

Installés en nombre sur l’île, ils représenteraient environ un tiers de la population locale. Constituant une main-d’œuvre à moindre coût, largement employée par les entreprises et potentats du pays, ces voisins « immigrés » inspirent parfois mépris et animosité aux Mahorais. Ne participeraient-ils pas, peu ou prou, à l’économie florissante de Mayotte ? « Bien au contraire, réfute Ahamadi Baco, ils participent à sa destruction. Ils acceptent du travail à n’importe quel prix, vendent de la marchandise falsifiée à moindre coût. Dans l’agriculture et le bâtiment, les patrons profitent de cette main-d’œuvre pas chère, qui construit n’importe quoi, n’importe comment ». Le défenseur inconditionnel de la départementalisation de Mayotte se fait encore plus cinglant : « Les Comoriens n’arrivent pas à assumer leurs responsabilités. Depuis l’indépendance, ils quittent leur île pour la France notamment. Comment voulez-vous que leur gouvernement s’en sorte ? Et puis comme ils ne souhaitent pas que l’on vote ce référendum, ils cherchent à envahir l’île. Quand on aura le statut stable de département français, la France expulsera en masse ces Comoriens chez eux ». Ce ressentiment teinté de fiel en dissimule peut-être un autre.

Mayotte, un futur DOM voué à l’explosion ?

Le patriotisme ne résout pas tout. Et quelques-uns éprouvent ouvertement une dérangeante sensation de sous citoyenneté. La situation des Mahorais, toujours sous la coupe de leur statut hybride de Collectivité territoriale d’outre-mer (CDOM, statut créé tout spécialement pour Mayotte), ne leur permet pas on l’aura compris de jouir des mêmes droits que les Français de métropole. Sur le continent justement, leur cas ne s’améliore guère puisqu’ils sont globalement considérés à l’égal de ressortissants comoriens. Lorsque l’on s’enquiert du nombre de Mahorais présents à Marseille par exemple, la seule réponse que l’on obtient consiste à dénombrer environ 80 000 Comoriens, originaires de toutes îles confondues. Il n’y a qu’au niveau national que la vice-présidente de la FAMM, Fardah Saïd Soilihi, avance sans assurance le chiffre de 70 000 Mahorais installées en métropole. Alors le Mahorais est-il un Comorien comme les autres, pour le citoyen français lambda ? Une indistinction physique et administrative que constate quasi-quotidiennement Ben Amir Saadi qui, bien que Comorien de la Grande Comore a été amené à accompagner socialement des personnes arrivées de Mayotte : « j’ai travaillé dans des centres sociaux, à l’ANPE,… Quand on leur demandait d’où elles venaient et qu’elles répondaient : "de Mayotte", la personne en face enchaînait : "ah ! Vous êtes Comorienne ! " Et l’autre de répondre : "non Mahoraise ! " ».
Dans une moindre mesure, Mayotte subit les affres de la vie chère, ceux-là mêmes qui ont conduit la Guadeloupe, la Martinique, puis la Guyane et la Réunion à entamer une grève dure, pour réclamer un rehaussement des plus bas salaires ou la baisse des prix de l’essence ou encore de certains produits de première nécessité. Fardah Saïd Soihili n’exclut pas que « ces combats menés aux Antilles et dans les autres DOM, qui ne sont pas anodins, se retrouvent d’ici quelques années à Mayotte, même si l’île devient département français. Ce sont des choses qui arrivent dans n’importe quel pays qui cherche à défendre ses droits ». Si Ahamadi Baco se dit « inquiet », constatant que « Mayotte doit être la destination la plus chère du monde en matière de transport aérien », il préfère faire confiance au « gouvernement français [qui] prendra des mesures avant que Mayotte n’en arrive à la même situation que dans les Antilles ».

Barbouzeries consenties au service d’une stratégique Françafrique

La situation précaire de Mayotte n’est pourtant rien en regard des conditions économiques qui prévalent dans les trois autres îles composant l’Union des Comores. A cela une explication : la déstabilisation de l’archipel à base de coups d’Etat répétés [5], dont nombre sont imputables à notre « Corsaire de la République » Bob Denard. Toujours avec un assentiment obtenu au plus haut niveau. Ce déséquilibre politique, économique et commercial serait sciemment entretenu selon Ben Amir Saadi. « Un ancien directeur de la compagnie Air France m’a confirmé que les vols réguliers en direction de Moroni, la capitale comorienne, avaient été stoppés pour des raisons stratégiques. « On » ne voulait pas que le tourisme se développe trop aux Comores… ».
Somme toute, attendu que la départementalisation de Mayotte semble devoir coûter une somme rondelette à l’Etat français, c’est qu’il doit en tirer quelque bénéfice… Et là, on met le doigt sur le gros du pourquoi de telles pratiques dignes de la Françafrique foccartienne (du nom de Jacques Foccart, éminence grise de la politique africaine de la France, « Homme de l’ombre » de De Gaulle à Sarkozy, décédé il y a peu). « La France a besoin de ce territoire comme d’un porte-avion dans la région », affirme Emmanuel Sémanou, l’un des animateurs de Survie 13, émanation départementale de l’association nationale Survie, qui milite en faveur d’une autre politique de la France en Afrique. Sur un ton frondeur, Saïd Ahamada note : « personne n’arrive à comprendre pourquoi la France veut à tout prix faire de Mayotte un département français. Du temps de l’apartheid en Afrique du Sud, l’île avait bien une position stratégique, permettant de contourner l’embargo. D’autant que tous les pétroliers passaient par là à l’époque. Ce qui est sûr c’est que ce n’est pas un rattachement de coeur ». « Le Canal Mozambique est un haut lieu stratégique », confirme Ben Amir Saadi, avant de préciser : « la France ayant dû quitter Madagascar, il n’y avait qu’à Mayotte qu’elle pouvait se replier pour garder un pied dans cette région sud de l’Afrique. Elle y a établi une base de paraboles qui couvrent une large zone d’écoute ». La petite parcelle mahoraise constitue également une base avancée de l’armée. Ce rattachement opportun permet de surcroît à la France d’augmenter substantiellement son territoire maritime, dont les fameuses Zones économiques exclusives (ZEE) où il fait bon exploiter les ressources.

En résumé, la France n’est pas prête de se déjuger et de quitter Mayotte – les Mahorais n’y consentiraient d’ailleurs pas – ni de rendre leur souveraineté aux Comores. Pourtant, de nombreuses solutions ont été mises sur le tapis : à commencer par l’ouverture des frontières et l’abrogation du « Visa Balladur », ou « Visa de la mort », et la mise en œuvre d’une coopération étroite et juste entre les quatre îles, qui chacune pourrait conserver son autonomie interne, et la France. De nombreux Comoriens continuent de revendiquer l’appartenance politique et culturelle de Mayotte à l’archipel, comme le prouvent les récentes manifestations emmenées à Paris par un collectif d’associations, contre la « balkanisation » des Comores. Après tant d’années, n’est-il pas temps de se résigner ? Ben Amir Saadi refuse : « Les Tibétains ont-ils baissé les bras parce qu’en face il y avait la Chine ? Les Géorgiens ont-ils laissé tombé parce qu’à côté la puissance s’appelait l’URSS ? ».

 

 

Autres articles Actualités

 

Brèves Actualités

  • Novembre 2017

     

    Projet de loi sur la Sécurité Sociale adopté : 4,2 milliards de restrictions demandés

    L’Assemblée nationale a adopté, mardi 31 oct 2017, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018. La gauche de l’Hémicycle a voté contre, dénonçant une attaque sans précédent contre le système de protection sociale. https://www.humanite.fr/le-budget-de-detricotage-de-la-securite-sociale-ete-vote-644835

     

  • Novembre 2017

     

    Violences sexuelles faites au femmes, plan d’urgence demandé à Macron

    VIOLENCES SEXUELLES - Louane, Alexandra Lamy, Tatiana de Rosnay... 100 femmes demandent à Macron "un plan d’urgence contre les violences sexuelles" Elles sont les premières signataires d’une pétition en ligne pour en finir avec les violences sexuelles. "Ces violences ne sont pas une fatalité. Elles peuvent cesser". Une centaines de personnalités féminines de la société civile, artistes, comédiennes, réalisatrices, écrivaines, journalistes, médecins... ont signé une tribune adressée au président Emmanuel Macron dans le Journal du dimanche ce 5 novembre, demandant "un plan d’urgence contre les violences sexuelles". Cet appel, initié par des militantes féministes, dont Caroline de Haas, a également été (...)

     

  • Octobre 2017

     

    Concert de musique arabe et européenne en soutien à SOS Méditerranée dans le cadre du festival d’Aix-en-Provence

    La série de concerts solidaires exceptionnels inaugurée en 2016 au profit de SOS MEDITERRANEE, se poursuit cet automne, sur l’initiative de Bernard Foccroulle, directeur du festival d’Aix-en-Provence et organiste, et membre du comité de soutien de SOS Méditerranée. Le prochain concert aura lieu - Vendredi 17 Novembre à 20h45 - Eglise St Jean de Malte à Aix-en-Provence "Les couleurs de l’Amour et de l’Exil" Concert de musique arabe et européenne Bernard Foccroulle Orgue Alice Foccroulle Soprano Moneim Adwan Chant et Oud Compositions de Francisco Correa de Arauxo, Alessando Grandi, François Couperin, Dietrich Buxtehude, Bernard Foccroulle, Abou Khalil El-Kabani, les frères (...)

     

  • Octobre 2017

     

    La ville de Marseille a voté un plan à 1 milliard d’euros de reconstruction des écoles, par des partenariat public-privé

    Un plan massif, à un milliard d’euros, pour reconstruire les écoles de Marseille Régulièrement épinglée pour le délabrement de certaines écoles publiques, la ville de Marseille a voté lundi un plan massif de reconstruction d’un montant d’un milliard d’euros, via des partenariats public-privé (PPP) contestés par l’opposition. "Le projet que nous nous apprêtons à lancer est considérable, c’est un véritable plan Marshall qui n’a aucun équivalent ni dans l’histoire de la ville de Marseille ni dans aucune autre ville", a vanté le maire (LR) Jean-Claude Gaudin, devant le conseil municipal. Le plan prévoit la destruction de 31 établissements obsolètes des années 1960, et leur remplacement par 28 nouvelles écoles, (...)

     

  • Octobre 2017

     

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité à Marseille lance une pétition

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité lance une pétition en ligne, avec une lettre ouverte à Jean-Claude Gaudin " Nous nous sommes mobilisés pour vous apporter les preuves de ce triste constat à travers le Livre Noir de Marseille : Etat des lieux de chaque quartier de la cité. Vous y observerez les rats que côtoient les usagers chaque jour. Ils s’attaquent aux câbles des voitures et pénètrent chez nous. Leurs cadavres trainent dans les rues et dans les parcs….Leur prolifération est vectrice de maladie comme la leptospirose…La gale et la teigne sont revenues dans nos parcs et nos écoles !" (...)

     

  • Octobre 2017

     

    Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry, lundi 9 oct

    Lundi 9 octobre 2017 Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry Pour la troisième journée consécutive les personnels ont décidé d’exercer leur droit de retrait, les conditions de sécurité n’étant toujours pas assurées, ni pour nos élèves, ni pour nous. Dans un communiqué, les professeurs et personnels, leurs sections syndicales, FSU, CGT, FO, SUD, CFDT précisent :"Vendredi, la direction académique a dit réfléchir à la possibilité d’affecter à l’année 4 ou 5 AED supplémentaires sur notre lycée pour la vie scolaire. Il y a urgence ! Nos élèves doivent pouvoir reprendre les cours au plus vite, dans des conditions de sécurité restaurées. Il nous est insupportable d’être une nouvelle fois (...)

     

  • Octobre 2017

     

    Lycée Saint exupéry, les enseignants font valoir leur droit de retrait, suite à des violences

    DROIT DE RETRAIT AU LYCEE SAINT-EXUPERY DE MARSEILLE "La rentrée chaotique du lycée continue … En grève le 5 septembre, les personnels dénonçaient déjà les conditions de travail fortement dégradées suite à la perte de 30 contrats aidés (CUI), assurant notamment l’encadrement des élèves et l’entretien des locaux. De façon prévisible, les 10 postes reconduits n’ont pas suffit à assurer la sérénité du travail dans l’établissement. Depuis un mois seulement, les incidents se multiplient, les actes de violence sont récurrents :- 315 exclusions de classe- 6128 absences d’élèves- 490 passages à l’infirmerie- 9 évacuations par les pompiers … Suite à une bagarre d’une violence extrême ce mercredi, l’ensemble des (...)

     

  • Octobre 2017

     

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13, Marseille. dimanche

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13 Un repas de soutien au collectif Al Manba , soutien migrant-es 13 ; est organisé aux jardins partagés de l’Annonciade, quartiers nord, les Aygalades, à partir des récoltes. Discussions, musique, buvette, chaleur humaine par Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba dim 12:00 · Chemin de la Mûre, 13015 Marseille Page FB Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba

     

  • Octobre 2017

     

    Recours au Conseil d’Etat , contre le gel des contrats aidés

    Emplois aidés : La justice va-t-elle suspendre le gel décidé par le gouvernement ? TRAVAIL Le Conseil d’Etat examine mardi 03 octobre, un recours déposé par des élus écologistes et plusieurs associations contre la remise en cause des contrats aidés décidée par l’exécutif... http://www.20minutes.fr/economie/2143331-20171003-emplois-aides-justice-va-suspendre-gel-decide-gouvernement

     

  • Septembre 2017

     

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées.

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées Depuis plusieurs semaines, des agents des musées dénoncent dans des courriers anonymes des passe-droits, voire les emplois fictifs dont bénéficieraient d’autres agents. La Ville a décidé de diligenter une enquête interne de l’inspection générale des services. A lire sur marsactu https://marsactu.fr/avis-de-tempete-dans-les-musees-de-marseille/

     

Articles récents

Articles au hasard