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« Mauvaise Mine : qui a tué les mineurs marocains ? »

8 juin 2011

Fruit d’un long travail de témoignage et d’écriture entre une quinzaine de membres de l’association des mineurs marocains du Nord (AMMN) et de l’écrivain Ricardo Montserrat, ce roman noir, « polar de mémoire » est sorti au mois de mai aux éditions Ravet-Anceau. Abdellah Samate, le président de l’AMMN, revient sur son histoire personnelle, celle de la mine, de la lutte pour les droits, de l’association et de ses combats, ainsi que sur cette forme étonnante de résistance et de témoignage, le roman. Entretien au local de l’association, à Dechy, dans le Nord de la France.


 

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Abdellah Samate, Ricardo Montserrat et d’autres mineurs co-auteurs lors de la présentation du livre en lecture avant-première, à Béthune, fin mai.

Vous êtes président de l’AMMN, quelle est votre histoire, quel parcours vous a amené à militer au sein de cette association ?

Je suis arrivé en France en 1963 pour travailler dans les mines, recruté par Félix Moura. En 1967, j’ai eu un très grave accident, une jambe esquintée. Quand on est en bonne santé, on est bon ouvrier. Mais j’ai vite compris qu’à partir du moment où l’on est esquinté, c’était la fin. Les Charbonnages renvoyaient les mineurs marocains handicapés (que ce soit suite à un accident du travail ou à une maladie professionnelle) au pays, sans plus de formalité. Moi, par miracle, j’ai résisté. J’ai très vite glissé vers le syndicat pour que les Houillères ne puissent plus me renvoyer. Là, j’ai appris à militer, j’ai aussi appris les valeurs humaines. J’y ai milité 23 ans, jusqu’aux luttes des mineurs marocains où j’ai été président d’un collectif au sein de la CGT, en 1987, au moment de la grande grève. En 1989, on a créé notre association, l’AMMN, et j’en ai pris la présidence.

Quel était le but de cette association et quelles sont ses actions aujourd’hui ?

Aujourd’hui, les mineurs marocains ne travaillent plus. Mais leurs problèmes, depuis la fermeture des mines, n’ont jamais été pris en compte par les Charbonnages. Ça a été de pire en pire. L’objectif des Charbonnages, c’était de faire travailler les gens, et s’ils ne voulaient ou ne pouvaient plus le faire, il fallait les renvoyer chez eux vite fait. Une partie des mineurs marocains sont retournés au pays avec une aide financière au retour. D’autres sont restés. Déjà en 1985, le chômage avait gagné du terrain, mais ils nous ont poussés à partir, et c’est là que s’est déclenchée la grande grève de 1987. Aujourd’hui, l’association reste très utile, malgré les tentatives de la dissoudre, de la mettre en péril, elle résiste, elle continue à fonctionner, pour aider les mineurs à régler leurs problèmes. Des problèmes que les Charbonnages et plus largement la France continue de considérer comme tabous.

Quels sont les problèmes les plus récurrents aujourd’hui ?

A l’époque, la discrimination subie était énorme. Au regard par exemple du « rachat des avantages en nature ». Les autochtones, européens, même polonais, en ont bénéficié. Mais les marocains en ont été exclus. Avec l’association, on a été dix à les mettre aux Prudhommes, à la chambre sociale. Ils ont fait appel en cour de cassation. On attend le verdict, mais jusqu’ici on a toujours gagné. Mis à part le rachat des avantages en nature, se pose aussi le problème de la retraite anticipée, où les mineurs marocains ont été manipulés. Reste également les questions de logement et de chauffage, sur lesquelles les mineurs marocains se sont fait avoir. Les Charbonnages sont très malins. Ils ont mis en place une association pour fuir leur responsabilité, l’ANJR, puis ils l’ont transformé en 2004 en l’ANJDM, agence nationale pour la garantie des droits des mineurs, qui porte bien mal son nom.

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Abdellah Samate crédit de Stéphane LAGOUTTE

Vous avez l’impression de vous battre contre un ennemi invisible, insaisissable ?

Ils essaient de se soustraire à leurs responsabilités, mais heureusement, on est en France. La justice fonctionne. Sans ça, on n’aurait pas de responsable devant nous. La justice rattrape toujours ceux qui veulent lui échapper. Pour le rachat des avantages en nature par exemple, on a travaillé tous ensemble au fond de la mine, tous pareils, tous « gueules noires », mais ça s’arrête avec la lumière du jour. A la surface, les droits ne sont pas les mêmes pour tous, les nôtres ont été bafoués. Avant de partir en retraite, les mineurs pouvaient bénéficier d’une somme d’argent pour racheter soit la maison des mines, soit une autre maison, ailleurs. Mais les mineurs marocains n’y ont pas eu droit. Les Charbonnages payaient le chauffage et logement uniquement aux marocains qui retournaient au pays ou qui acceptaient une reconversion. Mais rien pour les retraités, qui l’ont mérité après leur longue carrière. Avec l’association, on a commencé par à l’ANJR, qui n’a rien voulu savoir. Avec l’aide d’un avocat, on a envoyé notre dossier à la Halde, qui a reconnu qu’il y avait effectivement eu discrimination. Mais l’ANJR a fermé les yeux. On ne pouvait pas laisser retomber l’affaire, alors on l’a portée aux Prudhommes de Douai. Ça a trainé longtemps car les dossiers sont très difficiles, mais on a fini par gagner. Ils ont fait appel à la chambre sociale de Douai et on a encore gagné. Aujourd’hui, ils ont fait appel en cour de cassation, et on attend le verdict.

Qu’est ce que vous estimez avoir gagné en passant par la justice ?

On a d’abord regagné notre dignité. Mais ça nous a aussi permis de faire savoir à la France, pour ne pas dire au monde entier, qu’on a été traités à part, que les droits de l’Homme n’ont pas été respectés. Que même les accords alors signés au niveau européen, et mondial, avec le Maroc, ont été bafoués. La somme que chacun de nous dix doit toucher, 40 000€ (dérisoire d’ailleurs), on ne l’a pas encore touchée. Ils essaient toujours de gagner du temps. C’est leur méthode, ça n’est plus étonnant pour nous.

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Abdellah Samate

Dix mineurs marocains dédommagés sur 2000 dans la région, ça reste symbolique. Vous êtes beaucoup plus nombreux à avoir été victimes de discriminations dans les mines.

Malheureusement, ils commencent à partir. De nombreux sont silicosés, ne peuvent plus bouger. Aujourd’hui, certains enfants ont repris le flambeau des luttes. La plupart des mineurs qu’on reçoit sont accompagnés de leurs enfants. Nos enfants sont nés ici, ont été à l’école, ont appris la culture française. Et ils n’acceptent pas l’injustice. Les institutions voudraient toujours que nos enfants soient comme nous. Silencieux. Invisibles. Mais non, ces enfants poussent leurs parents, les aident, les accompagnent, sont révoltés. Les traitements qu’ont subi leurs parents et indirectement eux-mêmes, ça les dérange. Ils se disent : « mon père a donné, a travaillé, et il a subi l’humiliation ». Ils sont français, et mécontents du système. Ils libèrent une parole longtemps tue. Ils ont raison : dans cette société, il faut parler, il faut dénoncer pour avancer. Le reste, c’est du temps perdu. A un moment donné, sinon, ça explose.

Vous êtes passés par la voie de la justice pour faire valoir vos droits. En parallèle, vous utilisez le récit. Vous venez d’achever un ouvrage, avec l’écrivain Ricardo Montserrat, un polar qui raconte cette lutte pour les droits, à travers l’histoire romancée de trois mineurs marocains. Le livre vient de sortir aux éditions Ravet-Anceau, il s’intitule « Mauvaise mine. Qui a tué les mineurs marocains ? ». Pourquoi ce passage par la fiction ?

Avant ce livre-là, l’AMMN a produit d’autres écrits en allant à la rencontre des mineurs marocains et de leurs témoignages, sous forme de cafés mémoires et d’interviews. En 2008, un premier ouvrage a été publié en collaboration avec le sociologue Saïd Bouamama : « Du bled aux corons, un rêve trahi » qui abordait la question du logement des mineurs marocains. Et puis en 2010, un deuxième ouvrage, « de la tête baissée à la conquête de la dignité, histoire de l’AMMN » a retracé la prise de conscience des mineurs marocains, de la grande grève des Houillères à la création de notre association. Toute cette démarche, on l’a appelée « Mémoire au service du droit ».

A un moment, on s’est dit, pourquoi ne pas changer la forme pour continuer l’histoire ? « Mauvaise mine », c’est une sorte de polar, de livre noir, qui parle d’une autre manière de notre souffrance, de notre vécu, il met des mots sur ce qu’on a traversé. Beaucoup de français ne connaissent pas assez l’histoire de ces mineurs marocains qu’on a été chercher par milliers dans les années 60, et jusqu’à 75. Ce livre se lit facilement, c’est un roman, il est accessible aux jeunes, il est prenant. Et c’est intéressant pour nos enfants. Pas seulement ceux issus de l’immigration, mais aussi ceux de souche française. Parce que quand ils voient Nadia, Fatima ou Nordine à côté d’eux à l’école, ils ne savent pas pourquoi ils sont là. Un tel livre leur permet de connaitre leur histoire, de savoir pourquoi leurs pères sont venus, ce qu’ils ont fait, ce qu’ils ont subi aussi. Et puis, c’est une trace de plus laissée à l’histoire et à la mémoire.

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lecture d’extraits du livre, à Béthune, fin mai, avec une conteuse et un joueur de luth.

Vous êtes un des 17 co-auteurs de ce livre. Cette histoire, celle des trois mineurs Ayah, Baddou et Lami, c’est une histoire collective, commune ?

C’est une partie de mon histoire. Une petite partie. Mais il reste encore beaucoup de choses non exprimées. Par exemple, je me souviens que j’ai été vraiment emmerdé par le directeur de la mine où j’ai travaillé. J’étais handicapé. Il a tout fait pour me renvoyer au Maroc. Comme il n’a pas réussi, il m’a mis au travail à l’extérieur. A l’époque, il faisait très froid, -15°C, avec beaucoup de neige. J’avais une jambe esquintée, je parlais à peine français. Et une fois, je l’ai trouvé à Mammouth, à Sin le Noble : il récoltait de l’argent pour aider les enfants du Vietnam. J’ai été surpris. C’est là que j’ai perdu la confiance et le respect que j’avais toujours donné aveuglément aux français. J’ai découvert ce jour là que la France, comme certains français, avait deux visages.

Parler sous la forme du roman, c’est un acte puissant de résistance ?

Tout à fait. C’est très puissant, car le lecteur s’attache, s’identifie aux personnages, il vit leur histoire par procuration. Mais ce qui nous a beaucoup aidé depuis le début de notre combat, c’est la presse, écrite comme audiovisuelle. Sans elle, on serait inconnus. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour les journalistes, parce que j’ai senti, chez tous ceux que j’ai pu rencontrer, un profond respect humain. Les journalistes sont les yeux de la justice. On parle, on dénonce, on fait connaitre notre histoire, on cherche à laisser une trace dans notre société, mais cela ne peut pas se faire sans les médias. Je connais des pays où cette liberté n’existe pas. En France, tout n’est pas parfait, mais au moins, on laisse la presse faire son travail.

Le combat pour les droits et la dignité des mineurs marocains, c’est un combat qui continue encore aujourd’hui ?

C’est un combat interminable, parce que ceux qui sont devant nous aujourd’hui considèrent le problème tabou. Les mineurs sont âgés, fatigués. C’est à peine si on a commencé à mettre les problèmes réels sur la table. Bien sûr, la situation n’est plus la même qu’il y a vingt ans. Les Charbonnages ont disparu, cet Etat dans l’Etat n’est plus. L’aide apportée par les amicales marocaines ou le consulat aux Charbonnages n’est plus non plus. Aujourd’hui, on a la possibilité de parler, de dénoncer, on peut mettre certaines choses sur la table. Mais pour les résoudre, le combat est encore long.

Libérer la parole, cela reste-t-il difficile pour une génération de mineurs qui a toujours vécu dans la loi du silence ?

C’est très, très difficile. La plupart sont nés vers 1940-1945. A l’époque, au Maroc, on n’avait pas la parole, on n’avait pas l’habitude de soulever la tête. Et Félix Moura l’avait bien compris. Il a été choisir, il a été chercher ces personnes là dans leurs montagnes, dans chaque village. Déjà là-bas, ces personnes ne parlaient pas ou peu, alors en France encore moins : elles ne parlent pas bien le français, ni l’arabe, à peine le berbère. Et puis on a été « conservés ». Même pendant les vacances, quand on avait 25 jours de congés, les Charbonnages mettaient à disposition les autocars de la cité, on était emmenés au centre de triage : douane, police, puis directement à l’aéroport. L’autocar s’arrêtait en face de l’avion, et on était débarqués à Agadir ou à Marrakech. Au retour, rebelote. A l’aéroport, on retrouvait Monsieur Moura, et direct jusqu’à Lesquin. Puis, l’autocar nous ramenait aussitôt à la Cité. L’objectif, c’était que personne ne sache comment voyager seul, comment se débrouiller. Le jour où ils ont voulu fermer les mines, ils se sont dit « ceux là, on peut les renvoyer, en faire ce que l’on veut ». Alors pour faire relever la tête à ces mineurs après des années de « conservation », ce n’est pas si facile. Et puis dans les Cités, on a toujours été suivis, surveillés. Ils savaient tout. Ce que les mineurs avaient mangé, à quelle heure ils étaient rentrés, avec qui, etc. Ces mineurs ont donc intériorisé la loi du silence et le fait de ne pas faire de vague. Même si certains on aujourd’hui relevé la tête, d’autres restent encore ancrés dans l’ancien temps, n’arrivent pas à en sortir.

Aujourd’hui, avec le travail de l’association, la parole s’est un peu libérée.

La parole a explosé ces dernières années, d’abord pour une question de moyens. Beaucoup de mineurs, aujourd’hui, n’arrivent plus à payer leur loyer. Ni économiser un peu pour aller voir la famille. Et puis il y a aussi l’effet des générations. Les enfants poussent leurs parents. Les fils disent aux pères : « Papa, tu ne peux plus te laisser faire ». Les enfants n’ont pas vécu le système Mora. Et puis notre travail, avec l’association, c’est d’aller à leur rencontre, au travers des « cafés mémoire », d’entretiens, de débats, et de permanences à notre local. A l’association, ils peuvent avoir une écoute, un accueil. Ils peuvent choisir d’y parler arabe, berbère ou Français, s’y exprimer librement, avoir des aides adaptées pour résoudre leurs problèmes.

Ce livre, vous aimeriez qu’il serve à quoi ?

J’aimerai qu’il soit dans les poches de tous les français. Et d’abord celles des français de souche. Pour que ces personnes là, quand elles nous voient ailleurs, dans les transports, les services administratifs, connaissent notre histoire. Par exemple, en mairie ou au commissariat, en particulier celui de Douai, il y a deux poids, deux mesures. Un jour je faisais la queue au commissariat, il y avait des personnes devant moi, l’officier s’adressait aux gens de manière assez gentille, dans une ambiance de respect. Lorsque mon tour est arrivé, c’est devenu : « c’est pour quoi ? », méprisant. J’aimerai que lorsque toutes ces personnes me voient devant eux, ou Mohammed, ou Nordine, qu’ils prennent conscience que nous ne sommes pas tombés du ciel. Nous avons travaillé au fond de la mine, dans les usines ou sur les routes, pendant qu’eux étaient à l’école. Nous avons construit les maisons qu’ils habitent aujourd’hui. Les routes sur lesquelles ils se promènent. Je voudrais qu’ils sachent cela. Qu’ils n’oublient pas. Et même, pour aller plus loin, qu’ils n’oublient pas nos parents, qui ont participé à la libération de cette France d’aujourd’hui, qui leur permet de parler Français, et d’apprécier la grandeur de leur pays. Nous sommes venus pour les aider à construire cette France. C’est vrai, on avait et on a toujours besoin d’argent, mais nous ne sommes pas venus pour voler, ni demander la charité. Beaucoup, comme moi, ont donné leur santé, leur temps. Beaucoup ont abandonné leur famille. Et ce n’est pas rien, les français le savent. Ils doivent regarder les choses en face, se remettre en question pour éviter de se faire avoir par le Front National.

Vous avez travaillé plus de 40 ans en France, et vous n’avez toujours pas la nationalité française. Est-ce que la question ne se pose pas aussi là ?

C’est un enjeu politique. Chaque dirigeant veut montrer sa force sur le terrain de l’immigration. C’est comme une vitrine. Comme ils sont en échec sur de vrais problèmes : le chômage, l’économie, la « crise », ils mettent des barrières, pour que des personnes comme moi, en France depuis 48 ans, n’accèdent pas à la nationalité française. On me demande des choses impossibles à obtenir de l’administration marocaine. Comme le livret familial. Paradoxe ultime, j’ai été nommé chevalier de la légion d’honneur, et pour cela je remercie la république française, mais je n’ai toujours pas la nationalité. On m’a fait savoir que je ne pouvais pas me faire remettre mon titre par le président de la république car j’étais étranger. Par contre, pour certains acteurs américains, cela ne pose aucun problème. Encore une fois, on trouve la France telle qu’elle est. Deux visages, deux traitements.

Vous croyez encore à la devise de cette France, même si elle peine à être mise en œuvre ?

Je ne peux pas croire à autre chose. Je m’accroche à ces valeurs là. Même s’il y a des dégradations, nous, on continue à l’aimanter, cette république là. Celle de la fraternité. Celle de l’égalité. Comment voulez-vous qu’on ne croie pas à cette république ? Tant de pays prennent exemple sur la France. J’y crois aussi pour eux. La France doit continuer à garder ces valeurs fortes, des valeurs qui ont été revendiquées, réclamées, arrachées par les anciens. Ceux d’aujourd’hui n’ont pas le droit de les dégrader.

Comment les Charbonnages ont pu agir tel qu’ils ont agi dans un pays comme la France ?

Je ne suis pas surpris. Mon beau-père, qui a fait 17 ans dans l’armée française, a été traité de cette manière là. Chez moi, dans mon petit couloir, quand j’ai ramené ma médaille, on l’a mise à côté de celle de mon beau-père. Vous savez comment ont été traités les anciens combattants, et aujourd’hui, à quel point c’est encore tabou ? La France est belle, mais il y a toujours quelques Français pour déshonorer la vraie France, pour bafouer des droits pourtant établis, écrits noir sur blanc. Les Charbonnages ont récupéré les mêmes méthodes, les mêmes traitements qui étaient infligés aux anciens combattants, et en particulier pour les marocains.

Après la publication de ce livre, quels nouveaux projets, quelles luttes se profilent ?

Deux autres volumes vont suivre, puisque ce livre est en fait le premier d’une trilogie. Le deuxième volume sera consacré à la grande grève et à la bataille pour la reconversion. Le troisième, lui, abordera les manœuvres iniques des liquidateurs, le détournement de l’argent public prévu pour les reconversions. Sinon, l’association continue de défendre les dossiers qui lui arrivent, face à l’ANGDM. On a de nombreuses rencontres, même si l’ANGDM essaie toujours de gagner du temps. On commence aussi à plancher sur la question du chauffage et du logement, avec des avocats. Au local de Dechy, nos permanents continuent à recevoir les personnes qui le souhaitent. Mercredi dernier, par exemple, nous étions à côté de Carvin, près de Lens, pour voir d’anciens mineurs célibataires. On a vu des logements insalubres. Pas de toilettes à l’intérieur, pas de salle de bain, pas d’eau chaude, sale comme tout. Pas de chauffage, on ne leur paie pas l’indemnité chauffage. Et ils veulent leur faire payer un loyer. Alors comment voulez-vous qu’on croie en la sincérité de ceux qui traitent les problèmes des mineurs marocains de cette façon ? C’est inadmissible. Ils continuent à les bafouer, les écraser. Pourquoi ? Pour qu’eux gardent leur salaire, leur belle maison, leurs 40 000€ par mois pour le directeur, 5000€ pour le petit chef qui s’occupe de nous peut-être. Quand le mineur marocain n’arrive même pas à une retraite de 1200€. Et on essaie encore de l’écraser. Ces personnes là, celles qui gèrent nos droits, ne savent pas ce que c’est une gaillette de charbon. Elles ne connaissent pas la mine. Peut être ont-elles été visiter le centre historique minier, mais pas plus. Ils sont en bonne santé. Plus ils font des dégâts sur nous, plus ils gagent leur salaire. On ne peut plus accepter ça.

 



 

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