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Marseille, laboratoire de la diversité pour des chercheurs euro-américains

3 avril 2008

Marseille n’attire pas que les touristes, elle intéresse tout autant les chercheurs pour son caractère multiethnique et le « vivre ensemble » de ses habitants malgré leurs différentes origines. La semaine dernière une délégation de chercheurs américains et européens, invités par des universitaires français et membres de l’IES (Institut d’études et d’échanges entre Europe et Etats-Unis) a investi la cité phocéenne et en a tiré quelques leçons. Peut-être à exporter au-delà de nos frontières.


 

Marseille, ville de toutes les étrangetés

D’abord surpris par l’émergence d’un comité de soutien à Barack Obama et la ferveur de certains marseillais pour ce dernier, les américains qui ont accostés à Marseille, ne sont pas au bout de leurs surprises.
Venus pour tenir et assister à une série de conférences à l’initiative de l’IES dans le but « de consolider les échanges et les liens en matière de dialogue interculturel » selon leurs propres mots ; le groupe des quinze universitaires demeure assez étonné devant la réalité marseillaise. De leurs aveux, ils s’attendaient à tout autre chose.
David Harrison, leader du groupe des chercheurs américains et également directeur d’un centre d’études internationales et professeur de français aux Etats-Unis, témoigne de son étonnement : « Il y a, me semble t-il, un vrai mélange qui se fait entre personnes de cultures différentes à Marseille ». Evoquant aussi son expérience d’assistant-professeur à Montreuil en 1989, il tente de faire un parallèle entre Paris et Marseille : «  Ce qui est surprenant pour une ville comme Marseille, c’est qu’il n’y a pas de banlieues contrairement à Paris ou d’autres grandes villes françaises. Cela permet sans doute le melting-pot. Je pense que Marseille est une véritable ville de diversité, dans le sens le plus large du terme… ». En intellectuel averti, il croit avant tout aux vertus du dialogue et de la réflexion.

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David Harrison, directeur d’un centre d’études internationales et professeur de français aux Etats-Unis.

Un lieu d’échange et d’espoir

M. Harrison fait part aussi de certaines idées préconçues que nourrissent ses étudiants américains, pour mieux les réfuter :
« Les étudiants américains ont un certain stéréotype de la France. Ils pensent que c’est un pays qui n’aime pas les personnes d’origine étrangère. Ils croient notamment qu’être maghrébin dans ce pays est une chose difficile à vivre. J’imagine qu’on aura par exemple plus de facilités à trouver un emploi, si l’on porte un nom comme Dupont plutôt qu’un nom à consonance étrangère. Marseille montre pourtant qu’il y a une mixité, un mélange où tout le monde peut vivre ensemble et cela infirme en partie la vision des américains sur la France ». Il reste alors convaincu que l’approche intellectuelle est un bouclier contre les clichés. Et le dialogue interculturel, une arme majeure pour remédier à la mésentente entre les peuples de cultures différentes.
Pour tenter également de démanteler certains préjugés et apporter un peu de clarté dans le débat sur les différentes cultures, Souad Eddouada, professeur assistante à l’université « Ibn Toufaïla » à Kenitra (Maroc), invitée par l’IES livre aussi, ce jour-là, ses impressions.

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Souad Eddouada, professeur assistante à l’université « Ibn Toufaïla » à Kenitra (Maroc).

Elle se réjouit avant tout de l’accueil qui a été fait à son travail par l’ensemble du public présent pour l’écouter. Et approuve le choix de Marseille comme point de rencontre pour ces échanges de savoir : « Je pense que le fait de nous retrouver à Marseille est une bonne chose. C’est un choix pertinent car il y a, dans cette ville, des personnes venues de tous horizons. Et notre travail, porte justement sur les questions de diversité ».

Entre mythe et réalité

Diversité, un mot qui revient dans la bouche de ces chercheurs, comme une psalmodie, une clé pouvant ouvrir toutes les portes de la paix.
Sylvie de La Foye, professeur de relations internationales à l’université de Rennes, spécialisée dans la politique américaine au Proche-Orient et membre de l’IES de Nantes, y croit en tout cas : « Les américains pourtant habitués dans leur pays au mélange des communautés, ont appréhendé Marseille comme un laboratoire en devenir. Il est vrai que cette ville est le symbole idéal du multiculturalisme plus qu’ailleurs en France ».

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Sylvie de La Foye, professeur de relations internationales à l’université de Rennes.

Plus nuancée, elle notera tout de même la différence entre américains et Européens concernant les rapports qu’ils entretiennent avec leurs minorités :
« Malgré le 11 septembre, les américains vivent bien la présence des différentes communautés dans leur pays. En France notamment, il y a encore un blocage, une peur des différences, même si les choses évoluent dans un sens positif. Les américains en revanche, se sentent assez forts dans leur identité pour accepter les pratiques cultuelles et culturelles de leur concitoyens de diverses religions ».
Pour cette spécialiste en relations internationales, connue pour son franc-parler : « l’Amérique qui va changer de visage au mois de novembre prochain veut modifier ses relations avec le monde arabe. Et ce genre de rencontre contribue à faire avancer les Etats-Unis dans ce sens ».
Faut-il alors entendre par là une meilleure entente à venir entre les peuples, des échanges plus réguliers entre personnes d’horizons divers. Voire peut-être même, l’amorce d’une concrétisation vers une paix perpétuelle déjà tant désirée depuis le XVIIIe siècle par Kant lui-même. Ou plutôt des aspirations et des visées tout aussi profondes que louables d’intellectuels ?

 

 

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