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Marseille, La ville qui n’aimait pas les gens…

12 août 2013 - Dernier ajout 13 août 2013

Dans « Med People », ouvrage de textes et de photos sur les villes de la méditerranée, Alberto d’Argenzio, l’auteur, et Nanni Fontana, le photographe, présentent la citée phocéenne comme une capitale de sable mouvant où s’enlisent lentement les aspirations de ceux qui s’y arrêtent. Vision lucide d’une ville égarée, qui à y regarder de près, semble ne pas aimer les gens, du moins ceux qui la composent…


 


Effectivement, Marseille offre un visage trompeur de vie et de rassemblement car jamais les communauté ne se mêlent, cantonnées chacune dans leur quartiers, devenant des forteresses se protégeant les unes des autres. Le développement anarchique de l’urbanisme au mépris de l’histoire de la citée et de l’environnement, révèle l’égoïsme et la cupidité qui firent fureur dans les années 80. L’appât du gain facile eu raison d’une vision globale. On vendit terrain et bâtisses on construisit frénétiquement sans plan d’ensemble et sans cohésion. En cela, la citée se révélait fidèle à ce qui choqua, au XIX eme la passionaria Flora Tristant, qui nota dans son journal, lors de son séjour sur le vieux port, que chacun ici, du plus humble au plus riche, semblait n’avoir qu’une religion : l’argent, et que cela transpirait jusque dans la moindre des relations humaines.
Mais à l’époque, la question était moins épineuse car le port répondait à tous les problèmes. Générateur de richesse, chacun trouvait une place, des docks aux ateliers, des commerces aux entreprises, des marchés au théâtres qui fleurissait tout au long du cours Belscunce et sur une Canebière grouillante de vie. La diversité était réelle et bon an mal on s’accommodait d’une politique de ville aléatoire car les possibilités étaient nombreuses et la prospérité vaillante.

Mais ce que n’a pas vu venir Marseille, et sa douleur aujourd’hui, c’est la mort de son port. L’arrêt de son cœur, de sa raison d’être. Abasourdie, aveuglée par la réussite et une certaine appréhension nonchalante de l’avenir, elle ne prit pas la mesure de sa perte. Ses travers, qui alors coloraient de manière pittoresque sa réputation, devinrent des entraves, des problèmes aggravant la situation.
Jusque dans les années 70, le Monde débarquait ici. On y cherchait une vie nouvelle, un nouveau départ, on y tissait les fils d’un avenir qui bien souvent se réaliserait ailleurs. Le Monde était en mouvement et la ville un tourbillon qui projetait loin les rêves et les possibles.
Mais subitement, le mouvement s’arrêta, et le Monde débarqué dans la cité resta sur place. Dans une logique implacable, faute d’une vision politique à long terme, et par effet mécanique, l’inertie s’abattit sur la ville. Les rêves commencèrent à s’échouer le long de rues toujours plus sales et à s’enliser dans des barres de béton.
Mais la vie est ainsi faite qu’à chaque chose, bien souvent, malheur est bon et Marseille, qui avait perdue ce qui avait fait jusque là sa prospérité, venait sans le savoir, d’en gagner une nouvelle. Car si le monde ne transitait plus par la ville, il n’en était pas moins installé et offrait par sa présence même un trésor brut, vierge de toute exploitation, la diversité.
Désormais, la fortune de la ville ne naitrait plus de ses marchandises mais de sa population. Une richesse que Marseille a encore beaucoup de mal à admettre. Toujours aveugle, la ville néglige sa nouvelle identité et rate son avenir. Car, devenue malgré elle un laboratoire du vivre ensemble, elle persiste à se vouloir un avenir de ville riche, rêvant de baie des anges et de riviera. Là se love la tragédie, car dans cette optique de développement, sans lien avec la réalité des éléments qui compose la cité, Marseille se tire une balle dans le pied. Au lieu d’entretenir sa nouvelle richesse, elle persiste à cloisonner ses quartiers et à vendre son plus beau trésor, la diversité, au plus offrant… le tourisme.

Elus, artistes, entrepreneurs, chacun y va de son coup de cuillers ou de bulldozer. L’égoïsme règne. Diversité, tous ont ce mots à la bouche, mais aucun ne s’en soucie. On se sert à pleine brassées des fruits d’un arbre que d’autres ont planté. « La diversité c’est vous qui en vivez, c’est nous qui la vivons ! » Car qui veille à sa survie et sa pérennité ? Qui se soucie que le « multiculturalisme » ne se soit pas un vain mot mais une réalité concrète ? Ici, l’urbanisme en général tend à aller à l’encontre du sens commun. Au delà des grands travaux ou des fontaines réaménagées pour ne pas fonctionner pour cause d’enfants, de tramway suivant le tracé du métro, de Vieux Port sans arbre ni banc, ou de pavillon à plusieurs millions d’euros montés pour un an …, la vie dans ses murs est de plus en plus éprouvante. Les trottoirs se hérissent de bornes métalliques réduisant l’espace piéton. Les espaces vert sont remplacés les uns après les autres par du ciment. Les bancs ont disparus des rues, les poubelles se font rares et les transports en commun inadaptés. La saleté comme l’incivilité parent la ville d’une seconde peau et sont en passe de devenir sa nouvelle signature. Le tissu urbain est devenu générateur de stress où l’autre apparaît au mieux comme une gène, au pire comme une menace.

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Manifestation contre la violence et l’abondon des jeunes des quartiers de Marseille. 1er Juin 2013

Marseille bouillonne d’une jeunesse vive, mais oubliée. Il est impardonnable de la laisser livrée à elle même dans des quartiers à l’abandon. La municipalité devrait faire sienne la pensées des résistants qui, dans l’ordonnance de 1944, précisaient que « la jeunesse est un bien trop précieux que la société ne peut pas se permettre de gaspiller dans la rue et les prisons. ». Combien de médecins, de pilotes de chasse, de cheffe d’entreprise, d’artistes, d’ingénieurs, de paysans s’égarent, petits et adolescents, dans les caves, les terrains vagues et les rues de la cité ? Se tourner résolument vers ceux qui défraient la chronique et nourrissent le folklore qui colle à la ville comme une ombre, serait un gage d’avenir et de prospérité.

Marseille a des atouts inestimables, sa géographie, son climat, son histoire, sa passion, qui la rendront toujours, même boiteuse désirable. On y viendra encore chercher de l’espoir, ou l’énergie d’un rebond.
Alors, Marseille se doit servir ceux qui la composent, de favoriser les rencontres et son art de vivre, d’assurer son tissu social. La cite de Protée est une ville du peuple, qu’il soit riche ou pauvre. C’est en cultivant au quotidien sa diversité, en travaillant à ce que le vivre ensemble soit bénéfique à tous, par l’application d’une politique de la ville adaptée et soucieuse du bien être de ces citoyens, que Marseille retrouvera son équilibre. Rassemblera ses forces. Alors, la fierté d’appartenance ne se lancera plus comme un défi, mais sera vécu comme un sentiment réel et gratifiant. Et il n’en sortira que des victoires.

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Les plus belle victoires de Marseille : Son mélange dans le sport ou la musique !

C’est un formidable laboratoire ouvrant sur les résolutions des problématiques de notre monde qui se dévoile. Une chance inouïe, un chantier colossal qui mobiliserait chacun et en ferait rêver d’autres : Marseille !…
Il te suffit pour cela, d’aimer les gens.

Dans le centre ville, des riverains ornent les bas-côtés des portes et les trottoirs de fleurs et de plantes grimpantes. La Rue de l’Arc, la rue Thiers, de l’Académie, Saint Savournin… Plus les espaces verts municipaux se minéralisent plus les initiatives individuelles fleurissent…

 

 

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