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Marrakech

23 octobre 2008

Après la capitale et une longue bande de désert de roches et de sable, Marrakech surgit dans le soleil couchant. Ville mythique de commerce et de traditions, elle marque le pas d’avec Rabat. L’empreinte de l’Europe s’y estompe malgré le nombre considérable de touristes. Ici les attelages tirés par des ânes se disputent la chaussée avec les voitures et les camions. La Koutoubia (grande mosquée de Marrakech) se dresse à l’entrée de l’incontournable et célèbre place Jemaa el Fna.


 

Capitale de l’art populaire du Maroc comme la présentent de nombreux guides. Pour le touriste descendu au Club Med’ qui borde l’entrée principale de la place, ce lieu ne manque pas de pittoresque. Tout y est, charmeur de serpent, proposant des tatouages au henné, musique nasillarde enivrante, marchands d’eau en costume traditionnel, vendeurs de jus d’orange aux étals remplis d’agrumes, détaillants d’épices… Le bruit et l’odeur, l’agitation perpétuelle. Le nombre important de touristes, français pour la plupart, est comme un trait d’union avec l’Europe. Une étrange impression de ne pas être loin. Alors que.
De l’autre côté de la place, les entrées menant au souk qui semble sans fin. Un enchevêtrement de ruelles minuscules peuplées d’innombrables échoppes entre lesquelles slaloment passants et deux-roues. Tout s’y trouve, du cuir au caméléon vivant, de l’apothicaire au bijoutier berbère. À chaque étal, le marchand sollicite le piéton. Pas forcément pour vendre, précise-t-il, mais juste « pour le plaisir des yeux ». Habile manœuvre ! Comment ne pas résister une fois à l’intérieur à tant de merveilles ? À un angle, un panneau insolite. La « Fnaque », unique librairie du souk, qui propose des ouvrages sur le peuple berbère.

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Copyright Gael Assouma/ Med’In Marseille

Mais il faut quelques jours pour s’imprégner d’un lieu. S’y faire, en prenant des habitudes. Un café ici, une kefta là. Alors le quotidien se révèle, le monde que l’on visite se découvre, le pittoresque cède le pas à la tradition. La vie du souk n’est plus seulement une vaste entreprise pour touriste, mais un tissu dense de petits commerces familiaux fonctionnant en groupe. Ici on boit un thé, la pâtisserie qui l’accompagne est faite en face, chez la sœur. C’est l’oncle deux rues plus loin, qui, de sa boutique télécom, pourvoie au rendu de la monnaie qui fait subitement défaut. Un commerce ne fonctionne jamais seul et draine avec lui d’autres métiers comme les ravitailleurs. Parfois des vieillards qui, malgré leur grand âge, tirent, à la force des bras, un plateau monté sur roue, chargé à ras bord de marchandises… Si le mot « souk » est synonyme chez nous de capharnaüm, sa réalité, sur place, est tout autre. Ici le commerce est un art. Si celui de la négociation est le plus connu, celui de bien présenter la marchandise en est un autre, tout aussi important. De la propreté des ruelles (impeccables malgré l’intense fréquentation) à l’organisation minutieuse de la boutique, comme l’optimisation, esthétique, maximale d’un espace réduit, à l’attention constante apportée à la tenue des articles en présentation (lissage des vêtements exposés, lutte contre les mouches)… Rien ne tient du hasard, sinon les rencontres. Tout le reste relève d’un travail constant et méthodique.
Ce qui amuse le touriste sur la place, revêt une tout autre importance pour Mohamad, qui avec son jeune frère vend du jus d’orange la journée et à la nuit tombée loue aux camelots et autres conteurs, musiciens ou comédiens, d’antiques lampes à pétrole à l’éclairage puissant. Par petits groupes dispersés sur l’étendue de bitume, ils « perpétuent les traditions ». Comme l’explique le jeune homme, fier de son commerce, « il n’y a plus qu’ici que l’on peut entendre de veille histoires. S’ils n’ont plus de lumière, ils n’ont plus qu’à retourner dans leurs villages et tous ces contes tomberont dans l’oubli. » Ainsi, jusqu’à minuit passé, les Marrachis se pressent autour de leurs artistes, pour écouter, dans la langue de Saladin, des récits séculaires.
Si la vie est rude, on sait prendre le temps. Prendre le temps de prier, de boire un thé, de se saluer, de discuter.

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Copyright Gael Assouma/ Med’In Marseille

Saïd, lui, garde le parking, à l’écart, aux pieds de la Koutoubia. Des Français il en connaît. Surtout les Marocains qui travaillent dans l’hexagone et dont les affaires sont florissantes. « Touts ces 4x4, les Mercedes, c’est à eux ! » Aimerait-il venir, lui aussi, travailler en France ? D’un regard désabusé il désigne sa cahute de carton sans éclairage et le parking qu’il surveille. « Comment je partirais ? » répond-il. « Inch’Allah, je suis là aujourd’hui c’est déjà ça ! »

Vendredi est jour de noces dans un restaurant branché. Thomas et Amelle se marient. Le premier soir est dédié à la cérémonie du henné, le second le sera à la célébration, le troisième à la fête, en boîte de nuit. Le marié n’étant pas musulman le passage à la mosquée n’a pas eu lieu. Qu’à cela ne tienne, ce sera traditionnel mais laïque. Thomas vient de Lyon, Amelle est née de parents Marocains, depuis plusieurs décennies installés en France. Après avoir célébré leur union à Chauffailles, dans la Haute-Loire, les époux ont voulu faire de même au Maroc en invitant famille et amis, afin de rendre hommage comme il se doit, aux traditions dont est issue la jeune femme. Pour Olivier, témoin et passionné de pays Arabes, l’idée est excellente. « C’est bon de venir au pays des barbus dont on apprend à avoir peur en France », dit-il en souriant et ajoute : « on s’aperçoit comme ça que sous la barbe il y a un homme et qu’en plus cet homme est gentil. » Aller à la rencontre de l’autre reste la meilleure arme contre la bêtise et le meilleur moyen d’apprendre à vivre ensemble.

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Copyright Gael Assouma/ Med’In Marseille

Un nouveau jour s’installe sur Marrakech, la route reprend, l’aventure continue.

 

 

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