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Manifestation des centres sociaux devant la préfecture des BDR

3 octobre 2014

Cherchant à être reçus par la Préfet pour l’égalité des chances, plusieurs représentants, salariés et usagers des centres sociaux des BDR ont manifesté jeudi 2 octobre, matin. La préfecture s’est voulue rassurante, et a promis que deux centres sociaux qui devaient sortir de la géographie prioritaire politique de la ville seront réintégrés dans le dispositif. Par contre les autres centres concernés seront définitivement sortis du cadre de la politique de la ville. En ce qui concerne, ces autres centres, il a été assuré que l’Etat allait apporter des aides « de droit commun ». Pour l’heure, les centres restent dubitatifs et souhaitent avoir de réelles garanties de financement pérennes pour poursuivre leur mission de service public indispensable au vivre ensemble dans la ville.


 

De nombreux représentants, salariés et usagers des centres de Marseille et des BDR sont venus, jeudi matin, place Félix Baret, apporter leur solidarité aux centres sociaux touchés par la réforme de la politique de la ville. Le maire adjoint du 6-8ème, Yves Moraine était aussi présent pour soutenir le centre Mer et Colline situé dans le 8ème arrondissement. La réunion avec un délégué de la préfète était prévue en matinée, mais a été reportée en fin d’après-midi.

Gaële Berge, délégué départementale UCS, Union des Centres Sociaux

En attendant, une rencontre avec Marie Lajus, prévue pour lundi, les acteurs de terrains critiquent cette nouvelle géographie, purement comptable, de la politique de la ville qui ne prend pas en compte les facteurs humains. Ils souhaitent également être rassurés sur l’avenir de tous les centres sociaux dont le statut de financement reste trop aléatoire. Car au-delà de la réforme de la géographie de la politique de la ville, « Tout se réorganise et aujourd’hui, nous ne savons pas à quelle sauce, nous allons être mangés ! », résume Gaële Berge, déléguée de l’UCS 13 (Union des Centres Sociaux des BDR). C’est un peu le flou pour tout le système social. « Nous souhaitons être entendus dans le cadre d’une table ronde. Nous voulons que les centres sociaux aient une position officielle dans les discussions. Nous voulons des réponses concrètes et savoir sur quels financements nous pouvons compter. »

L’un des problèmes semble bien être une carence de concertation des pouvoirs publics avec des acteurs de terrain et l’absence de prise en compte des centres sociaux par les partenaires institutionnels comme le déplore Medjahed Belkacem, directeur du centre social Mer et Colline (8ème) directement touché par la réforme : « Sur cette réforme, les centres sociaux n’ont pas été concertés et à ce jour, nous n’avons pas reçu de communication officielle de la préfecture. Marie Lajus s’est voulue rassurante lundi, dans une interview donnée à la Provence. Mais nous n’avons aucun élément pour être rassuré sur le maintien d’un certain nombre de dispositifs concernant les centres sociaux. Le dialogue entre les pouvoirs publics chargés de la politique de la ville et les centres sociaux pose énormément de problème, il n’y a pas de concertation, pas de communication, pas de transparence. Du coup, comme cette manifestation le démontre, nous nous retrouvons en confrontation avec des services, alors que nous devrions travailler main dans la main. »

Yves Moraine, maire du 6-8ème

Côté ville, pour le maire du secteur 6-8ème, Yves Moraine, le travail des centres sociaux n’est plus à prouver : « Je suis venu apporter un soutien moral pour les centres Mer et Colline et celui du Cours Julien qui réalisent un travail énorme depuis de nombreuses années, indispensables. Il y a deux aspects en cause, l’aspect perte d’emploi et l’aspect perte de l’offre d’animations de terrain. Les mairies ne peuvent pas continuellement prendre le relais de l’Etat. Les dotations de l’Etat baissent, on ne risque pas de pouvoir faire plus, si on arrive à faire pareil, ce sera déjà bien ! Avant l’été, j’avais écrit au ministre François Lamy. Cette réforme est une vision trop centralisée. Et aujourd’hui, on nous dit que le littoral sud va bien, mais c’est aussi peut-être parce qu’il y a eu du travail social. La ville ne peut pas combler un écart de 140 000 euros pour le financement des centres. »

Medjahed Belkacem, directeur du centre Mer et colline, directement menacé de fermeture, faute de financement revient sur les effets pervers de la réforme : « Cette réforme a peut-être des raisons d’exister, mais dans son application locale, elle pose beaucoup de soucis ici. Mer et Colline et l’antenne des Lierres de Bois Lemaître se retrouvent dans une situation dramatique. Nous risquons de disparaître. Nous sommes dans les quartiers sud et ce n’est pas un territoire homogène. Appliquer cette réforme si c’est juste pour faire des économies d’argent, et réaffecter les fonds sur une population pourquoi pas ? Mais si on perd des centres sociaux c’est encore pire. C’est l’effet inverse de ce qui est recherché. »

Sans centres sociaux, la vie brûlerait !

Du coup, la seule solution pour que vivent les centres touchés par la réduction des financements est qu’ils soient réintégrés en quartier prioritaire, ce que demande Jane France Mautalen, présidente de Mer et Colline. « Ils n’ont pas le droit de faire cela à la population. Le travail social, c’est ce qui permet à Marseille de pouvoir survivre ! Sinon, il y a longtemps que la ville brûlerait ! Notre centre aura un manque de 150 000 euros, ce qui signifie 6 personnes licenciées. C’est la mise en danger de toute notre politique ». Et elle tient à rappeler le travail réalisé sur le territoire, depuis trois décennies : « Notre centre social existe depuis 30 ans et nous avons mis en place un effet de maillage entre les diverses activités du centre pour que les personnes en difficulté, qui ne viennent pas si facilement puissent parvenir jusqu’à nous. C’est à travers le centre aéré, les activités ludiques, pédagogiques (avec une bibliothèque, la création d’un livre par les enfants) ou d’éducations populaires que le lien se crée. Ainsi les femmes qui viennent avec leurs enfants peuvent voir la médiatrice en Economie Sociale et familiale qui a réalisé énormément d’actions pour les familles, les mères et a également monté un groupe pour les pères et un groupe pour les grands-parents. » Bref, du lien social, de l’aide, du relais… voilà ce dont la population démunie a besoin.

La déléguée départementale de l’Union des Centres Sociaux, Gaële Berge porte l’inquiétude de tous les acteurs de terrains : « Nous demandons à ce que certains territoires rentrent à nouveau dans la cartographie prioritaire, comme Mer et colline et les Lierres. Nous souhaitons aussi s’assurer que les centres qui sortent du périmètre et qui passent en « Veille Active » puissent réellement bénéficier des financements de droit commun promis. Ceci concerne notamment les projets Ville Vie Vacances, qui sont, dans les faits, attribués en priorité aux quartiers dits prioritaires. Et l’enveloppe budgétaire est vide pour les centres non prioritaires qui passent après. Nous sommes également très inquiets pour les financements de l’action Collective Globale. Multi-partenariale (CAF, CG, CR, Ville), elle va être élargie à de nombreuses structures (autres que les centres sociaux, comme Les Maisons pour tous ou des espaces de vie sociale) sans que le montant global soit accru. Et par ailleurs nous savons que toutes les enveloppes des collectivités locales sont en diminution. » Ceci d’autant plus que l’avenir des centres sociaux est également assujetti aux réformes institutionnelles en cours, comme la création de la Métropole.

Laurence Voiet, directrice du centre social Bois Lemaître-Les lierres ( 12ème ) qui gère à la fois le centre social Bois Lemaître et celui des Lierres situé au Cœur de la cité les Lierres et qui est impacté par la réforme tient à évoquer l’histoire, le travail considérable et les missions de l’antenne des Lierres. « L’antenne des Lierres a été créée en 1996. A l’époque, nous avons été interpelés par les pouvoirs publics sur la prise en charge de cette cité où existait énormément de précarité et de problèmes sociaux. Nous avons travaillé avec les habitants et le logeur 13 Habitat et l’antenne des Lierres s’est développée grâce au financement de l’ensemble des partenaires de la politique de la ville pour mener à bien les actions sur ce territoire. Aujourd’hui, nous avons mis en place un secteur enfance avec un centre loisir, un secteur jeunes avec des activités (soutien scolaire, club de prévention, club de paroles), un secteur famille, un dispositif Moov (mobilisation et orientation vers l’emploi), un point santé (avec un psychologue). » Mais sortir du périmètre prioritaire de la politique de la ville signifie la suppression de ces actions. Sauf pour certaines d’entre elles, qui doivent être affectées sur les autres centres : « Notre centre est porteur de ces dispositifs santé et Moov. La préfecture nous propose de les maintenir, c’est-à-dire de financer nos salariés pour qu’ils interviennent sur les autres territoires de la politique de la ville. Les salariés de l’antenne des Lierres vont travailler pour d’autres populations, mais pas sur la cité des Lierres. »


Les Riches chez les riches, les pauvres, chez les pauvres !

Ainsi cette nouvelle réforme, dans son application, oblige les personnes les plus démunies des quartiers « riches ou moins pauvres », à se rendre sur les territoires prioritaires (chez les pauvres, en gros) pour pouvoir bénéficier de dispositifs sociaux. Si on y réfléchit bien, c’est un peu, les riches chez les riches et les pauvres chez les pauvres ! C’est aussi la conclusion à laquelle est parvenu Eric Serre, directeur du centre social La Garde, à la Rose (13ème) : « Notre centre social est basé sur le territoire du bassin de la Rose, et nous avions une action sur l’ensemble du bassin, et en direct avec la cité de la Garde puisque nous sommes implantés dans la cité. Or cette cité, sort du périmètre prioritaire. Ce qui signifie que demain, nous pourrons toujours bénéficier des financements de la politique de la ville, mais il faudra justifier à qui s’adressent les actions, et il faudra que nos actions s’adressent aux habitants des autres quartiers que celui de la Garde qui concerne 1500 habitants. Nous sommes dans une situation aberrante. De plus, cela va à l’encontre des objectifs de la politique de la ville qui visent à la mixité sociale des quartiers, le brassage, et à favoriser la différence. En fait, les pouvoirs publics renforcent une politique d’exclusion, de repli sur soi, d’entre soi. Or nous travaillons, au centre social de la Garde, sur le concept de participation des habitants. De plus, nous ne pouvons pas avoir l’appui de notre mairie de secteur qui est passée au FN, avec Ravier. »


Une usager du centre Mer et colline, désormais salariée est venue témoigner

Laurence Voiet, de Bois Lemaître et des Lierres pointe également les incohérences du nouveau système : « Je pense que cette réforme visait à globaliser les zones de précarité et à éliminer les poches. Si on sort de la géographie quartier prioritaire, on estime à 200 000 euros la perte de financement pour le centre des Lierres. Ce qui touche, à court terme 4 salariés en CDI et à moyen terme cela signifie la fermeture de la structure des Lierres, soit 9 salariés licenciés. C’est assez incohérent, car notre centre Bois Lemaître et l’antenne des Lierres, viennent d’être reconduits pour 4 ans, dans leur agrément CAF. » Leur travail est donc bien reconnu par les partenaires publics qui, par ailleurs signent la disparition de l’antenne des Lierres…. La conclusion revient à Gaële Berge, de l’Union des Centres Sociaux : « Ce découpage est problématique, Les chiffres utilisés n’ont pas été ceux de 2014 pour calculer le revenu médian. Or nous sommes sur des territoires qui aujourd’hui bougent très vite, avec la crise économique, on peut aussi être sur des territoires qui sont en train de s’appauvrir, or ils ne sont plus considérés comme prioritaires. »

 

 

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