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Logement Saint-Mauront : pour vivre mieux, vivons groupés ?

9 décembre 2011

L’habitat groupé ou participatif est une manière de vivre autrement ensemble. A Marseille, un projet porté par la société Toits de choix, basée à Montpellier, concerne 15 logements en immeuble dans le quartier, classé ANRU, de Saint-Mauront (IIIe arrondissement). La première phase de réflexion s’achèvera samedi 10 décembre. A la clef : un montage de projet immobilier nouveau, sans promoteur, des logements hautement écologiques, des espaces communs à partager, une solidarité accrue entre habitants. Ce doux rêve pourra-t-il voir le jour et des habitants de Saint-Mauront pourront-ils en profiter ?


 

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L’habitat groupé ou participatif n’est pas une idée neuve en France, mais elle semble faire, ces derniers temps, son petit bout de chemin dans l’Hexagone. Après quelques essais de taille modestes, réussis d’ailleurs, en France, à Vanves par exemple en région parisienne, dans les années 1980, ce type d’initiatives semblait s’être arrêté. Davantage répandue dans les pays nordiques, au Danemark ce type d’habitat représente 5 %, traditionnellement plus prêts à des expériences collectives, elle est aujourd’hui soutenue dans le Sud-Est par un Allemand d’origine, Stefan Singer, et ce qui n’est pas un hasard. L’idée est la suivante : « Des particuliers se regroupent afin de concevoir, de financer et de réaliser ensemble un projet immobilier. » Premier intérêt : la liberté de concevoir son propre logement selon son idée et ses moyens. Une possibilité qui « n’existe pas sur le marché conventionnel, avec une offre forcément standardisée ». Autre nouveauté pour les Français, peuple hautement individualiste, « des équipements et espaces mutualisés », c’est-à-dire en commun, sont prévus. On peut imaginer, des salles polyvalentes pour tous les habitants de l’immeuble ou du hameau ou un espace commun dédié à la buanderie, comme cela se pratique dans les pays du Nord ou encore des aires de jeu, des chambres d’amis… Enfin un voisinage plus en solidarité : « Les habitants rencontrent leurs futurs voisins bien avant l’emménagement et partagent avec eux l’histoire passionnante de la conception et de la réalisation de leur projet d’habiter autrement. C’est un voisinage choisi au lieu d’un voisinage subi. »

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Stefan Singer, responsable de Toits de choix

« Les citoyens deviennent promoteurs »

C’est surtout pour Stefan Singer, responsable de l’entreprise « de Conduite de projet et conseil pour collectifs d’Habitat groupé », Toits de choix : « Une façon de ne plus être seulement consommateurs de notre logement, mais aussi de devenir acteurs ». A Saint-Mauront, la phase d’études et de réflexion avec les futurs habitants s’achèvera samedi 10 décembre. Si un nombre assez significatif d’habitants donnent leur accord pour se lancer dans l’aventure, la phase de conduite du projet pourra démarrer. Début novembre, huit foyers étaient intéressés. Toits de choix a réussi à retenir le terrain proposé par l’EPFR (Établissement Public Foncier Régional) PACA, en concertation avec la Ville de Marseille, jusqu’en juin 2012 où un permis de construire devra être donné.

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Atelier de réflexion sur le projet

Un projet social ?

Alors à Saint-Mauront, est-ce un projet social ? A première vue non. Mais, à y regarder de plus près, la dimension sociale est intrinsèque au projet. Lorsqu’on interroge Stefan Singer, il estime que le mot social, exprime avant tout un projet de société porté par chacun. Et c’est certain qu’habiter de cette façon change notre rapport aux autres habitants, ce qui n’est déjà pas si mal. De la solidarité trans-générationnelle peut même survenir. «  De nombreuses personnes âgées par exemple ne veulent plus vivre seules, et certaines pensent à ce type d’habitats. De la même façon pour les femmes seules avec enfants » explique Stefan Singer.

Et Christine Charnay-Heitzler, de l’association Habitat Alternatif Social, présente à la réunion de jeudi dernier s’est montrée très intéressée. « Un projet social, c’est un projet qui fait société. Quand on parle de logements sociaux, il y en a plusieurs, cela peut aussi concerner des gens qui ont un minima de 2 000 euros de revenus mensuels. Le problème, c’est que l’on réduit le social aujourd’hui à précarité et pauvreté ».

Projet de bobos ?

Serait-ce un transfert de bobos en plein quartier sensible ? « C’est certain que les gens qui vont signer pour le projet doivent savoir où ils vont habiter » explique Christine Charnay qui y voit cependant un grand intérêt : « L’intérêt d’un tel projet, est la solidarité entre les habitants. L’habitat individuel n’est pas toujours la solution dans le social, je le vois dans ma pratique de tous les jours, le groupe est souvent porteur de solutions. L’habitat groupé peut convenir aux personnes les plus vulnérables qui ont besoin de vivre ensemble, ou des personnes confrontées à l’absence de liens ou des liens ‘insécures ‘. Je pense que dans ce type d’initiatives la question de la solidarité est essentielle ». Sur ce dossier de Saint-Mauront proprement dit, Christine Charnay est pour l’instant simple observatrice : « Moi, mon rôle est de monter des projets, de faire le lien entre des gens qui ont un projet, des besoins que l’on constate nous, et des financeurs qui éventuellement seraient intéressés par autre chose. Mais les bailleurs sociaux sur ce type de projets de 15 logements, c’est trop petit pour eux. »

Quelles seraient donc les solutions possibles ? Christine Charnay en entrevoit plusieurs : « Les associations peuvent aussi inventer des choses, il peut y avoir des prêts accordés aux habitants pour faire partie du projet. On peut aussi demander à un bailleur social ou éventuellement à la Fondation Abbé Pierre, d’avoir une participation financière. Mais effectivement, le projet va correspondre à des individus particuliers au sein de la population qu’accueille HAS, Habitat Alternatif Social. La condition est que les gens participent au projet. Même si on peut les aider au début, à AHS, ils ne sont pas assistés, ils sont accompagnés vers l’autonomie, ils devront être à même tous les mois de payer un loyer. Nous logeons environ 160 logements par an. On regarde ce type d’opportunités en logement, on se demande ce que ça peut apporter au public, si nous on va savoir faire avec, et à ce moment-là on y va. Notre métier est de manier le social et l’immobilier. »

Et Stefan Singer de souligner en réunion que le périmètre Saint-Mauront est en pleine mutation. Situé en plein projet ANRU, le quartier va en effet changer de visage.

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des futurs habitants

Deux nouveaux futurs habitants qui ont déjà donné leur accord semblent de toute façon concernés par la mixité sociale. Annie-Claude Chillet, future habitante, ancienne directrice d’un centre social à Miramas est tout à fait consciente de son futur environnement : « C’est un vrai quartier populaire, qui a une histoire, et la bonne surprise au fil des réunions, c’est que les gens intéressés ont envie de vivre avec des gens du quartier. J’ai été à Saint-Mauront à une réunion de quartier et j’ai été étonnée de l’accueil des habitants et des enfants. Moi, j’y crois ». De fait, lors des précédentes réunions, les futurs habitants ont exprimé leur souhait «  d’intégrer notre projet dans la vie de ce quartier. Une salle au rez-de-chaussée pourrait être destinée à des réunions associatives, à une coopérative d’achats et à d’autres activités ouvertes aux voisins. »

Quant à Philippe Kreitman, membre de l’association Habitat groupé 13, et futur habitant, il estime que : «  J’habite déjà le quartier Saint-Charles, la mixité sociale est ce que je recherche. Je n’aurait pas forcément choisi Saint-Mauront, mais cela me convient. Au départ, j’étudiais les possibilités habitats groupé. Cette formule me correspond parce que c’est le groupe qui monte ensemble le projet, ce n’est plus de la propriété individuelle. En plus, juridiquement, il peut avoir plusieurs formes, comme la coopérative, dans ce cas, les habitants ne peuvent pas vendre n’importe comment, il n’y a pas de plus-value possible à la revente par exemple. »

Pour le volet financier, Stefan Singer insiste sur le fait que « l’autopromotion coûte moins cher. Sans passer par des intermédiaires, ni la marge du promoteur, les économies réalisées sont de 15 à 20% par rapport à un logement du marché privé à qualité égale. Ce sont des véritables projets d’économie citoyenne. ». Enfin, la partie écologique n’est pas non plus négligeable : l’immeuble sera bioclimatique.

Dans le Sud-Est, Toits de choix concocte d’autres projets comme un projet d’Habitat groupé bioclimatique qui concerne trois groupes de 3 à 5 logements au Hameau des Terres Blanches à Pierrevert, près de Manosque. La phase de discussion débutera à l’été 2012. A Aix-en-Provence, un autre projet d’habitat groupé, déjà très avancé, se heurte malheureusement au coût du foncier. D’autres réalisations sont aussi en cours, un peu partout en France.

Journée d’atelier sur inscription : Samedi 10 décembre : économie, gestion et montage juridique de 10h à 17h à l’APEAS, 28 bd National, 13001 Marseille, 9h30 pour ceux qui souhaitent une information générale. http://www.toitsdechoix.com

 



 

 

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