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Librairie Transit, des libraires militants

3 octobre 2013

Fonctionnant sans subvention, tenue par des passionnés, proposant une offre de livres pointus, politiques ou critiques sur la société, la librairie Transit s’est imposée dans le paysage marseillais. On croise ces libraires, un peu partout. Ils se déplacent avec leur lot d’ouvrages critiques souvent là où l’on s’attend le moins, lors de débats, manifestations et permettent de prendre un peu de hauteur sur les évènements. Rencontre…


 

Désormais située sur le boulevard Libération, la librairie Transit a été fondée, en juin 2011, par quatre passionnés de livres et militants politiques anticoloniaux et anti-impérialistes, au sens large. Désireux de combler un vide à Marseille depuis la disparition de la librairie Païdos du cours Julien, ils souhaitaient poursuivre un travail de librairie indépendante et engagée, sous forme associative.
Aujourd’hui, le projet est porté par Michel Touzet, un ex de Païdos, Elodie Debureau, bibliothécaire, Alain Castan, membre du NPA et l’artiste Muriel Modr, également fondateurs de la petite maison d’édition artistique La Courte Echelle. Depuis le printemps 2012, l’association a réussi à créer un emploi salarié. Mais, on le sait, la situation économique reste fragile.

Une librairie itinérante au départ

Leur aventure est celle de passionnés et de militants. Au début, sans local pour accueillir le public, ils plantent leur stand sur diverses manifestations politiques, culturelles ou militantes. Et la formule prend peu à peu. Ils font leurs premiers essais le temps du festival Paroles de Galère de 2011 dont le thème était Franz Fanon et rencontrent un public curieux. Puis, ils poursuivent en 2011 et 2012 et s’installent régulièrement lors de rencontres ou débats comme au centre social l’Agora, à l’Equitable café, dans un squat culturel à la Plaine ... C’est une façon d’aller « vers les gens ». « Nous disposons de beaucoup de livres qui se rapportent aux quartiers populaires ou à l’immigration, un livre permet de prendre un peu de hauteur face à ses problèmes, et d’avoir peut-être une réflexion politique sur la chose », commente Michel Touzet.



Territoires où le livre est absent

En 2012, ils participent au forum mondial alternatif de l’eau, et « ce sera un détonateur ». Ils sont également invités au festival de jazz de Vitrolles en 2012. « Ces gros évènements ont permis d’avoir un rentrée d’argent assez importante pour stabiliser financièrement nos activités », explique Michel Touzet. Lors de manifestations dans des quartiers « populaires », leur présence est souvent remarquée, comme au moment du dernier festival Paroles de Galère à La Busserine. « Ce sont des territoires, où il n’y a plus de presse, plus de bibliothèques. Les familles précarisées n’ont souvent pas beaucoup de livres à la maison. Mais il y a une curiosité, devant nos stands. Il faudrait qu’à nouveau, des points presse dans ces quartiers puissent renaître. Je ne parle même pas de librairie, parce que ce serait une activité à perte. Les habitants n’ont malheureusement pas d’argent, non pas qu’ils ne s’intéressent pas au livre, mais entre manger ou acheter un livre à 15 euros, le choix est vite fait. Ils n’ont donc plus que la télé ».

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Michel Touzet de la librairie Transit


Sélection de milles livres

Depuis, ils maintiennent cette activité de librairie itinérante, mais disposent désormais d’un local ouvert au public, boulevard de la Libération. Sur place, la librairie propose une sélection d’un millier d’ouvrages, « un éventail le plus large possible de livres et d’essais critiques sur la société. » De nombreuses publications sont ouvertement politiques comme celles qui émanent des éditions Libertalia, des Editions Libertaires ou de l’Echappée. « Nous essayons d’avoir un champ politique étendu, qui va, pour résumer, du Front de Gauche à l’autonomie, en passant par les anarchistes, communistes, les libertaires, etc.… ».

Maisons d’éditions régionales

Ils font aussi la part belle aux maisons d’édition régionales, telles que le Diable Vauvert, la Courte Echelle, L’Atinoir (maison d’édition marseillaise, spécialisée, sur le monde sud-américain), Agone, Le Chien rouge (du journal CQFD). Ces titres côtoient aussi des éditeurs plus conventionnels, comme Actes Sud ou La Découverte. Des livres, revues, BD, essais, quelques romans, et de la poésie se partagent l’espace. La Librairie diffuse ainsi plusieurs revues d’analyse, telles que Mouvement social ou la revue algérienne bilingue d’études et de critique NAQD. Un rayon bandes dessinées offre un panel d’ouvrages différents, comme la dernière création du dessinateur Marseillais Kamel Khelif, « Premier Hiver », relatant tout en poésie ses premières années dans les bidonvilles de Marseille.

Textes de l’autre côté de la Méditerranée

L’un des enjeux et des envies de Transit, pour le moins complexe, est de réunir des textes provenant des pays de l’autre rive de la Méditerranée. « De favoriser une pensée critique qui vient du Sud non occidental, comme le Maghreb, l’Afrique ou le Liban ». Mais, il est difficile aujourd’hui de trouver une production déjà traduite ou publiée en français. Dans ce sens, la librairie travaille avec une maison de diffusion de textes du Maghreb et du Liban « L’oiseau indigo », et Actes Sud « qui, sur le Moyen Orient reste la maison d’édition qui publie le plus de choses », résume Michel Touzet.



Le coup du cœur du libraire

A la question, quel est l’ouvrage qui vous souhaitez mettre en avant, en ce moment ? Le libraire Michel Touzet répond, « La Peste brune », de Daniel Guérin, un ouvrage réédité mais toujours important. Il citera aussi « Le Manifeste des chômeurs heureux », paru au printemps 2013, dans les éditions Libertalia. De son côté, le blog de la librairie met l’accent sur le polar « Rosa » de Jonathan Rabb paru en 10/18, « Une enquête criminelle sur un tueur en série autour de l’assassinat de Rosa Luxemburg ». Ou « Paris sans son peuple », d’Anne Clerval aux Editions La Découverte, une analyse de la gentrification de Paris, théâtre depuis plusieurs décennies, d’un embourgeoisement des quartiers populaires, mené par la gauche.

Pain nu, le roman du marocain Mohamed Choukri

Autre « coup de cœur », le roman de Mohamed Choukri, « Pain nu », réédité aux Editions Maspero Points. « Récit autobiographique où l’auteur raconte son enfance et son adolescence au Maroc marquée par la misère et l’exil. « Ce classique de la littérature marocaine traduit en français par Tahar Ben Jelloun, est paru en France en 1980, il a été interdit au Maroc jusqu’en 2000, cette censure était motivée par l’évocation des expériences sexuelles multiples du narrateur. »
Mais bien entendu, chaque lecteur sera libre de trouver sa pépite en se rendant à la librairie, peut-être à l’occasion des nombreuses soirées et rencontres avec des auteurs.

Transit Librairie : 45 bd Libération. Marseille 1er. Ouverture de 14h à 19h, du mardi au samedi M° Réformés

Site web : http://transit.librairie.over-blog.com / Contact mail : transit.librairie@gmail.com

 



 

 

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