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Les personnes âgées immigrées : les oubliées du système

13 octobre 2011

Co-auteur d’une thèse en ethno-gérontologie qui sera bientôt éditée par les Presses Universitaires Européennes, le médecin généraliste, Adamo Doumbia, s’est penché sur le sort réservé aux personnes âgées dépendantes d’origine étrangère. Son constat issu du terrain est alarmant : plus de 80 % des 1,8 millions de personnes âgées immigrées vivent dans des foyers de travailleurs, totalement inadaptés à leur situation. A peine 3 % d’entre eux ont accès aux EPAD, Etablissement d’hospitalisation pour Personnes Agées Dépendantes. Il prône comme solution : la mise en place d’EPAD dédiées aux Chibanis et un encadrement de l’établissement prodigué par des professionnels multiculturels.


 

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Le Dr Adamo Doumbia, co-auteur d’une thèse en ethno-gérontologie, avec le Dr Philippe Puech. Photo : Yllies Mokhtari Copyright Med’in Marseille.

Le problème de la prise en charge des personnes âgées dépendantes issues de l’immigration est épineux. Nourris d’une totale absence de politique en ce domaine, la France et les immigrés eux-mêmes ont longtemps cru à un retour au pays d’origine pour leurs vieux jours. « Les gouvernements et les politiques français sont tombés dans le rêve du retour de l’immigré au pays pour sa retraite ». Or la réalité de vie a été tout autre. «  Aucun des pays d’origine, précise le docteur Doumbia ne prend en charge médicalement ces personnes dépendantes, comme pourrait le faire les professionnels français. Les immigrés âgés ne peuvent donc pas rentrer. De plus, la sécurité sociale n’a pas d’égale dans ces pays d’origine ». Aujourd’hui les personne âgées issues de l’immigration sur le sol français, « dont la plupart ont en commun la religion musulmane et sont natives des anciennes colonies françaises » sont donc en grande majorité seules face à elles-mêmes. «  J’ai un malade aveugle qui vit dans 6 m², dans un foyer Sonacotra » prend comme exemple le médecin.

«  La personne immigrée âgée se trouve donc bloquée dans ses deux rêves. Un rêve du retour au pays empêché par la vieillesse qui impose des soins et des plateaux techniques appropriés et l’autre rêve aussi brisé, d’accéder aux EPAD, faute de moyens financiers », analyse le docteur Doumbia. Résultat : seuls, sur le sol français, 6% d’entre elles sont gardées à domicile et 3 % ont accès à un EPAD. En cause, des retraites insuffisantes. De plus, les familles modernes issues de l’immigration comme les familles françaises, gardent de moins en moins leurs aînés dépendants à domicile. Seuls, 6% d’entre eux le sont.

Accompagnement respectueux des aînés

Rappelant le décret de 1999 relatif aux modalités de tarification et de financement des établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes, porté par le gouvernement Jospin, le docteur Doumbia précise « qu’elle garantit en terme de prise en charge des personnes la personne reçue en EPAD qui doit se sentir respecter dans sa dignité, dans sa citoyenneté, dans sa croyance et ses convictions politiques. Notre devoir est l’accompagnement noble, respectueux, dignes de nos aînés », clame haut et fort le praticien.

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Le Dr Adamo Doumbia, une grande personnalité marseillaise. Photo : Yllies Mokhtari Copyright Med’in Marseille

Rompu aux problèmes médicaux des personnes âgées dépendantes, Adamo Doumbia a relevé que la mémoire des personnes, souffrant d’Alzheimer ou d’AVC qui induit les mêmes symptômes est sélective. En effet, si les individus ne se souviennent pas des faits présents (par exemple qu’ils ont des enfants), en revanche ils peuvent très bien se rappeler des faits passés qui remontent à leur jeunesse ou à leur enfance et là dans des structures traditionnelles franco-françaises nul n’est capable, ne connaissant ni leur langue, ni leur culture, de les accompagner dignement.

« Pour bien soigner ces personnes, c’est très difficile il faut les connaître, appréhender leur culture ». Pourtant, selon les lois votées depuis 99 suivant lesquelles la personne âgée doit être respectée, il est primordial de respecter son goût, ses croyances, ses loisirs. Et les structures architecturales doivent être adaptées. « Or aujourd’hui en EPAD, rien n’est prévu pour la prière des Musulmans, par exemple. Nos études ont révélé que c’étaient, en effet eux qui formaient l’essentiel du nombre des personnes âgées issues de l’immigration. » « C’est donc important que le personnel connaisse leur culture, il faut du personnel au moins biculturel, ce qui ne signifie pas obligatoirement un médecin ou un infirmier étranger, mais quelqu’un qui a aussi côtoyé d’autres cultures. »

« J’ai fait l’état des lieux en France et en Europe de la situation des aînés immigrés. Les Allemands ont compris le problème, l’Irlande, la Hollande, la même chose. Ces pays possèdent des centres adaptés aux immigrés. Au point que nous, Français, nous avons dix ans de retard en la matière. Pour moi, le fait qu’il existe de tels établissements en France serait la solution ». A la question de savoir s’il faut instaurer des résidences pour personnes âgées spécifiquement réservées aux Musulmans, le docteur Doumbia qui a envisagé le problème sous plusieurs angles, en pointant la spécificité des maux dont souffrent les aînés dépendants, estime que les projets d’animation doivent être ciblés en fonction de la population des aînés. « Compte tenu du besoin et de la réalité du terrain, la réponse la plus adéquate serait de créer de nouveaux EPAD plutôt que de rafistoler les anciens pour répondre aux besoins des Musulmans, nous pensons qu’il est important que ce soit des structures spécifiques pour les Musulmans mais qui puissent rester ouvertes à qui veut entrer. »

 

 

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