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Les migrations en Méditerranée décortiquées par les chercheurs de la MMSH

26 mai 2010

Après des ateliers sur les « mémoires et migrations en Méditerranée » et sur les « Cosmopolitismes en Méditerranée », les chercheurs des différents laboratoires rattachés à la MMSH planchaient sur les questions de « Circulations de travail et migrations » dans le cadre du programme de recherches MIMED « Lieux et territoire des migrations en Méditerranée ». Toujours dans le but d’apporter des éléments de réponses à travers les différentes disciplines et de développer une interconnaissance sur les questions migratoires qui se complexifient. Résumé des interventions autour des travaux de recherches.


 

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Cristina Nizzoli et Nicolas Jounin

« Les migrations évoluent au cours du temps » souligne en introduction Delphine Mercier, chargée de recherche en sociologie du travail au Laboratoire d’économie et de sociologie du travail (LEST), en évoquant l’un des facteurs les plus significatifs dans la compréhension de l’évolution des migrations : le processus économique. « C’est par exemple la crise du café dans les années 90 au Mexique qui a provoqué un mouvement migratoire ». Au XIXème et XXème siècle, dans la région PACA et plus particulièrement aux alentours de Marseille, c’est la révolution industrielle qui a favorisé l’arrivée des travailleurs migrants à l’image des italiens ou des Algériens. Pour nourrir et affiner les schémas explicatifs de ce processus migratoire, l’histoire socio-économique semble être un plus pour Xavier Daumalin, enseignant chercheur à l’IUFM. « Les enquêtes industrielles permettent par exemple d’affiner les recherches sur la répartition par branche des ouvriers immigrés » explique-t-il. En 1881, Emile Témime donnait le chiffre de 50 000 ouvriers italiens, soit 59% de population totale ouvrière. Avant la première guerre mondiale, les ouvriers maghrébins étaient aussi cantonnés dans certaines activités. 400 ouvriers algériens étaient recrutés dans les huileries marseillaises, 300 dans les raffineries et 800 dans le BTP, soit 2000 algériens au total, « ce qui en faisait la 2ème communauté après les italiens » résume l’historien.

La poussée industrielle à l’issue des deux révolutions industrielles (1830-1850) et (1880-1930), constitue l’une des raisons explicatives de ces mouvements migratoires au cours desquelles les populations immigrées se sont installées vers le littoral là où se sont implantée une multitude d’industries chimiques qui ont notamment stimulé la production minière. « La première cité minière fût Fuveau » poursuit Xavier Daumalin avant d’expliquer que certains emplois étaient donnés à la main d’œuvre immigrée parce que les français refusaient de s’exposer aux dangers et de faire des métiers « si déqualifiés ».

La place et le rôle des femmes immigrées dans l’industrie ont également été évoqués. Avant la première guerre mondiale elles furent très nombreuses à Marseille. Elles représentaient 23% de la main d’œuvre dans les raffineries de sucre et 86% de la main d’œuvre dans les filatures. Ce fût surtout le fait des femmes immigrées italiennes.

« L’histoire des entreprises peut apporter à la connaissance des mobilités et circulations des migrants » conclut l’enseignant chercheur à l’IUFM en évoquant aussi les « frères Pastré » qui n’ont pas hésité à ramener avec eux des ouvriers immigrés tunisiens.

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Swanie Potot et Beat rice Mesini

Encadrement, gestion et contrôle des flux migratoires

L’internationalisation et la construction de l’Europe des 27 ont fait évoluer le monde du travail et la place que tiennent les étrangers. « L’ouverture progressive des marchés de l’emploi ont modifié la nature même des migrations économiques ». C’est ce que met en évidence Emmanuelle Hellio, doctorante à l’Urmis Nice dans un article publié dans la revue Etude Rurales et intitulé « Importer des femmes pour exporter des fraises (Huelva) ». Cette dernière met en avant le parcours de saisonnières marocaines en Andalousie et leurs conditions de travail dans cette agriculture industrielle « dont le système d’exploitation est proche de la traite, dans la culture des fraises à Huelva en Andalousie ». Des conditions de travail que l’on retrouve selon elle, dans certains coins du sud de la France.

En effet, à Huelva, depuis 2000 les exploitants de fraises peuvent employer des saisonniers étrangers pour récolter leur production. C’est ce que permet le système des « contrats en origine ». Ce ne sont pas moins de 12 000 femmes qui ont été embauchées dans ces conditions mais recrutées avec un certain profil c’est-à-dire « des femmes d’âge moyen, ayant des obligations familiales dans leur pays d’origine » afin de maximiser leur retour une fois la saison terminée. C’est ce qu’ils appellent la « migration circulaire ».

« La main d’œuvre serait volontairement laissée dans la précarité de façon à l’empêcher de s’installer durablement ... »

« En créant une précarité juridique légale et en se servant des inégalités économiques entre pays, le recrutement « en origine » permet de fournir la main-d’œuvre abondante, flexible et bon marché indispensable à la rentabilité de cette production agricole sous serre » explique-t-elle dans ce même article. Les discours de l’Union Européenne sur les questions d’immigration économique sont paradoxaux insiste la doctorante. « Une volonté de fermer officiellement les frontières et en même temps une volonté de recourir à la main d’œuvre immigrée » puisque depuis 2000, la commission européenne développe les migrations économiques temporaires tout comme l’organisation internationale du travail (OIT), le Bureau international du Travail) BIT ou encore l’organisation de coopération et de développement économique (OCDE). « Les discours des politiques sont durs mais dans la mise en oeuvre la politique est souple sur le terrain. C’est une politique de laisser faire qu’il faudrait analyser » insiste à son tour Swanie Potot (Urmis) co-auteur de l’ouvrage « De l’ouvrier immigré au travailleur sans papiers ». En effet « la main d’œuvre serait volontairement laissée dans la précarité de façon à l’empêcher de s’installer durablement comme le permettent les concepts de « circulation migratoire », et de « migrations temporaires » à travers les contrats saisonniers qui vont jusqu’à faire disparaître la figure même de l’immigré. »

De son côté Béatrice Mésini, chercheure CNRS-Telemme, évoque les souffrances engendrées par le travail et notamment les souffrances familiales de ces populations « mises au service de nos économies » souligne-t-elle avant d’affirmer que « toutes ces politiques n’y sont pas pour rien et que tout cela est orchestré. Ces flux migratoires sont en train de déstructurer le système autonome dans les pays de départ » fait-elle constater.

Dans un tout autre domaine, Mickael Da Cruz, thésard analyse le processus migratoire à travers le cas de l’étudiant et du migrant téléopérateur à Monterrey (Mexique) et San Salvador (El Salvador). Les centres d’appels bilingues sont sources de création d’emplois (35%/ an). Au Mexique ce secteur emploie 400 000 personnes, à San Salvador 9000, faisant de la langue anglaise, un capital culturel important. Sans cesse à la recherche de migrants, les agences de télécommunications à San Salvador en particulier, n’hésitent pas à faire appel aux jeunes salvadoriens nés aux USA maitrisant la langue américaine et attachés à leur pays d’origine. Ce fût l’objet en tout cas du plan « Meet your roots » en 2006 qui « cherchaient à faire revenir les fils de salvadoriens dont une majorité est installée à Los Angeles ». Ce plan s’est révélé être un échec « bien que l’idée était bonne » résume Michael Da Cruz qui insiste également sur le fait que ce métier de téléopérateur offre à certains jeunes issus de « bandes ou de gangs » et parfois entièrement tatoués, des opportunités professionnelles. Les tatouages représentent souvent un frein dans la carrière professionnelle de celui qui les porte car il faut savoir que chaque tatouage fait office de « CV » en représentant des épisodes vécus au cours de leur vie. Ce métier de téléopérateur ne l’expose pas visuellement lui permettant ainsi de faire carrière même s’il est « implicitement » avéré qu’ils ne peuvent pas évoluer au sein de l’entreprise.

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La lutte des « travailleurs immigrés » à travers la syndicalisation au XIXème siècle et les mouvements de grève des « travailleurs sans papiers » au XXIème siècle

Le processus de syndicalisation des ouvriers italiens au XIXème est beaucoup plus connu que celui des ouvriers maghrébins qui reste d’ailleurs à étudier. Avis aux thésards !

L’histoire de la syndicalisation des ouvriers italiens reste marquée par une date significative : 1894, année au cours de laquelle 2600 ouvriers des quartiers Saint Henri, de la Viste, de l’Estaque et jusqu’à Aix-en-Provence vont imposer un mouvement de grève qui durera deux mois. C’est à cette période que nait un syndicat français et italien qui réclame alors une hausse des salaires et une sorte de contrôle tacite de l’embauche par le syndicat. Cette lutte s’est faite grâce à une solidarité sans faille des ouvriers français et italiens. Au cours de la grève, ils ont reçu la visite de socialistes marseillais, un mouvement de grève qui se détache du mouvement des années 1880-90 qui lui fût un échec total nous apprend Xavier Daumalin.

Aujourd’hui, l’ouvrier immigré est souvent un travailleur sans papier, les luttes vont donc se focaliser de prime abord sur une demande de régularisation. On assiste aujourd’hui à une forme nouvelle de régularisation qui repose en effet sur l’adoubement de l’employeur. Les exemples ne manquent pas. Au cours des années 2006-2008, les travailleurs ne vont plus faire des grèves de la faim mais des grèves de travail. « En mai 2008 un premier acte de grève permet de régulariser 2800 personnes » souligne Nicolas Jounin, Sociologue, maitres de conférence à Paris 8, co-auteur d’un article publié dans la revue « Les mondes du travail » et intitulé « Travailleurs sans-papiers : la précarité interdite. » En 2006, une grève des travailleurs sans papiers, cuisiniers à Buffalo Grill a poussé l’Etat à les régulariser. Ceux qui furent « adoubés » par l’employeur ont en effet été régularisés comme l’ont été 5 autres cuisiniers travaillant dans un prestigieux restaurant parisien, qui eux, furent régularisés à partir de leur carte « salarié ».

L’année prochaine le thème « Frontières et migrations en Méditerranée » sera l’objet d’un grand colloque organisé à Jérusalem.

 



 

 

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