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Les frontières et leur Anti Atlas

16 janvier 2014

« AntiAtlas des frontières » est la dernière exposition proposée par La Compagnie, seule espace d’art contemporain sur le périmètre Belsunce, dans le premier arrondissement de Marseille. Cette vaste proposition artistique et multimédia met en perspective la question des frontières partout dans le monde. Installations, photos, films, jeu vidéo, sites internet, la question des frontières est ici traitée par des artistes sous la houlette de l’anthropologue Cédric Parizot. Des installations tantôt ludiques, tantôt glaçantes, de la documentation des espaces de Migreurop et de Watch the Med posent la question de la frontière et ce que ce mot englobe dans notre monde aujourd’hui, avec son lot de désolation et d’absurdité.


 

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Image extraite du film Samira de Nicolas Mai

Des murs qui se dressent pour empêcher le passage des clandestins dans certains endroits du monde, l’hyper technologie poussée à l’extrême pour protéger ses frontières, les drones que l’on envoie surveiller son voisin, la porosité des frontières, le parcours intime des migrants, on le voit la nouvelle déclinaison de la question des frontières dans notre monde est multiple. Et frise souvent l’absurde à grand renfort de nouvelles technologies. L’installation « AntiAtlas des frontières » à La Compagnie résonne étrangement dans l’actualité et livre diverses réflexions sur la question. Pour Paul–Emmanuel Odin, l’un des responsables du lieu, et co-programmateur de l’exposition : « Le projet essaye de faire le point sur ce thème symptomatique de la mutation de la société mondialisée actuelle où après la chute du mur de Berlin en 1989, on a cru qu’il y avait une disparition des frontières. L’évolution numérique et la mondialisation font croire à une évanescence des frontières, pourtant, il n’y a jamais eu autant de murs physiques qui se sont construits, comme entre Israël-Palestine, Mexique-Etats-Unis, Maroc-Espagne, Corée du Nord-Corée du Sud, etc. Cette exposition porte cette réflexion, celle de la surveillance notamment. »

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photo de Stéphane Mangriotis, tirée de la série Europe Inch-Alla

Dès le départ, la Compagnie a été un lieu de travail d’artistes et de production d’exposition, et, située non loin de la porte d’Aix, elle s’est immergée au cœur du quartier et tient à être un lieu ouvert pour les habitants tout en restant un espace d’expérimentation artistique pointu. Par le biais d’ateliers, de contacts avec les centres sociaux, les écoles et les associations, elle fait participer les riverains. « Sur les quatre grosses expositions que nous produisons chaque année, au moins une est dédiée au quartier, soit de façon thématique sur les questions de migrations par exemple, ou sur l’image de la femme arabe, sur l’imagerie coloniale avec l’exposition France-Algérie, et l’an dernier une exposition dédiée à l’enfance qui a fait un buzz auprès du public. En 2014, nous avons l’AntiAtlas des frontières et en fin d’année un projet sur la géographie des histoires entre la France et l’Algérie », précise Paul–Emmanuel Odin
« Nous proposons des ateliers dédiés aux personnes du quartier. Mais pas uniquement, nous ne voulons pas être dans un enfermement communautaire. Souvent, nous montons des ateliers mixtes. En novembre et décembre, nous avons mené un atelier sur des détournements de poupée qui comportait autant des riverains que des jeunes artistes. Nous tenons à cela. Parce qu’il y a un effet de classe sociale, surtout avec la culture ». La Compagnie tient donc à rester un lieu non élitiste où chacun peut venir, même s’il ne connaît rien à l’art contemporain pour découvrir, aimer, ne pas aimer, ressentir, réfléchir comprendre ou même ne pas comprendre... Paul-Emmanuel Odin explique d’ailleurs que la consigne données pour les visites accompagnées, « est de dire le moins possible au préalable, que chacun ait une expérience nue des œuvres ». Vient ensuite « la phase de réaction, de discussion au cours de laquelle nous pouvons apporter des éléments historiques ou esthétiques ce qui permet alors de pouvoir regarder autrement et à partir duquel chacun peut se forger son goût ».

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installation de Ken Rinaldo sur les drones

Le visiteur pourra donc à loisir piocher dans la dernière exposition « Anti Atlas des frontières » et se constituer son avis sur la question. Quand on se rend dans l’exposition, une première photo d’imposant formant en noir et blanc frappe l’œil. Sur un littoral désolé, celui de Patras, à l’Ouest de la Grèce gisent des matelas et autres affaires abandonnées par les migrants. Cette photo de Stéphane Mangriotis, tirée de la série Europe Inch-Alla est le signe de leur présence de ces migrants venus d’Afrique et du Proche-Orient sur la côte grecque. A côté, une étrange installation robotique de Ken Rinaldo ressemble à un jeu pour enfant. Pourtant, il n’en est rien. Cette création, conçue spécialement pour l’exposition, révèle « l’intrusion des technologies sécuritaires » dans l’espace privé en mettant en scène une maison surveillée par des drones qui rentrent en collision. Plus loin, reproduit sur un large écran, l’interface d’un jeu vidéo permet au visiteur de se mettre dans la peau d’un individu dont l’espace vital est clôturé par des murs et des check point, surveillé par des hommes armés, une frontière sous haute surveillance. Ce jeu vidéo critique sur « l’industrie du passage clandestin aux frontières », en cours de création est l’œuvre de l’atelier hypermédia ESA Aix.

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extrait du jeu vidéo de l’atelier hypermédia ESA Aix.

Sur la droite, est affichée la carte interactive de Migreurop, réseau qui aide les migrants confrontés à la rétention administrative, cette carte mémorise les étrangers détenus aux frontières des états et dans les centres de rétention.
Dans une autre salle, très surprenante, une vidéo du projet du collectif Dar, « Decolonizing Architecture » relate les arguties qui ont mené à dresser des frontières à Jérusalem au sein même de l’ancien parlement palestinien. Ce projet dénonce l’absurdité du découpage de la Cisjordanie en trois zones, d’abord transitoire ce découpage a créé au fil du temps une géographie inextricable pour les habitants.
A découvrir également l’installation digitale 3D, envoutante, de l’artiste japonais Masaki Fujihata. Ce véritable génie de l’art digital a conçu lui-même un logiciel, qui trace ses déplacements à partir de données GPS. Ainsi l’artiste travaillant sur la porosité de la frontière franco-allemande en Alsace, a-t-il retranscrit ses incessants allers retours sur un pont qui relie l’Allemagne à la France et les rencontres avec les transfrontaliers. Entrant dans une nouvelle dimension, le visiteur muni de lunettes 3D découvre des lignes et des vidéos qui semblent apparaître hors de toute pesanteur et décrivent un dessin abstrait qui n’a rien à envier, côté esthétique aux plus grands artistes. Avec Masaki Fujihata, artiste internationalement reconnu, nous entrons dans l’art du XXIème siècle !

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Enfin, l’exposition s’achève avec le diptyque vidéo de Nicolas Mai. Ces vidéos, « ethno-fiction » mettent en scène, avec une grand beauté, Samira, transsexuel algérien, réfugié politique en France, son parcours de vie, de l’OFPRA, à la prostitution. D’une réelle humanité, ce récit filmé raconte le moment où Samira souhaite retourner en Algérie, à la mort de son père pour soutenir sa famille, il lui faudra alors se défaire de ses atours féminins pour jouer à nouveau le rôle de l’homme qu’on attend de lui. Une belle réflexion sur les stéréotypes sur la prostitution, le transsexualisme et l’exil.
Le projet Anti-Atlas n’a pas été initié par La Compagnie, mais vient clôturer une réflexion de trois années menées lors de séminaires à l’école d’art d’Aix qui ont débouché sur une idée d’exposition pour Aix. Enthousiasmé, Paul-Emmanuel Odin a alors souhaité que cette exposition soit montrée à Marseille, à la Compagnie et a apporté sa contribution de programmateur. L’aventure de l’exposition n’est pas finie puisque des personnes s’agrègent encore sur ce projet, des suites sont prévues, à Rome et à Bruxelles notamment.

Exposition AntiAtlas des frontières, Les mutations des Frontières au XXIème siècle jusqu’au 1er mars 2014

La Compagnie, 19 rue Francis de Pressensé, 13001 Marseille. Ouverture du jeudi au samedi de 15h à 19h. 04 91 90 04 26
Galerie en ligne : www.antiatlas.net

Soirées prévues à La Compagnie autour du projet

Vendredi 17 janv. : Fiction de la frontière
Alex Rivera, « Sleep Dealer », projection du film, présentation par Isabelle Arvers

Lundi 27 janv. Topoly, Territory and Border Spaces
Séminaires de l’IMéRA par Gabriel Popescu (résident IMéRA, Indian University) avec Alessandro Petti du collectif Daar

Jeudi 30 janv. Soirée Rivesaltes
Claire Angelini ; « La guerre est proche », 2011
Serge Le Squer : « Un camp, cinq stèles », 2209
Soirée en présence des artistes

 



 

 

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