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« Les a priori qui sont nourris à l’encontre des Rroms sont parfois les mêmes qui sont nourris à l’égard des musulmans et des femmes voilées »

16 décembre 2010 - Dernier ajout 17 décembre 2010

La question des gens du voyage, des Rroms est un thème qui préoccupe Anonymal TV. Cette télévision participative s’inscrit depuis plus de 10 ans dans un rôle de médiateur à Aix et dans le Pays d’Aix. Anonymal TV avait évoqué à plusieurs reprises, les problématiques rencontrées par les Rroms via la projection de films, de micros-trottoirs et de témoignages émouvants sur des plateaux participatifs organisés en plein cœur des quartiers de la ville. L’objectif ? Détruire les clichés et les préjugés et favoriser l’échange pour permettre le bien vivre ensemble. L’association qui a décidé de prendre du recul après la campagne d’expulsions qui a visé les Rroms, travaille actuellement sur un projet qui s’annonce intéressant. L’objectif étant de « transformer les bonnes intentions en valeurs ajoutées ». Entretien avec Djamal Achour, directeur d’Anonymal TV.


 

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Pourquoi est-ce un sujet qui tient à cœur à Anonymal ? Comment êtes vous venus à travailler sur cette question.

Au départ on ne s’est pas vraiment intéressé aux Rroms mais plutôt aux gens du voyage. On a été sollicité par l’A.L.O.T.R.A, (Association pour le logement des travailleurs) qui gère des aires d’accueil (Le Réaltor notamment) pour les gens du voyage, afin d’animer un atelier vidéo avec les enfants de ces aires d’accueil. On a donc sorti un documentaire sur les clichés qu’on pouvait avoir sur les gens du voyage. C’est un film qui a été bien accueilli. Par la suite, l’association A.L.O.T.R.A a décidé de nous commander un autre travail qui était d’animer un plateau participatif autour de la question des gens du voyage. Au milieu de ça, s’est invitée la question des Rroms avec tout ce qui s’est passé cet été (expulsions des Rroms, ndlr). Nous avons fait un micro-trottoir autour de cette problématique car un camp de Rroms a été détruit au Jas de Bouffan. On a voulu savoir ce qui s’était passé. On a commencé à travailler sur cette problématique dans les différents quartiers afin de connaitre l’avis des habitants. Si nous avons aussi choisi de parler des Rroms, c’est parce que les habitants font beaucoup d’amalgames entre les gens du voyage qui sont français et les Rroms.

La vraie question est de savoir « en quoi le mode de vie nomade de ces gens, dérange-il la population ? ». On est pleins d’a priori. Notre idée c’est plutôt d’essayer de mettre en discussion les gens du voyage et les sédentaires. « Est-ce que vivre différemment, nous empêche de bien vivre ? ». Voilà un peu la problématique. Notre position associative, et cela n’engage que moi, elle est de se dire qu’il y a quand même une stigmatisation. On a trouvé des boucs-émissaires. Et nous les boucs-émissaires, c’est un peu notre combat. En tout cas, on ne crie pas aux loups avec les loups. On peut essayer de faire partager notre expérience aux autres. C’est une de nos missions.

Un média participatif peut-il contribuer à apaiser les choses ?

Dans média, il y a « médiateur » et « médiation ». [...] Après l’apaisement, vient l’intelligence de la discussion. Derrière l’échange, il y a le bien vivre ensemble. Quoique qu’on fasse, Rroms ou pas, gitans ou pas, arabes ou pas, on a les mêmes besoins vitaux de bien vivre ensemble et de sociabilisation. C’est notre rôle de prendre le temps d’échanger et de faire échanger entre les différents habitants. Notre travail a permis à ce que les gens parlent un peu plus. Je sais que le sujet qu’on a mis sur les gens du voyage est parmi les plus regardés sur notre site.

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Depuis cette campagne de stigmatisation et d’expulsions des Rroms, Anonymal TV a-t-elle changé sa façon de travailler. Avez-vous une nouvelle façon d’appréhender cette question.

Oui, il y a une façon de faire. Après tout ce qui s’est passé, si on veut sortir de la polémique, il faut avoir plus de sang froid et de préparation. Et des fois, on a tendance à préparer les sujets à chaud. Il faut être beaucoup plus prudent et être mesurer dans ce qu’on veut faire. On a de bonnes intentions, maintenant pour transformer ces bonnes intentions en valeurs ajoutées, il ne suffit pas d’en parler, il ne suffit pas de défendre telle ou telle communauté, il faut avoir une stratégie d’échanges. Il faut impliquer tous les partenaires politiques locaux, les partenaires associatifs et les usagers. Et cela demande beaucoup de préparation. Par exemple, on devait animer des plateaux participatifs cette année et l’année prochaine sur le premier semestre, on a décidé de laisser passer la tempête et afin de mieux préparer ces plateaux participatifs pour qu’à la fin de ce travail on ait au moins réussi à faire changer d’avis et d’état d’esprit les gens qu’on aura pu toucher. Et ce, pas que sur la question des Rroms mais aussi sur la question de l’autre. Et l’autre ce n’est pas que le Rrom. Il y a de vrais enjeux pour tous. Notre meilleur allié c’est le temps.

Quelle est la situation des Rroms à Aix ?

Elle est identique partout en France sur le fait qu’il y ait beaucoup d’a priori qui sont nourris à leur encontre. Quand on a fait le micro trottoir qu’on a pu faire, on retrouve un peu le cliché national : « Il ne travaille pas ». « On n’a pas vocation à accueillir la misère du monde ». Le point de vue qui ressort le plus, c’est surtout le point de vue que les Rroms sont « misérables ».

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Selon vous, les média ont-ils une part de responsabilité ?

Les médias utilisent ce qu’on leur donne aussi quoi. Ils n’inventent rien. Pour le coup c’est pareil quoi. On a fait une première rencontre au Centre Social Albert Camus, on s’est rendu compte qu’il y a une vraie dureté de la part de la population envers les Rroms. Un point de vue assez dur. Et à côté de ça, on avait monté un atelier de parole avec les habitants de la Cité Corsy dont une maman voilée qui expliquait que les a priori qui sont nourris à leur encontre (des Rroms) sont parfois les mêmes qui sont nourris à l’égard des musulmans et des femmes voilées. Il y a beaucoup recours à ces idées. Idée qu’il y a des symboles et quand on s’attaque à un symbole c’est beaucoup plus facile que de réfléchir à la personne qu’on a en face de nous et de discuter avec elle. Il y a un coté confortable à la critique et aux clichés.

Qu’avez-vous appris au contact de cette communauté ?

Ce que j’ai appris ? C’est difficile d’avoir un mode de vie différent des autres. C’est difficile de résister au mode de vie sédentaire si on veut s’intégrer. J’ai grandi aussi avec des gitans, on a toujours grandi en grande intelligence. Je pense que des deux cotés il y a des a priori. Les aires d’accueil sont toujours à l’extérieur des villes et pas toujours aux bons endroits. J’ai l’impression parfois que le cadre qu’on leur propose ne leur permet pas toujours de respecter la loi. Je me demande parfois, ce que je ferai si je faisais partie de la communauté des gens du voyage, si je n’avais pas de place, ou s’il fallait aller à chaque fois à 25 ou 30 km de la ville pour pouvoir m’installer.

Les pouvoirs publics locaux se sont-ils emparés de la polémique ?

Les pouvoirs publics se sont emparés de cette problématique et pas que de la polémique. Au contraire la polémique a un peu fait peurs aux pouvoirs publics locaux. On nous a demandé de prendre notre temps et de bien faire attention à ce qu’on allait faire. Et là pour le coup, ce projet est soutenu par l’action publique. Il y a une vraie préoccupation, une vraie envie de changer les choses. A la fabrication de ce projet, j’ai beaucoup appris aussi sur le fait que la puissance publique n’est pas là qu’à stigmatiser cette communauté. Il y a les politiques nationales et les collectivités locales. Ces dernières disent qu’il « y a des problèmes mais qu’elles ne les occultent pas ». Si on veut faire changer les choses, elles sont un soutien précieux.

L’implication est surtout locale et non nationale. On l’a vu avec la circulaire anti-Rroms.

C’est ça qui contraste. C’est ça que je trouve intéressant. On pourrait penser qu’il y ait un alignement entre le national et le local. Parce qu’en plus le maire d’Aix est une député (UMP) et présidente de la CPA. Dans ces questions là elle est presque à contre courant. Elle est entre le trop peu et l’action. Elle plaide plutôt en la faveur des actions pour les gens du voyage. Je ne peux pas tirer des conclusions hâtives. Retrouvons nous au second semestre 2011 lorsqu’on aura fini notre préparation. Je vous dirais : « Ou est ce qu’a été la puissance publique dans ce travail ? Où est-ce qu’ont été les opérateurs qui travaillent autour de gens du voyage ? Où est-ce qu’ont été les habitants qu’on a pu toucher ? » Il y a encore une combinaison qui est assez floue.

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