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Les Rencontres à l’Echelle : cheminement artistique Nord-Sud

27 octobre 2010

Du 10 au 27 novembre, à Marseille, les « Bancs Publics », lieu d’expérimentations culturelles affichent de nouvelles Rencontres à l’Echelle. La 5e édition met en scène des artistes de France, d’Algérie, d’Egypte, de Syrie, du Liban et des Comores. Dédié à la création contemporaine sous toutes ses formes, l’événement laisse deviner au travers des démarches artistiques, le malaise persistant des relations Nord Sud.


 

« Des Rencontres qui ne cherchent pas à interroger des convergences, mais plutôt à laisser se dire à l’échelle de ces projets artistiques, la tension des relations Nord Sud et de ces géographies prisonnières des cartographies du passé » dixit Julie Kretzschmar, programmatrice des Rencontres à l’Echelle et directrice artistique des « Bancs Publics ».

Les Rencontres à l’Echelle se trament grâce à la complicité, aux idées, aux moyens mis en commun. A Marseille, les « Grands Terrains », Système Friche Théâtre, les centres sociaux Kallisté et les Rosiers –dans les quartiers Nord- ou encore Planète Emergences, à Alger, Belda diffusion, à Beyrouth, Umam production ont rejoint l’aventure des « Bancs Publics ».

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De mon hublot utérin humanité je te salue et te dis blabla ( Benoît Paqueteau)

Avec la complicité de Mustapha Benfodil

Une belle passerelle est de nouveau jetée avec l’Algérie. « Bancs Publics » invitent une nouvelle génération d’auteurs avec Mustapha Benfodil, Ryad Girod, Mourad Djebel, Hamid Skif. Une littérature algérienne francophone qui fait écho à l’Algérie contemporaine. Ecrivains en exil –Hamid, Mourad- ou résidents rebelles en Algérie –Mustapha, Ryad-, ils ont placé leur confiance dans de jeunes metteurs en scène ou chorégraphes… Pour que leurs écritures singulières soient le ciment d’un théâtre vivant.

Mustapha Benfodil est un habitué des lieux. L’an passé, nous avions pu le croiser aux Rencontres à l’Echelle. Alors en résidence à Marseille, il avait collaboré à la première ébauche, De mon hublot utérin je te salue humanité et te dis blablabla. Le journaliste du quotidien algérois El Watan revient pour suivre un double projet de création à partir de ses textes inédits. « L’Orpheline est une épine dans le pied », compagnie associée aux « Bancs Publics », dirigée par Julie Kretzschmar poursuit la première proposition, esquissée en 2009. Julie, le chorégraphe Thierry Thieû Niang et le comédien Samir El Hakim donnent vie à la tragédie des harragas de Mustapha Benfodil. L’autre, monté par la compagnie « El Ajouad » dissèque le conflit colonial, Les Borgnes ou le colonialisme intérieur. Cette lecture, mise en espace par un jeune metteur en scène, Kheireddine Lardjam s’entoure de jeunes acteurs algériens et d’élèves de l’Université de Provence dans le cadre des Ateliers de l’Euroméditerranée.

Autre lecture est Ravissements, d’après un texte de Ryad Girod –son premier livre. Par la danse, le chorégraphe interprète, Hamid Ben Mahi met en mouvement le roman d’Hamid Skif. La géographie du danger est un solo sur l’itinéraire d’un sans-papiers, subsistant depuis des mois dans une chambre de bonne, à l’abri des regards et de la société.

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La Géographie du danger (Laurent Philippe)

Meetic.med

Théâtre algérien encore avec le réalisateur Thomas Gonzalez. 1001 S, question de poétique de l’auteur Mourad Djebel en est la matière. Cette proposition est l’une de celles retenues par TRIBUNES. Ce cycle de création invite six auteurs de la littérature monde. Leur point commun : ils ont été confrontés dans leur pays natal, à la violence des autorités et de la morale publique, parfois la torture ou l’emprisonnement. Ils vivent tous actuellement en situation d’exil. TRIBUNES tente de croiser les visions de ces témoins au travers de deux champs de création : le spectacle vivant et le documentaire vidéo.

Trois projets croisés dans différentes disciplines se succèderont aux Rencontres de l’Echelle. Les artistes aboutissent à des performances, au sortir d’une première résidence partagée aux « Bancs Publics ». Le public fera connaissance dès la soirée d’ouverture avec deux duos : le premier, Mohamed Shafik, danseur chorégraphe égyptien et Aurélien Arnoux, musicien marseillais ; le second, Kheireddine M’kachiche, violoniste algérien et Emilie Lesbros, chanteuse marseillaise. Les « Grands Terrains » nous feront découvrir une performance projection de deux plasticiens, l’algérien Ammar Bouras et le français Nicolas Gerber.

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meetic med

De Moroni à Kallisté, les Rosiers

Un nouveau regard croisé nous vient des Comores et s’intitule Pitsha la manga kalina udowo (L’image de l’ailleurs ne se vit pas dans le miroir). Des écritures de Soeuf Elbadawi et des photographies de Didier Nadeau explorent l’espace public phocéen. Les deux hommes sont allés à la rencontre des habitants de Kallisté et des Rosiers, dans les quartiers Nord. L’auteur metteur en scène comorien a réalisé une série d’interviews pour recueillir la matière d’un récit, reposant sur des problématiques citoyennes. Sa compagnie « O Meezo », installée à Moroni construit un théâtre citoyen qui interpelle le public sur son environnement.

Regard d’Aminata Traoré sur l’Afrique humiliée

Deux belles rencontres publiques auront lieu. Julie Kretzschmar propose une lecture avec Christophe Grégoire, Saïd Mekbel : une mort à la lettre. Monika Borgmann raconte dans son avant-propos « le 3 décembre 1994, dans la pizzéria Errahma, Saïd Mekbel fut atteint de deux balles dans la tête et succomba à ses blessures…Un an auparavant, nous avions déjeuné dans ce restaurant,…et j’avais pu remarquer les coups d’œil incessants et nerveux qu’il jetait derrière lui, conscient que lui aussi pouvait un jour devenir une victime ». Julie rencontre Monika en 2008 à Beyrouth, qui lui remet ce livre. La journaliste allemande ne lui cache pas son amertume que les mots de ce témoin du drame algérien restent, malgré la publication de ces entretiens, quasi inconnus. « Bancs Publics » voulait aujourd’hui écouter ces mots et les partager avec le public.

Aminata Traoré, essayiste engagée fut Ministre de la Culture et du Tourisme au Mali. La question des migrants sera un axe fort de son intervention. L’Afrique humiliée assume sa propre voie contre la recolonisation imposée par le capitalisme mondialisé. Elle en parlera avec Christophe Deltombe, juriste et président d’Emmaüs France et le comorien Soeuf Elbadawi. Ce débat s’inscrit dans le cadre de Marseille retrouve le Nord, première manifestation publique de « Planète Emergences », du 20 au 27 novembre dans les quartiers Nord.

Ramallah mon amour

Cinéma documentaire également à l’affiche avec Ramallah mon amour. Les textes sont tirés du livre éponyme de Mahmoud Abou Hashhash. Natacha Musléra, installée à Marseille a été invitée l’an dernier au premier festival d’art vidéo à Ramallah en Palestine, « j’ai collecté sept heures d’enregistrements audio et fait quatre portraits photographiques d’étudiants à l’université de Bir Zeit. Au départ, je ne pensais pas faire un film de cette expérience et puis une nécessité s’est produite ». Nous verrons finalement Ramallah.

Des Rencontres à l’Echelle denses, intenses, mâtinées sans doute de moments émouvants.

5e Rencontres à l’Echelle, du 10 au 27 novembre. « Bancs Publics », lieu d’expérimentations culturelles, 10 rue Ricard, 13003 Marseille, tél 04 91 64 60 00 E-mail : contact@lesbancspublics.com, site http://lesbancspublics.com http://lesrencontresalechelle.com

 

par Myriam Mounier - Dans > Agenda



 

 

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