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Les Comoriens de Marseille réclament plus de représentativité politique, avant les municipales

27 janvier 2014

Désormais représentés par le Collectif des Indignés de la Cité phocéenne, les Comoriens et Franco-comoriens de Marseille travaillent à exister politiquement, à l’aube de l’échéance municipale. Cette population qui représente 10% des Marseillais n’est, en effet, pratiquement pas représentée dans les instances électorales. Le Collectif multiplie donc, ces dernières semaines, les rencontres avec les politiques de tout bord, souhaitant peser non seulement sur le débat, mais également voir l’un des leurs accéder à un siège. Avec en toile de fond, une communauté qui souffrent encore de conditions de vie difficiles, en proie à la violence et au racisme.


 

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Deux membres du Collectif : Farid Soilihi et Ismaïl Ali ( à dte)

Dans leur local, Boulevard Danielle Casanova dans le 14ème, le Collectif des Indignés de la Cité phocéenne est sur la brèche, et le chargé de communication Ismaïl Ali Ismaïl Ali a fort à faire. Car les Comoriens de Marseille passent à l’offensive politique. Leur première était un rendez-vous, le 12 janvier dernier aux Docks des Suds, qui a rassemblé 2800 personnes, pour alerter les responsables de la ville sur « la situation insupportable », d’une population « qui reste stigmatisée et discriminée, notamment sur le plan politique » où les politiques ont répondu présents, comme Eugène Caselli, Dominique Tian, Lisette Narducci, Samia Ghali, Henri Jibrayel, Karim Zéribi, ou Sébastien Barles.

Depuis, les membres du collectif vont de rendez-vous en rendez-vous. Ils veulent, en effet, faire évoluer une situation marseillaise où « Aucun noir, qu’il soit d’origine comorienne ou africaine ne compose le Conseil municipal ». Les membres du collectif sont de diverses étiquettes politiques, PS, UMP, EELV, Modem ou Front de gauche. Comme Nassurdine Haïdari, adjoint PS de Patrick Menucci dans le 1-7, Saïd Ahmada, tête de liste Modem pour les municipales pour le 15-16ème ou Elisabeth Saïd et Maliza Saïd, pour l’UMP. Les discussions sont en cours avec Patrick Mennucci et Pape Diouf. Ils espèrent cette semaine une entrevue avec Jean-Claude Gaudin. Farid Soilihi, le négociateur politique du collectif, ancien candidat lors des dernières législatives pour Alliance Ecologique indépendante et qui est aujourd’hui sans étiquette rappelle que « Nous sommes une composante de la ville de Marseille qui représente plus de 10%. Cette composante est aujourd’hui invisible, et n’est pas représentée. Nous voulons que la ville de Marseille soit représentée par ceux qui vivent à Marseille, toutes les couches sociales. Ce n’est pas un combat communautaire, c’est un combat citoyen. »

Pas de communautarisme, mais un combat citoyen

Ce collectif qui existe depuis 1995 a été réactivé en 2013 pour peser sur les élections municipales et sur les futures échéances électorales, cantonales, européennes, régionales ou même sénatoriales. Le collectif est parti du constat que la communauté comorienne et franco-comorienne n’est pas du tout représentée politiquement à Marseille. Insistant sur le fait que les Comoriens de Marseille sont avant tout des Marseillais, estimant que différentes communautés, qu’elles soient arméniennes, maghrébines, juives sont, quant à elles, représentées, le Collectif entend travailler à la représentativité politique des leurs. Mais Ismaïl Ali tient à préciser que le « Collectif ne fait pas de communautarisme. Car dans ce combat, tout le monde peut s’y retrouver, les minorités visibles qu’elles soient africaines, maghrébines et même asiatiques sont bienvenues. Les communautés sénégalaise et malienne nous soutiennent Nous souhaitons associer toutes les communautés pour créer ensemble un projet pour notre ville. Nous appelons toutes les communautés à venir pour Marseille. Car avant tout nous sommes des marseillais. Nous voulons participer à cette ville, nous voulons être des acteurs, nous voulons que Marseille rayonne. »

Aujourd’hui, c’est la quatrième génération de Comoriens immigrés qui vit sur le sol marseillais, la première immigration comorienne datant de l’après seconde guerre mondiale. L’archipel des Comores a été indépendante en 1975, sauf Mayotte qui est restée française, et depuis cette époque là « beaucoup de nos parents ont été appelés par l’Etat français pour venir travailler ». Les liens avec la France sont donc importants comme le souligne Ismaïl Ali : « Nous sommes de langue francophone, notre histoire avec la France date du XIXème siècle et nous avons fait partie des anciennes colonies de l’Etat français, nous sommes liés historiquement et culturellement à la France, 95% de la population comorienne parlent français », souligne-t-il. La dernière étude sur le nombre de Comoriens à Marseille date de 1995, et chiffrait à 80 000 le nombre de personnes d’origine comorienne à Marseille. Et selon les derniers recensements de la préfecture, ils seraient 120 000 aujourd’hui à Marseille.

Le choc de 1995 et l’assassinat d’Ibrahim Ali

En février 1995, l’assassinat du jeune Ibraïm Ali par des colleurs d’affiche du Front National projette la communauté comorienne sous les projecteurs de l’actualité. « Et à partir de ce moment là, nous sommes devenus visibles comme communauté. Nous avons manifesté pacifiquement, et les autorités ont été étonnées, elles ne pensaient pas que cette communauté était aussi nombreuse » analyse Ismaïl Ali. Un premier combat pour rendre la communauté visible politiquement et accéder aux instances dirigeantes de la ville a été mené par le collectif aux municipales de 1995 avec pour résultat l’élection d’un premier représentant de la diaspora comorienne qui a été élu adjoint au maire dans le 13-14ème, M. Mamhoud qui fait encore partie du collectif. En 2007-2008, le collectif a été réactivé. Trois personnes d’origine comorienne ont ainsi accédé à des mandats électifs, Elisabeth Saïd, élue PS pour les 2-3ème arrondissement aujourd’hui à l’UMP, Nassurdine Haïdari, adjoint au maire dans le 1-7 et Claude Nassur, divers gauche, adjoint au maire des quartiers 13-14.

Mais aujourd’hui, le constat reste sombre comme l’explique Ismaïl Ali : « Depuis 2008 jusqu’à aujourd’hui, les conditions de vie de la communauté comorienne n’ont pas changé. Les conditions d’éducation, l’espoir pour les jeunes diplômés, et ils sont nombreux, mais qui ne trouvent pas leur place dans la société, n’ont pas évolué. Malheureusement, même si on le répète, le racisme est un fait qui empêche de trouver du travail. » Et il conclue : « Notre génération qui a grandi ici, qui a étudié ici, veut participer au rayonnement de la vie de Marseille. Nous avons décidé de tendre la main aux politiques, nous avons des projets qui intègrent Marseille et ses communautés. Et il va falloir compter avec cette communauté ».

Liberté sans égalité !

« Dans cette république française, nous avons la liberté, mais nous n’avons pas l’égalité, et ça ne peut pas durer comme cela » s’insurge Ismaïl Ali. La communauté d’origine comorienne est face à divers problèmes à Marseille. « La moitié des décédés des règlements de compte sont aujourd’hui d’origine comorienne. Il y a une forte explosion de la délinquance des jeunes comoriens. Parce qu’ils n’ont plus d’espoir. Par rapport à leurs frères ou sœurs aînés qui sont diplômés et qui ne trouvent pas de travail. Et ils se disent que les études ne servent à rien, le marché ne les accepte pas. C’est une réalité ! Malheureusement, il y a des esprits qui sont faibles, attirés par l’argent facile, ça entraîne l’apparition de caïds, et ça devient une guerre de gang dans les cités. A Luynes ou aux Baumettes, je pense que 70% de la population carcérale est d’origine comorienne », déplore le chargé de communication. Ce dernier explique cette montée de la délinquance : « Cette explosion de la violence est due aux conditions économiques et matérielles. Nous somme parqués dans les quartiers Nord, les cités, comme Plan d’Aou, Kallisté, La Solidarité, La Savine dans le 13-14, dans le 15-16 et dans le 2-3. Dans cette ville, on ne vit pas, on survit. C’est surtout la question du logement qui crée des problèmes. Des familles entières, qui travaillent pourtant, sont parquées dans ces quartiers, nous sommes entre nous. Nous sommes dans un apartheid social. Alors que nous sommes français. Les politiques ne veulent pas l’entendre. » Pour lutter contre ces fléaux, le collectif va mettre en place une table ronde et des assises de la communauté « pour répondre aux problèmes économiques et sociaux », avec un part importante de la réflexion sur les questions du logement.

 



 

 

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