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Les Comores en manque d’eau

22 mars 2012 - Dernier ajout 25 mars 2012

Véritable fléau, le manque d’eau potable aux Comores plombe la population et menace la santé et l’espérance de vie des habitants. A l’occasion du Forum Alternatif de l’Eau, un atelier, organisé par Nouriati Djambae, coordinatrice au sein de l’association Assistance Conseil pour le Citoyen, a porté, jeudi dernier, sur les ressources en eau des Comores. Malgré l’installation de quelques puits dans les années 1980-1990 par l’ONU, aujourd’hui inutilisables, et quelques interventions d’ONG, les Comores ne bénéficient pas d’opérations cohérentes et suivies et sont les grands oubliés de l’eau. Cet atelier a permis de mettre en lumière les projets portés par l’association Deux Mains ou l’ONG ACKE, (Association de la communauté Koimbanienne d’Europe et d’alarmer d’autres associations, comme Electriciens sans frontières ou le Secours Islamique qui souhaitent également venir en aide.


 

Aux Comores, seul 5,8 % de la population a accès à l’eau potable. L’île de la Grande Comore, appelée Ngazidja , la plus importante en superficie est la plus dépourvue en eau. Si certaines initiatives communautaires, associatives ou de l’Etat ont vu le jour pour mettre en place citernes et puits, elles ont manqué de coordination et de suivi, et de fonds. Résultat : les infrastructures ne sont pas pérennes. L’état des lieux actuel est alarmant, peu de citernes existent et l’eau qu’elle contient est souvent impropre à la consommation et les germes s’y développent, les quelques puits existants sont hors d’usage. L’eau n’est pas traitée et la corvée de l’eau revient aux femmes et aux fillettes. Avec un corollaire : la déscolarisation des filles qui « leur interdit la formation professionnelle et l’indépendance financière ».

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Nouriati Djambae, initiatrice de l’atelier Comores au FAME en compagnie de Zilé SOILIHI - Directeur du Pôle Industrie et Innovation de la CCIMP

Lors de l’atelier, des spécialistes ont établi un bilan de la situation. Nicolas Moreau, responsable du pôle initiative et développement pour l’eau qui a travaillé sur Anjouan et Eugénie Coutagne, ingénieur au Canal de Provence qui a établi un rapport en en 2009, et un état des lieux sur la situation de l’accès à l’eau potable à la demande de la Région PACA, sur l’île de Ngazidja.

La Grande Comore, citernes contaminées

La mission de 2009 a permis d’équiper l’île de Ngazidja de deux laboratoires d’analyse de l’eau, ce qui n’existait pas auparavant, et donc d’analyser scientifiquement l’eau bue par les populations, à travers le contrôle de la salinité, du chlore, de la turbidité et de la contamination fécale. L’équipe a également procédé à l’inventaire des ouvrages et à la typologie des points d’approvisionnement. Sur les 44 puits construits par l’ONU dans les années 1990 sur l’ensemble des îles, 17 sont inutilisés et ne pourront pas être utilisés car le taux de salinité de l’eau est impropre à la consommation, seuls 5 puits demeurent en état de marche. Sur la capitale Moroni, les bornes fontaines et des puits existent, ainsi que des citernes privées. En tout, seuls 4 points d’eau sont potables selon les normes de l’OMS. Dans certaines villages, l’état bactériologique de l’eau qu’elle provienne de citernes ou de puits est catastrophique.

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Eugénie Coutagne, ingénieur

Le constat est dramatique, l’état des canalisations est malsain et les infrastructures inexistantes. Sur 214 villages recensés en 2003, 64 disposent d’un ouvrage aménagé comme un puits et une pompe pour l’accès à l’eau, les autres n’ont qu’une citerne. Cet état s’est détérioré, car on estimait en 1981 que 91 % de la population de la grande Comore avait un accès « raisonnable »à l’eau. Aujourd’hui, 27 % de la population a accès à une eau souterraine, 21 % à un accès défaillant (car trop loin, ou mal équipé) à une source d’eau et 52 % n’a accès qu’aux citernes, souvent contaminées. Il faut donc remettre les réseaux en marche, réparer les pompes de puits et décontaminer les citernes. Le rapport déplore une absence de concertation pour l’accès à l’eau.

Anjouan, eau non potable

Nicolas Moreau, de son côté, a étudié la situation sur l’île d’Anjouan. Il estime que dans de nombreuses zones, l’accès à l’eau est également insuffisant. Malgré la construction de nombreux réseaux, ces derniers ne sont pas en état de marche, l’eau n’y est pas potable. Ce qui peut provoquer des épidémies de choléra. Au sud d’Anjouan, en période sèche, la population n’a d’autres choix que de s’approvisionner dans des villages situés très loin de leur lieu d’habitation.

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Nicolas Moreau, économiste. Responsable pôle Eau & assainissement.

Les sources d’approvisionnement en eau se sont également taries. Sur les 20 rivières qui existaient, seuls 5 subsistent aujourd’hui. Cette situation est due à une forte baisse des sources, en raison de l’évolution climatique et de la déforestation. Nicolas Moreau a également insisté sur le problème local du service à l’eau qui entre dans un cadre réglementaire instauré en 1994 et qui est, selon lui, totalement obsolète. Dans les années 1980, des plombiers intervenaient pour réparer le réseau. Mais suite à la suppression de ces emplois, le réseau est à l’abandon. Le service de l’eau était gratuit jusqu’en l’an 2000. Aujourd’hui, pour lui, la solution passe impérativement par un paiement juste de l’eau par les familles, ce qui permet de lever des fonds essentiels à l’entretien. Mais actuellement, malgré la formation récente de comités de l’eau au sein des villages, habilités par l’Etat comorien à organiser le service de l’eau et procéder à des réparations, l’eau reste gratuite ou soumise à des règlements forfaitaires, ce qui entraîne de gros gaspillages. Il pointe un problème d’amateurisme de la gestion de l’eau, service qui ne peut, pour l’instant, s’autofinancer.

Une solution pour rendre l’eau potable : la chlorification facile

L’intervention de Marie de l’association Deux Mains, lors de l’atelier a permis de redonner un peu d’espoir. Témoignant de l’activité de son association aux Comores, elle a expliqué le travail actuellement effectué, pour la potabilisation de l’eau. La solution est aussi simple que géniale : introduire du chlore dans l’eau, ce qui permet de la rendre propre à la consommation. Et la production de chlore se fait simplement par électrolyse à l’aide d’un petit appareil électrique, et un peu de sel. Actuellement, l’association œuvre à la mise en place de ce type d’appareils pour créer le chlore et de panneaux solaires pour produire l’électricité nécessaire à l’électrolyse. Le but est d’assurer l’autonomie des habitants. Pour cela, Deux Mains forme des villageois sur ce point. 9 villages sont pilotes, avec 32 000 bénéficiaires et une soixantaine de créations de postes.

D’autres associations, fortes de leur expérience dans d’autres pays, ont participé à l’atelier et ses sont dit prêtes à travailler avec les Comores.

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Mohammed El Ouardi, du Secours Islamique

La diaspora comorienne s’engage

Tout d’abord, Mohammed El Ouardi, référent eau et assainissement au Secours Islamique
France a exposé l’action de son association au Tchad auprès de villages enclavés et livrés à eux-mêmes, sans eau, ni électricité. Le Secours Islamique a, ainsi, contribué à créer, avec la population, 300 points de forages manuels d’eau. Pour pérenniser l’infrastructure, Le Secours Islamique a aidé à instaurer des comités de gestion, qui ont été confiés à des femmes, les premières concernées par le problème de l’eau. Ce qui a permis de réduire le taux des maladies de façon significative. Tout ceci en veillant à une totale autonomie, puisque chaque famille donne une somme pour l’accès à l’eau et la population résout elle-même ses problèmes.
Des membres d’Electriciens Sans Frontières-PACA sont également venus éclairer de leur expérience à Haïti, ou au Burkina Faso, et rappeler que ESF avaient 280 projets d’énergie hydraulique et photovoltaïque, dans le monde.

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Ibrahim Mahafidh Eddine. Responsable du projet (A E P Oichili) en France, collaborateur permanent du bureau executif de l’A C K E

Enfin, l’intervention d’un membre de l’association ACKE, Association de la Communauté Koimbanienne d’Europe (de la ville de Koimbani de la Grande Comore), qui travaille avec la diaspora comorienne, a souligné l’engagement de la ville de Koimbani pour supporter, avec d’autres financeurs internationaux, dont l’Union Européenne, un projet d’alimentation en accès à l’eau. A partir de la rénovation d’un puits existant de l’ONU, sur la côte Est de Ngazidja, ce projet concerne, pour le moment, 6 villages, soit 5 à 6000 habitants, et devrait s’étendre dans une seconde phase à la ville de Koimbani.

On le voit, les solutions pour soulager les populations aux Comores existent, l’atelier du Forum alternatif aura permis de mettre les différentes synergies en présence.

 



 

 

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