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Les Amoureux dans la ligne de mire de la caméra

5 novembre 2011 - Dernier ajout 6 novembre 2011

Parvenir à mener une simple vie de couple, une évidence pour certains, un parcours du combattant pour d’autres, au premier rang desquels les franco-étrangers, ceux qu’on appelle les « couples mixtes ». Derrière cette appellation, des couples aux origines, aux cultures et à la nationalité différentes, mais qui ont en commun de s’aimer. Un sentiment qu’il est pourtant difficile de pouvoir vivre en toute quiétude, la possibilité d’être ensemble étant conditionnée à un titre de séjour. Ces couples, il en existe des milliers en France et c’est leur parole que Nicolas Ferran de l’association "Les Amoureux au ban public" a décidé de récolter pour en faire un film.


 

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A l’heure du tout mobilité et alors qu’il ne semble plus y avoir de frontière pour les coups de foudre, d’autres barrières se dressent pourtant encore entre les amoureux : celle de la loi. Et ce n’est désormais plus à l’occasion de la fatidique présentation de sa moitié à ses parents que l’angoisse monte le plus chez les tourtereaux, mais lors du premier contact avec le maire, le consulat, ou l’Etat. Un délai incommensurable pour obtenir un visa, des enquêtes sans fin et toujours plus incisives dans la vie privée, les couples mixtes doivent souvent faire face à de multiples obstacles avant de pouvoir vivre ensemble.

Pour certains couples, c’est une véritable épée de Damoclès qui pèse constamment au-dessus de leur tête, l’un ayant peur de ne pas voir rentrer l’autre, le soir. Ces craintes, ces interrogations du quotidien, "Les amoureux au ban public" tentent de les dissiper. Soutien juridique, aide psychologique, réconfort, l’association accompagne depuis 2007 les couples franco-étrangers dans leur combat pour mener une vie familiale normale sur le territoire. Elle propose plusieurs permanences juridiques dans les principales villes de France.

Des histoires, des témoignages que Nicolas Ferran, ancien coordinateur national du mouvement, a décidé de transposer en film. A travers un documentaire, il donne la parole à treize de ces couples qui ont poussé les portes de l’association. Ces derniers décrivent la longue bataille qu’ils ont du mener pour pouvoir se marier en France, faire reconnaître un mariage célébré à l’étranger, ou bénéficier d’un titre de séjour. "Il s’agit d’une approche intimiste : les couples rendent compte de leurs difficultés devant la caméra" commente julien Gittinger, chargé d’animation culturelle à l’association. Les témoignages, recueillis en trois ans, sont efficaces, la parole est laissée totalement libre, seules quelques voix off accompagnent le film. On ressent dans le documentaire toute la détresse et les traumatismes subis. Et on comprend que même quand les couples parviennent à trouver une certaine stabilité, ils continuent à subir le harcèlement policier.

Le pot de terre contre le pot de fer

Traumatisme des arrestations à domicile et des expulsions, opacité des administrations, interrogatoires policiers violant l’intimité, les couples sont souvent à bout de nerfs et à cours de solutions. Aujourd’hui il ne suffit plus de se marier pour obtenir un titre de séjour, tous le savent et il semble alors contradictoire de douter de la sincérité d’un mariage, alors celui-ci n’est plus synonyme de régularisation. Et même lorsqu’un(e) étrange(è)r(e), qui possède déjà une carte de séjour, décide de se marier en France, le contrôle policier peut continuer pendant quatre années suivant l’union, car l’étrange(è)r(e) doit renouveler son titre et prouver qu’il est toujours avec son (sa) conjoint(e).

Mêmes difficultés rencontrées lorsque les époux se marient hors de nos frontières : "Quand un mariage est célébré en dehors de France, le couple doit obtenir un certificat de capacité de mariage auprès du consulat français, afin que les autorités s’assurent de leur sincérité avant le mariage. Ensuite pour que le mariage soit reconnu en France, le couple doit entreprendre une demande de transcription de son acte de mariage sur le registre d’état civil et il n’existe pas de délais, de réglementation dans ce sens", explique Pauline Raï, juriste à l’association. Cette situation, Philippe, membre du collectif marseillais, Les Amoureux au ban public, l’a connue pendant plusieurs années. Il a rencontré son épouse au Cameroun, et l’a épousée là-bas. Après six ans de bataille judiciaire, celle-ci va enfin pouvoir venir en France, raconte-t-il, soulagé : "Arrivé à l’association, j’étais désemparé, c’était le pot de terre contre le pot de fer. De quel droit peut-on annuler mariage ?", lance-t-il.

Un mariage qui affiche grise mine

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Depuis plusieurs années, l’arsenal juridique relatif aux couples mixtes n’a eu de cesse de se renforcer en France. Raison invoquée : la chasse aux mariages blancs. Pauline Raï reçoit les couples franco-étrangers d’Ile de France, tous les jeudis soirs. La jeune femme a constaté un durcissement de la législation depuis les années 80 et surtout depuis 2003, avec la naissance de la loi sur la maitrise de l’immigration qui fait du mariage de complaisance, un délit. «  Il est désormais très difficile d’obtenir un titre de séjour. Les suspicions des maires et consulats sont très fréquentes et se traduisent par des enquêtes qui s’immiscent de plus en plus dans la vie privée des couples. Le but est de lutter contre les mariages blancs et depuis juin, contre les mariages gris », explique la militante.

On parle de mariage blanc lorsque deux conjoints se marient sans sentiment, juste pour que l’un obtienne des papiers, contre rémunération. Désormais, une nouvelle déclinaison du mariage a fait son apparition en 2009, affichant cette fois le gris comme couleur : l’étranger qui fait croire à son conjoint qu’il est amoureux et l’épouse afin d’obtenir des papiers. La pénalisation de ces mariages gris a été votée en octobre 2010. "Or il est difficile de démontrer qu’il s’agit d’un mariage gris, on se demande comment ça va être appliqué, les soupçons, la défiance vont être de plus en plus importants", s’inquiète la juriste.

En juin dernier, l’association dénonçait déjà cette nouvelle mesure, notant : "Aujourd’hui, le terme de « mariage gris », intégré dans une disposition de la loi sur l’immigration (du 16 juin 2011) risque de stigmatiser encore davantage les étrangers puisqu’ils seraient les seuls à tromper leurs conjoints sur leurs intentions matrimoniales mais surtout les couples franco-étrangers en renforçant la suspicion qui pèse sur eux dans les discours publics et les pratiques administratives. Cette disposition est pourtant inutile et inapplicable. Inutile, car l’article L. 623-1 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile permet déjà la répression des fraudes au mariage, qu’elles soient le fait d’un seul ou des deux conjoints. Or le gouvernement ne fournit aucun chiffre qui démontrerait l’ampleur de la fraude qu’il dénonce et la nécessité de durcir les sanctions en cas de « mariage gris » pour compléter le dispositif pénal existant" .

Au regard de cette perpétuelle remise en cause de la sincérité d’une relation et de ces difficultés pour obtenir un titre de séjour, l’association accuse le gouvernement de viser les mariages de complaisance pour lutter contre l’immigration. L’adage selon lequel, pour être heureux il faut vivre caché, semble ainsi encore avoir de beaux jours devant lui.

Le Film « Les Amoureux au ban public » est auto-produit et exclusivement financé par son réalisateur. L’association fait appel à tous les réseaux pour le diffuser. Pour découvrir Les Amoureux au ban public et les dates de projection du film : rendez-vous sur http://amoureuxauban.net

 

 

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