Articles

Accueil > Une Histoire, Cent Mémoires > Les 25 ans de la Marche, dans la ligne du MIR

 

Les 25 ans de la Marche, dans la ligne du MIR

3 décembre 2008 - Dernier ajout 8 octobre 2010

Dossier Marche pour l’égalité, 25 ans après

Connu pour ses positions sans concession, le Mouvement des Indigènes de la République s’empare du vingt-cinquième anniversaire de la Marche pour l’égalité et contre le racisme et organise, le 10 décembre prochain à Paris, une soirée de mobilisation. Houria Bouteldja, porte-parole charismatique du collectif, a répondu à nos questions. Interview contrepoint [1].


 

Le 10 décembre prochain, une semaine tout juste après le vingt-cinquième anniversaire de l’arrivée à Paris de la Marche pour l’égalité et contre le racisme, le Mouvement des Indigènes de la République organise un concert-meeting. Né début 2005 à la faveur d’un Appel des Indigènes de la République lancé sur internet, ce mouvement avant tout politique, anti-raciste et anti-colonialiste est fondé en réaction au contexte national et international «  de l’après 11 septembre ». Ses architectes, dont Houria Bouteldja, dénoncent la « campagne sécuritaire » menée en France en amont de l’élection présidentielle de 2002 et une « offensive idéologique islamophobe » généralisée. Il s’agit de «  lutter contre le racisme structurel de la société française », contre un « système de domination qui se reproduit et qui est profondément ancré dans les institutions et l’histoire » du pays.

Houria Bouteldja, porte-parole charismatique, provocatrice et controversée du MIR (prononcé sur un plateau de France télévision en 2007, son « souchien » – pour « Français de souche » – avait fait scandale), également à l’origine du collectif des Blédardes (créé à contresens de Ni putes ni soumises), revient longuement sur ce que représente aujourd’hui la mémoire de la Marche pour l’égalité, sur les perspectives politiques offertes récemment aux personnes « issues de la diversité » et sur l’imminence de la création du PIR, le Parti des Indigènes de la République.

JPEG - 78.2 ko
Houria Bouteldja, en 2004

En quoi va consister cette soirée de mobilisation, organisée 25 ans après la Marche pour l’égalité ? Qui seront les invités ?
D’abord, il s’agira de rappeler ce qu’a été cette marche. Très peu de jeunes gens, issus de l’immigration ou non, connaissent cette marche. Il est important pour nous d’être des relais, de transmettre la mémoire de l’immigration et de ses luttes. Ce sera aussi l’occasion de dresser un bilan, vingt-cinq ans après. Vingt-cinq ans, cela fait quand même une génération !
Le 3 décembre 1983, plus de 100 000 personnes avaient accueilli le cortège à Paris. Les marcheurs ont marché pacifiquement, politiquement, pour l’égalité et contre le racisme. Vingt-cinq ans après, il se trouve que les petits frères et petites sœurs de ces marcheurs sont toujours en France discriminés, considérés un peu comme une cinquième colonne. Des gens qui vivent les plus grandes difficultés sociales dans les quartiers, dans des ghettos. On tirera un bilan à la fois positif et négatif. Il s’agit aussi de nous replacer dans le contexte des émeutes des quartiers de fin 2005. Nous tracerons enfin des perspectives pour l’avenir. J’interviendrai notamment pour parler de la création d’un parti autonome, le PIR (Parti des Indigènes de la République).
Côté artistique, il y aura le rappeur Medine, qui vient de sortir son album « Arabian Panther » ou encore le groupe palestino-algérien Gaza Team. Joby Valente, artiste et grande militante des Antilles sera également présente. Ferida Belghoul, qui avait mené la marche Convergence 84, une expression plus radicale de la lutte, ou encore Saad Abssi, viendront enfin nous faire part de leur expérience.

A l’époque, la démarche initiée par Toumi Djaidja et le père Delorme ne fait pas l’unanimité, y compris au sein des communautés issues de l’immigration, chez qui le mouvement est parfois considéré comme pas assez politisé. L’esprit de la Marche relevait en effet plus du pacifisme à la Gandhi ou Martin Luther King, de la main tendue, de la volonté d’intégration de cette génération… Le MIR n’est-il pas plus Malcolm X, et vous-même plus Angela Davis, avec une position plus tranchée, plus radicale et combative ?
C’est vrai qu’une marche pacifique n’était pas forcément à la hauteur de ce que l’on aurait pu attendre à l’époque. Sans doute n’était elle pas assez politisée et sans doute ne posait-elle pas les questions fondamentales, comme on pourrait les poser aujourd’hui. Cela étant dit, c’était la première grande manifestation publique des jeunes issus de l’immigration. Avant ils n’avaient strictement pas d’existence politique. Les pères, ouvriers, immigrés, n’avaient pas de revendications car ils voulaient rentrer dans leur pays. En 1983, on se rend compte avec cette première irruption publique, qu’il y a toute une génération qui pose des questions à l’ensemble de la société. La question de l’identité française par exemple, qui n’était plus uniquement blanche et chrétienne mais aussi arabe, africaine, musulmane… Même s’ils ne l’ont pas posé dans ces termes, et un peu à leur insu, leur simple présence, leur simple émergence dans le débat public et dans les média a fait émerger les questions d’identité, d’intégration. Des questions que continue de poser l’ensemble du champ politique français.
Le MIR se situe à la fois dans la filiation et dans l’héritage et en même temps marque une rupture. A l’époque, la Marche s’est faite dans le cadre républicain. On demandait l’égalité républicaine, dans le cadre de la société telle qu’elle existait. On disait à la France : « vous prétendez être égalitaires, prouvez-le ». Nous aujourd’hui, on remet même en cause le cadre. On dit que cette république n’a jamais été égalitaire. A la limite, on est pour une VIe République, on pourrait revendiquer une VIe République, fondée sur le pluralisme culturel.

La précédente commémoration, pour les 20 ans de la marche en 2003, avait été le fait de la droite et de Jean-Pierre Raffarin. L’événement avait eu lieu à l’Assemblée nationale. La gauche se réclame également du mouvement. Aujourd’hui, la Marche est-elle universelle, tout l’échiquier politique peut-il s’approprier ce bout d’histoire ?
Pour les 20 ans de la Marche, peu de marcheurs ou de jeunes issus de l’immigration ont pris la parole. Par contre les partis politiques et la droite particulièrement ont repris la Marche et l’ont récupérée. Tout le monde se l’approprie : Rachida Dati prétend avoir marché, Fadela Amara prétend avoir marché. Et personne n’ignore la récupération faite par le Parti socialiste, avec la création de SOS Racisme. Nous, si nous souhaitons nous réinscrire dans la ligne de cette marche, c’est justement pour éviter la récupération, nous la réapproprier, même si nous émettons aussi des critiques.

25 ans après la marche, trois ans après les émeutes urbaines, qu’est-ce qui a changé ?
C’est compliqué : les choses ont à la fois changé, et sont restées les mêmes. On est obliger de constater qu’une espèce de classe moyenne a émergé, surtout maghrébine. Et les conditions ne sont pas telles qu’elles étaient dans les années 70 ou 80. A l’époque, les cités de transit où se trouvaient les immigrés étaient vraiment pourries. Mais il y a aujourd’hui une ghettoïsation, des quartiers de plus en plus marginalisés, où règnent un fort échec scolaire, un fort taux de chômage, etc. Certes, on ne peut pas dresser un tableau complètement noir. Mais les fronts sont multiples : la guerre entre les sexes est exacerbée, le racisme anti-arabe d’avant s’est mué aujourd’hui en islamophobie. En 1983, les marcheurs parlaient d’intégration, nous, nous parlons de libération. Nous qui sommes considérés comme des indigènes, nous voulons nous libérer de cette condition.

Qu’entendez-vous par « indigènes » ? Faites-vous uniquement référence aux personnes qui ont vécu la colonisation et à leur descendants, ou fédérez-vous au-delà, afin d’éviter un éparpillement, une scission des luttes ?
Le concept d’indigènes désigne d’abord ceux qui sont issus de l’histoire coloniale, de l’esclavage et je pense aussi aux Antillais. Mais aujourd’hui nous nous adressons plus globalement aux populations des quartiers populaires, qui ne sont pas tous « indigènes » au sens strict du terme mais qui sont des populations « indigénisées » et considérées comme telles, c’est-à-dire qui vivent un statut de sous citoyenneté par rapport à l’ensemble de la société française. On peut élargir aux sans papiers, à ceux qui échouent à Ceuta et Melilla.

Comment analysez-vous les récentes déclarations de Nicolas Sarkozy, qui a annoncé qu’il prendrait sous peu des initiatives pour introduire plus de diversité dans les élites françaises ?
Paradoxalement je trouve que c’est une excellente chose. Non pas qu’il fasse émerger des élites indigènes parce qu’on sait à quoi elles vont servir, puisqu’elles sont là par le fait du prince, que ce soit Rama Yade, Fadela Amara, ou un préfet camerounais. Ils ne sont pas là parce qu’un mouvement politique les a fait émerger, ils ne sont pas représentatifs d’une force politique.
Mais là où je vois du positif dans les déclarations de Sarkozy, c’est que s’il se donne la peine de mettre en place des élites indigènes, ce qu’ils appellent la diversité, c’est justement parce qu’ils sentent qu’il y a une force politique qui est latente, qui n’est pas encore organisée, mais qui pourrait s’organiser. C’est une manière de couper court à ce potentiel en disant : « vous voyez, la république est merveilleuse, ce n’est pas la peine de vous organiser, la preuve autour de moi ». Le but c’est de nous couper les jambes, mais en même temps ça témoigne de notre existence.

Vous dites « nous couper les jambes », car vous souhaitez créer un parti autonome, le Parti des Indigènes de la Répulique (PIR)… Vous préférez cette alternative à l’émergence d’« Obama à la française » ?
Obama c’est quand même l’homme de l’establishment. Son élection, c’est très certainement extraordinaire pour les noirs aux Etats-Unis. Il n’empêche qu’il est l’homme du parti démocrate dont on sait la politique internationale. Je suis plus Mohamed Ali que Barack Obama ! Donc, faites le parallèle en France : je préfère une figure qui émerge qui est l’expression d’une formation autonome, qu’une figure imposée émergeant de l’UMP ou du parti socialiste.

Pour tous renseignements sur la célébration de la marche pour l’égalité par le MIR : http://www.indigenes-republique.fr.

 



 

 

Autres articles Une Histoire, Cent Mémoires

 

Brèves Une Histoire, Cent Mémoires

  • Novembre 2015

     

    Il y a 11 ans, YASSER ARAFAT nous quittait ! Rappel du parcours de ce résistant hors normes par Azzedine Taïbi, Maire de Stains.

    Il y a 11 ans, YASSER ARAFAT nous quittait ! Le 11 novembre 2004 Abou Ammar plus connu sous le nom de Yasser Arafat s’est éteint à l’hôpital militaire de Percy de Clamart, suite à un empoisonnement au Polonium. Il est et restera le plus grand leader du peuple palestinien et un symbole de la cause palestinienne. J’ai eu le grand honneur de le rencontrer à trois reprises, à Gaza et à Ramallah, grâce à mon cher ami et frère Fernand Tuil, qui nous a malheureusement aussi quitté le 24 décembre 2013. Voici quelques lignes sur le parcours du grand leader palestinien : Yasser Arafat, né à Jérusalem le 4 août 1929 d’autres disent qu’il est né le 24 août 1929 dans la ville du Caire en Égypte. Yasser (...)

     

  • Juillet 2015

     

    Souvenir

    Ce matin en entendant les commentaires des médias sur la Grèce, je me suis souvenu de mon arrière grand-père boiseur dans les mines du sud tunisien, un français méditerranéen qui n’avait jamais vu la France et mon grand-père né à Bizerte en 1905, maçon anarchiste. Alors j’ai eu envie d’écouter une nouvelle fois Brel... Paroles de Jaurès Ils étaient usés à quinze ans Ils finissaient en débutant Les douze mois s’appelaient décembre Quelle vie ont eu nos grand-parents Entre l’absinthe et les grand-messes Ils étaient vieux avant que d’être Quinze heures par jour le corps en laisse Laissent au visage un teint de cendres Oui notre Monsieur, oui notre bon Maître Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? Pourquoi (...)

     

Articles récents

Articles au hasard