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« Le traitement médiatique des quartiers populaires est souvent insatisfaisant »

17 février 2011

« L’Université du Citoyen » a une fois de plus, donné la parole aux habitants des quartiers populaires de Marseille et d’Apt, réunis hier à la Maison des Familles du 14ème arrondissement, pour parler de l’image de leur quartier, trop souvent dénigrée par les « médias dits classiques ». Face à des responsables d’associations et de médias alternatifs (Etienne Bastide de Radio Galère, Florence Feraille, directrice d’Act Emploi, Pierre Rammah, journaliste, Michael Diebold, délégué régional de l’association « Moderniser Sans Exclure-Sud » et Ahmed Nadjar directeur de Med’in Marseille, les habitants ont décrit la vision qu’ils se font de leur quartier. Le débat, animé par Florence Tardillon qui gère l’antenne marseillaise de l’Université du Citoyen, a ensuite porté sur la façon dont les médias écornent l’image des quartiers populaires de la cité phocéenne ( Busserine, St Barthélémy, Picon, Les Flamants, Iris, Font-Vert etc...) et sur le rôle que doivent jouer les habitants pour sortir de cette impasse.


 

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« Comment parler de son quartier ? Comment les habitants voient-ils leur quartier ? Qu’ont-ils envie de dire à propos de celui-ci ? Quels sont les moyens autres que les « médias classiques » à leur disposition ? » Ce sont autant de questions qui leur ont été posées par l’association « l’Université du Citoyen », attristée par la façon dont les médias parlent de ces quartiers. En effet, pour Florence Tardillon, qui dirige l’antenne marseillaise de l’Université du Citoyen, « l’image des quartiers ne doit pas être laissée à ceux qui revendiquent être des professionnels (journalistes, ndlr) ». Pour celle-ci, les habitants ont un rôle à jouer notamment en s’interrogeant sur la place qu’ils veulent prendre dans l’image de leur quartier.

Rien de tel qu’une séance de dialogue entre habitants.

Pour rien au monde Messaouda ne quitterait son quartier où règne, « partage, solidarité, esprit familiale et échange ». Mariama partage le même point de vue et y ajoute même la « convivialité ». Une image qui n’apparait jamais dans les colonnes des journaux ou des médias audiovisuels et radiophoniques qui « renvoient souvent, une image stigmatisante des quartiers nord ».

« Les journalistes ne renvoient pas à la complexité des choses. Ils maximisent la menace et ne prennent pas le temps de fouiller » se plaint Estelle. La couverture en boucle de la récente fusillade du Clos La Rose (en novembre 2010) est à ce titre révélateur tient à souligner Ahmed Nadjar, directeur de Med’in Marseille. Or, s’il ne faut pas occulter les problèmes de sécurité dans les quartiers, il ne faut pas oublier que « l’image des quartiers véhiculés par les médias, a une conséquence directe sur la vie des gens » et puis, « les actes de délinquance ne sont pas si courants » poursuit Mariama.

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Pour changer le traitement de l’information et par la même occasion l’image de leurs quartiers, les habitants proposent de développer un certain nombre d’initiatives. Parmi elles, développer le projet « Hôtel du Nord » qui permet de mettre en valeur les habitants et le patrimoine des quartiers via l’ouverture de maisons et de chambres d’hôtes. Une façon d’attirer les touristes qui ont alors droit à une visite guidée des quartiers Nord et de leur patrimoine. D’autres habitants des quartiers nord de la cité phocéenne opteraient plutôt pour des ateliers d’éducation à l’image notamment pour leurs enfants afin d’éveiller leur sens critique et ce, en manipulant des images vidéo. Une matière qu’ils aimeraient voir enseigner à l’école.

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Diffusion du film de l’association "Moderniser sans exclure-Sud"

Assignation à l’image ? Les habitants s’enferment-ils dans leur rôle ?

Changer l’image d’un quartier n’est pas une mince affaire. Pour la Directrice du Centre Social de la Savine, la responsabilité est partagée. L’image du quartier est aussi du ressort de ses habitants, en effet cette dernière reproche leur silence lorsqu’il y a des agressions dans le quartier. Une omerta qui ne sert pas forcément les habitants.

Les médias alternatifs ont-ils alors un rôle à jouer ? « Les médias font ce qu’ils peuvent, c’est aux habitants de changer l’image de leur quartier » pense aussi Etienne Bastide, journaliste à Radio Galère (88.4 FM) qui ne peut faire l’impasse sur les évènements qui entachent l’image d’un quartier (fusillade du Clos La Rose, ndlr). Puis, la radio n’a pas les mêmes contraintes que la télévision. Les images diffusées sur les chaines de télévision peuvent, elles, ternir et dégrader la vie d’un quartier « si le journaliste qui couvre l’évènement est sans éthique » et sans réflexion. Or, le traitement de certains sujets laisse de plus en plus à désirer, regrette une journaliste indépendante, présente dans la salle et qui pointe du doigt le rôle « catastrophique » des écoles de journalisme qui « forment des gens qui ne pensent plus par eux-mêmes ».

A cela s’ajoute le travail dans l’urgence et la recherche du sensationnalisme, « beaucoup plus vendeur que des informations positives sur les quartiers » regrette à son tour Ahmed Nadjar, directeur de Med’in Marseille, un webzine qui « est le porte-voix des sans-voix et des damnés de la république ». Med’in Marseille est l’un des rares médias à avoir couvert « Les Deuxièmes Rencontres Nationales des Luttes de L’immigration » qui avaient alors réuni plus de 450 personnes. « L’absence des journalistes prouve que l’on ne veut pas montrer une image positive des quartiers populaires » s’est-il indigné.

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Pour Pierre Rammah, journaliste qui a notamment travaillé pour Marsactu, La Provence ou encore Marseille l’Hebdo et pour Act Emploi (pour le site « Vivre Ensemble dans le Grand Saint-Barthélemy », « ce n’est pas forcément les journalistes qu’il faut mettre en cause. Certains articles passent à la trappe parce qu’on préfère privilégier la publicité. C’est la logique économique qui prime. L’information est devenue un bien marchand » regrette-il. S’ajoute à cela, la « tendance à faire de l’information low-cost. Dans certaines rédactions, on n’a pas le temps de vérifier l’information sur le terrain. On n’utilise que le téléphone. On cherche la rapidité ». Or, cette « rapidité » peut coûter cher aux habitants et à l’image de leur quartier. Ahmed Nadjar se souvient parfaitement de la récente bévue du journaliste du « Point » s’étant alors fait piégé par Abdel El Otmani. Ce jeune de quartier, fixeur pour les médias, s’est fait passer au téléphone, pour Bintou, femme de polygame. Le journaliste de l’hebdomadaire avait alors sans aucun scrupule, décrit celle-ci sans l’avoir jamais rencontrée. Un triste « épisode » qui témoigne bien des clichés qu’entretiennent les médias, toujours à la recherche du sensationnel. Notamment celui qui consiste à ancrer dans les consciences collectives l’idée qu’il existe « un jeune de banlieue ». Or, pour Etienne Bastide, « le jeune de banlieue n’existe pas » cela d’autant plus vrai qu’il n’y a pas de banlieues à Marseille ».

Pour Mickael Diebold, délégué régional de l’association « Moderniser Sans Exclure-Sud » (MSE), les témoignages des habitants confirment l’existence d’un véritable décalage entre l’image donnée par les médias et la réalité sur le terrain. Ce dernier appelle donc à la responsabilisation, en invitant les habitants à « ne plus acheter ces torchons » et « à ne pas se satisfaire d’une seule source d’informations ».

Etienne Bastide invite également les habitants à solliciter davantage les médias alternatifs, dont Radio Galère, qui depuis près de 30 ans, donne la parole aux habitants des quartiers populaires. Pierre Rammah invite même les habitants à traquer les médias et à prendre l’habitude de les interpeller pour solliciter une plus large couverture médiatique de la vie du quartier. Car « il est dommage que les habitants manquent d’infos de proximité ». Même si dans les quartiers Nord, le site collaboratif des cités : Busserine, St Barthélémy 3, Picon, Le Mail, Les Flamants, Iris, Font-Vert et Benausse, tente de pallier au manque d’informations de proximité.

Et puis, « les médias des quartiers attendent que les citoyens s’expriment et veuillent bien prendre la parole pour ne pas se la faire confisquer ».

 



 

 

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