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Le talent d’Albert Négrel au service des Béninois

26 juin 2009

A 80 ans, Albert Négrel affiche une forme olympique. Et oui, il est de ces hommes qui n’aiment pas se tourner les pouces. C’est pourquoi depuis quelques années maintenant il s’adonne aux joies du bricolage dans l’unique but de permettre à des petits Béninois de Natitingou d’apprendre à lire et à écrire. Mettre son talent au service des plus pauvres, Albert Négrel en a fait son but.


 

Albert Négrel est de ces hommes qui savent tout faire. Né le 4 juin 1929, à Rousset, un village situé à 15 km d’Aix, il décide à l’âge de 17 ans d’arrêter ses études pour s’occuper du commerce familial : une fabrique de boisson gazeuse. « Trop dur et ennuyeux » et le privant de vacances d’été, il accepte, 13 ans plus tard, la proposition de son beau-père. Il se recycle alors dans la plomberie à 30 ans. Après 24 ans d’exercice, ses vertèbres ne le suivent plus. Il est dans l’obligation d’interrompre son activité. On lui propose alors un poste au centre d’apprentissage des Milles où il se met à enseigner la plomberie. Un an plus tard, il est muté à Antibes. « J’aurais accepté si on ne m’avait pas proposé un poste de professeur de solfège au Conservatoire Darius Milhaud » dit-il un brin nostalgique. Suit alors 12 années d’enseignement au Conservatoire. Un enchainement très surprenant pour celui qui avait l’habitude de manipuler les tuyaux et les robinets. Aujourd’hui de sa délicatesse et de son habilité, il n’a rien perdu et de ses mains magiques, il s’en sert pour donner une seconde vie aux deux roues usagés.

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Albert Négrel

Sa retraite, il la savoure depuis près de 20 ans, mais à sa façon. Car pour ce dernier, « retraite » ne rime pas avec « repos » mais plutôt avec « plaisir ». Le plaisir de donner de son temps, le plaisir de voir ces sourires d’enfants, le plaisir de savoir qu’au fin fond de l’Afrique, il permet à une vingtaine de petits Béninois de goûter aux joies de la lecture et de l’écriture grâce à son « opération vélo ». Une opération qui débute ainsi, à la suite d’une rencontre fortuite avec Jean de Rougemont, alors président du comité du jumelage des cathédrales d’Aix-en-Provence et de Natitingou. « Le but de ce jumelage est de s’assurer d’une entraide mutuelle, spirituelle et matérielle. »

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La foire au vélo sur le parvis de la cathédrale

« Aix-en-Providence ! »

Ce dernier reçoit en 1997, une lettre d’un catéchiste Béninois de 19 ans, qui demande à ce qu’on lui trouve un vélo. Jean de Rougemont fait part de ce souhait à Albert Négrel. La chance est alors au rendez-vous puisque « mon voisin entassait au coin de la rue des tas de choses et il y avait ce beau vélo « Peugeot » » se souvient-t-il. Une fois passé entre ses mains expertes, il s’aperçoit que l’expédier coûte trois fois plus cher que s’il est acheté sur place. Alors sans la moindre hésitation, il le vend pour 60 euros. A ce prix « on a pu en acheter deux » dit-il, tout sourire, se souvenant au passage de cette lettre de remerciement qui fût adressée à « Aix-en-Providence ! ». « Un lapsus révélateur » pour Albert Négrel qui décide alors de poursuivre cette aventure. L’« opération vélo » est lancée. Alors que les bicyclettes affluent, le comité demande au généreux Albert de les stocker dans son garage de la rue Pavillon, qui se retrouve soudainement transformé en « clinique » pour vélos usagés. Un atelier dans lequel il passe des journées entières sans compter les heures.

La demande en vélo étant satisfaite, l’argent récolté lors de la 2e opération allait servir a acheté des sacs de riz pour l’orphelinat de Natitingou. « La 3e était destinée à secourir une lépreuse abandonnée par son mari et qui avait des enfants à charge. » Jusqu’à ce que le comité de jumelage de Natitingou actuellement présidé par Pierre Oloukou demande à ce que soit mis l’accent sur l’aide à la scolarisation. Aussitôt dit, aussitôt fait.

50 euros par an pour scolariser un enfant

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Un accueil chaleureux et en musique

Il suffit d’une poignée d’euros pour scolariser pendant une année un enfant du « Sud ». C’est pourquoi les opérations suivantes furent destinées aux enfants de Natitingou qui n’avaient jamais été scolarisés parce que les frais d’inscriptions étaient difficiles à assumer pour les parents. Depuis, une vingtaine d’élèves de l’école primaire des sœurs de Saint Augustin apprennent à lire et à écrire pour un coût annuel de 50 euros par enfant. Et autant dire qu’ils ne font pas les choses à moitié : « Payer les frais de scolarité pour un an ça ne sert à rien, alors on prend à charge la totalité de leur scolarité, soit 10 ans d’études. Comme ça, on a rempli l’école » se réjouit le retraité. « Il y en a même qui sont passés en secondaire » poursuit-il, en arborant son sourire contagieux.

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Les petits Béninois apprennent à compter en plein air

La vente des bicyclettes se fait trois à quatre fois par an sur le parvis de la Cathédrale Saint Sauveur d’Aix. Une foire aux vélos (VTT, VTC, route, tandems, cross) où les prix oscillent entre 10 et 50 euros et peuvent atteindre 100 euros pour les vélos neufs offerts par de « généreux donateurs ». La dernière opération a permis la vente de 30 engins. « L’occasion de dégager un peu le local et d’en recevoir d’autres » se satisfait Albert Négrel. A ce jour, 786 vélos récupérés ont été vendus. Avec un prix moyen de 50 euros, le comité a pu récolter prés de 40 000 euros depuis plus de 5 ans. De quoi scotcher les Béninois pendant plusieurs années devant le tableau.

Quand Albert rencontre « ses petits »…

Un jour du mois de janvier 2006, le comité de jumelage qui profite alors d’une promotion, lui donne l’occasion de partir « pour la première fois en Afrique noire » avec un groupe de 50 personnes. Celui qui avait passé des journées entières dans son atelier, allait découvrir les « petits » pour qui il donnait tout son temps.

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En fin de journée, les lycéens apprennent aux enfants non scolarisés à lire et à écrire

Arrivé à Cotonou, la capitale, le groupe prit le taxi minibus en direction du nord pour rejoindre à 400 km, Natitingou, une ville en pays Somba, située dans les montagnes de l’Atacora au nord ouest du Bénin en Afrique de l’Ouest. L’occasion de traverser une grande partie du pays et de découvrir le mode de vie et de consommation des Béninois. « C’est la savane là-bas » lance-t-il. « Ils ont ces délicieuses bananes et ananas « bouteilles », comme on n’en a pas ici. C’est le jour et la nuit ». Mais il y a tout de même ce point commun : « cette colline dont le sommet porte une croix ». Albert l’appelle bien volontiers « La Sainte Victoire » du Bénin.

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A l’arrivée, c’est un « accueil formidable » qui les attend. Un accueil en musique et en danse tel que savent l’offrir les Africains. Mais ce qui a le plus étonné notre retraité, « ce sont ces huttes comme on en voit à la télévision et ces maisons fabriquées en parpaing. Ils ne sont pas riches, mais il y a ce contraste qui m’a vraiment surpris. Ils sont joyeux. Ils rigolent tout le temps. En France, quand quelque chose va de travers, on fait tous des gueules… C’est frappant, ils n’ont rien et ils donnent tout. Cela contraste avec la civilisation européenne » analyse Albert.

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Au cours de ces huit jours, il en profite alors pour visiter l’orphelinat de Natitingou, les écoles et le centre médical dont il a assisté à l’inauguration. Il côtoie également les enfants et les adolescents, qui pour la première fois, ont pu fréquenter les bancs de l’école primaire grâce au travail accompli.

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A ces souvenirs intacts, il sourit, les yeux un peu humides : « A la suite de ce voyage je me suis lancé à corps perdu dans cette « opération vélo ». Je pense à ces petits quand je suis en bas (dans le garage, ndlr). J’y passe des journées au point de n’avoir plus le temps de faire du parapente ».

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Aujourd’hui, il redouble d’efforts pour permettre aux enfants d’apprendre dans de meilleures conditions. Car le comité envisage d’agrandir l’école et de construire une classe supplémentaire. Alors si il y a un conseil à donner : c’est de « ne pas jetez vos vélos usagés » mais de les apporter à Albert qui se fera une joie de les remettre à neuf. Car un vélo donné, c’est un enfant scolarisé.

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Ses bonnes actions sont nourries par « la chance ». Il y a quelques jours, ce dernier reçoit un coup de fil d’un membre de la famille de l’ancien coureur cycliste italien, Paul Néri. On lui propose de venir récupérer « un tas de pièces » comme l’avait fait, il y a quelques années, une vieille dame. Aujourd’hui, Albert Négrel garde en stock près de 600 câbles de freins et une multitude de chambres à air. De quoi faire le bonheur des Provençaux qui pourront ainsi se procurer une bicyclette presque neuve, à moindre frais et l’atmosphère de la ville ne s’en portera pas plus mal.
Et quand on lui demande s’il compte s’arrêter un jour, il répond levant les yeux vers le ciel : « tant que dieu me prête vie, je ne suis pas prêt de m’arrêter. » Un des ses rêves ? Retourner au Bénin et revoir « ses petits » dont les sourires indélébiles hantent souvent sa mémoire lorsqu’il descend bricoler, en bas, dans son garage. Alors qu’il pourrait s’enrichir, il ne le fera pas parce qu’il préfère s’enrichir humainement, tout en tentant de sauver le monde à son échelle.

Une cinquantaine de vélos sont actuellement disponibles à la vente. Albert Négrel reçoit sur rendez-vous, dans son garage situé rue Pavillon à Aix.
Vous pouvez le contacter au 04. 42. 38. 16. 11

 



 

  • Henriette Nhung Pertus : L’exil douloureux de la « Chinoise verte »

    une pensé a vous henriette !! j admire le courage que vous avez eux pour etre encore parmi nous apres avoir vecu les pires chose qu’il puisse exister !!toutes cette haine cette souffrance dont vous avez etait victime !!j’espere que vous avez trouvé une vie tranquille sens peur et sens crainte du lendemain je vous embrasse

    par langer le Mai 2014 à 20h06

 

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