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Le monopole de la violence ou la violence du monopole ?

28 décembre 2011

Amnesty, dans un rapport récent, dénonçait les méthodes d’immobilisation et l’impunité des forces de l’ordre, dans les affaires ayant entraînées la mort de personnes au cours ou à la suite d’interpellations. L’ONG s’appuyait en partie sur le cas de Hakim Ajimi, mort à l’age de 22 ans le 9 mai 2008 à Grasse.



 

Cette tragédie, parce que ç’en est une, rassemble à elle seule l’ensemble des absurdités et des impasses de notre société. On peut continuer à feindre et à ignorer le problème moral (nous osons le mot) que cette affaire pose à la Démocratie française, au pacte social, au peuple et aux élites, on peut en effet laisser macérer cette injustice et ce déni d’humanité que l’on a fait subir à ce jeune homme, à sa famille et à ses proches…

On peut aussi considérer que c’est un « dommage collatéral » d’une montée en puissance de la politique sécuritariste que la majorité des français à voulue ardemment en élisant Mr Sarkozy en 2007. On peut euphémiser cette histoire en usant de poncifs écœurant du style « on ne fait pas d’omelette, sans casser d’œufs… » et autres saloperies du genre. Tout ça on peut le faire et d’ailleurs beaucoup le font.

Mais la question que nous pose d’outre-tombe Hakim, continue et continuera de hanter notre inconscient collectif : « Qu’ai je donc fait pour mériter ce traitement ? Quelle est donc cette société qui s’accommode aussi aisément d’une pareille injustice ? ».

Le mot est lâché, JUSTICE, en gras et en majuscule ! C’est la pierre d’angle sur laquelle on construit l’égalité. Sans la Justice il n’y a pas d’égalité, sans l’égalité il n’y a pas de démocratie. Tout le reste est superflu, billevesées, sophisme et discussion absconses. Tout le reste est douleur absurde, sadisme insoutenable et reniement de ce qui doit faire de nous des êtres humains capables de se regarder encore en face sans cette amertume de la culpabilité qui nous hante, sans cette impardonnable soumission à l’arbitraire !

La facilité voudrait que nous dénoncions le racisme d’état, nous pourrions le faire, mais il y’a longtemps que nous avons renoncé à la facilité et a la démagogie. Dénoncer l’état comme seul responsable, c’est nous dédouaner de nos responsabilités individuelles et collectives !

L’état français, au final, surtout dans cette démocratie des sondages, légifère au gré de l’actualité, des phobies et des préjugés de nos concitoyens. Il met progressivement en place un arsenal juridique de plus en plus menaçant et restrictif pour les minorités. Mais il est hélas à l’image de ce qu’est la France aujourd’hui ! Un pays effrayé par lui même, bercé par le chant lancinant de la xénophobie et de l’islamophobie ambiante, recroquevillé sur un héritage fantasmé, refusant de thésauriser sur le potentiel de toute une jeunesse trop basanée, trop noire, trop musulmane, trop…différente.

Incriminer l’état et seulement l’état est un raccourci puérile, il peut satisfaire un discours ou la construction d’une thématique politique, mais il fait l’économie de la vraie réflexion sur le racisme et la nature raciste d’une société, comme le disait Fanon, il ne peut y avoir de degré dans le racisme.
De plus il permet à nos détracteurs de nous faire passer pour de joyeux débiles avec qui aucune discussion sérieuse n’est soutenable. Il ouvre la porte aux comparaisons foireuses, aux extrapolations improbables et enferme le débat hors de l’essentiel.

Quel est cet essentiel ? : Hakim est mort ! Pourquoi est il mort ? et de quoi est il mort ? Si la justice française répond à ces questions, personne ne pourra soustraire les coupables à leurs peines, parce que le dossier est lourd, les témoignages accablants, la défense confuse et la perte de ce jeune homme irréparable pour sa famille, mais aussi pour toutes celle et ceux qui croient en la justice et qui sentent un frisson dans le dos à chaque fois que l’on évoque ce nom et ce prénom, HAKIM AJIMI, parce que l’arbitraire aurait pu frapper n’importe qui, n’importe où, surtout dans nos quartiers populaires, Hakim aurait pu être notre voisin, notre frère, notre fils…et de fait il l’est !
C’est pourquoi nous rappelons cette mobilisation incontournable autour du procès à Grasse qui se tiendra du 16 au 20 Janvier 2012, avec en point d’orgue une manifestation de soutien a la famille et au comité Hakim Ajimi le 7 Janvier 2012*.

Soyons nombreux à demander que Justice soit faite !  : * Rassemblement samedi 7 janvier 2012 à 14h à Grasse, en haut du boulevard Victor Hugo, lieu de l’interpellation mortelle.

 

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