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« Le dictionnaire des mots français d’origine arabe » présenté par Salah Guemriche à Marseille

18 novembre 2008 - Dernier ajout 28 novembre 2008

« Il y a deux fois plus de mots français d’origine arabe que de mots français d’origine gauloise », telle est la thèse soutenue par Salah Guemriche après avoir écrit son « dictionnaire des mots français d’origine arabe ». Paru en 2007 aux éditions du « Seuil », l’ouvrage qui fouille dans le passé lointain du vocabulaire français offre au lecteur d’étonnantes révélations. Invité par l’association « Connexions Interculturelles », l’auteur du livre, écrivain et ancien journaliste, Salah Guemriche était lui-même à Marseille pour en parler avec exemples et explications à l’appui.


 

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présentation du dictionnaire au théâtre "les 3 Actes"

Quatre années de travail au total, ont été nécessaires à Salah Guemriche pour accoucher de ce pavé de 900 pages dans lequel sont répertoriés quelques 397 mots français dont l’origine n’est ni grecque, ni latine mais arabe. Pas spécialiste pour un sous, l’auteur s’est pourtant lancé dans ce travail analytique et comparatif digne d’un historien ou d’un linguiste. Appuyé et encouragé par de fins connaisseurs et éminences grises du domaine en question , tels que : la linguiste et professeure à la Sorbonne Henriette Walter, feu Abdelmajid El Houssi écrivain tunisien et titulaire de la chaire de linguistique à l’université de Venise, le dictionnaire de Guemriche préfacé par l’académicienne Assia Djebar est une première du genre.

A l’origine de cette entreprise colossale, « un pari avec mon fils » raconte l’auteur, doublé de deux occurrences qui ont marquées sa propre enfance et qui marqueront par la suite les mémoires de plusieurs générations d’écoliers d’origine. A savoir les deux fameuses assertions des manuels d’histoire pour collégiens : « nos ancêtres les Gaulois… » . Ainsi que : « En l’an 732, Charles Martel écrasa les arabes à Poitiers… ». Deux affirmations d’anthologie validées par l’ensemble de l’intelligentsia et des livres d’histoires de notre pays qui suscitent interrogations et curiosité chez Salah Guemriche.

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Salah Guemriche, auteur du livre et ex journaliste

Tout d’abord, l’explication communément admise arguant une évidente apparentée entre le patronyme « Martel » et le mot « marteau » soutenant que le nom de Charles Martel trouve son origine du seul fait historique que ce dernier aurait massacré les arabes à coups de marteau, n’est pas faite pour satisfaire l’auteur. Il fouille alors dans les archives concernant le personnage et remontant à une époque lointaine, M. Guemriche découvre en effet qu’à moins de croire en la prédestination, Charles Martel a depuis sa naissance toujours porté ce nom, bien avant même le supposé massacre des arabes à coups de marteau.

« Il y a parfois des fabrications historiques biscornues et des explications montées de toute pièces », explique l’auteur. De cette supposition, Il n’en demeure pas moins convaincu pour ce qui concerne de nombreux mots de la langue française. Il évoque à ce propos, « une véritable stratégie de détournement » qui consiste à : « ignorer l’origine d’un mot pour en inventer une latine ou grecque ». Et en ce sens, les exemples abondent. Des mots : risque, trafic ou calame, nous viendrait-il à penser que leur source est arabe ? C’est pourtant bien le cas. Pour ce qui est du mot « trafic » par exemple, Le Petit Robert signale une regrettable « origine inconnue » ou un emprunt à « traffico » de la langue italienne ; quant au mot « Calame », certains des plus édifiants lexiques de la langue française le font dériver du latin : « Calamus » qu’ils attestent en date de 1339. Pour d’autres, le mot découle directement du grec « Calamos ». Pourtant, l’auteur ne manqueras pas de relever une étrange similitude phonétique avec le mot arabe : « qalam » , qui signifie : plume, crayon, stylo. Lequel se rapproche, là encore, du terme arabe : « kalam », c’est à dire : « ce qui a trait à la parole, au discours ».

Sans nous attarder plus avant sur les mots Amalgame, Algorithme, Magasin, Algèbre, Albatros ou Cramoisie ainsi que sur les trois cents noms d’étoiles d’origine arabe ; retenons néanmoins que le mot « arobase » qui a donné naissance par les soins d’un anglo-saxon, au fameux signe internationalement connu et défiant toute modernité, trouve également son aïeul en terre et langue « arabicque », ainsi nommée de Rabelais.

Rabelais, l’une des références suprême de la langue et de la culture française, aurait lui-même pratiqué la langue arabe et séjourné en terre « arabicque ». Le père de Gargantua et Pantagruel tiendrait même son nom, selon Salah Guemriche de son art de la moquerie et de sa propension à l’humour. « Rab al Hazil », décortique M. Guemriche, signifie en arabe « Le maître farceur ». S’il ne s’agit là que d’une heureuse coïncidence, concédons toutefois, qu’elle sied à merveille au principal trait de caractère des œuvres de Rabelais, sans omettre non plus l’étrange et remarquable proximité phonétique entre les appellations française et arabe concernant le personnage.

Aussi selon la linguiste Henriette Walter, sur les 4192 mots d’origine étrangère dans la langue française, 25% proviennent de l’anglais, 16% de l’italien, 13% de l’allemand et 7% de l’arabe. Ce qui fait que : « L’arabe a donné plus de mots au français que d’autres langues européennes », conclut M Guemriche.

En définitive, soutiendra l’auteur du dictionnaire, « un tel travail consistait à rendre à César ce qui revient à César mais surtout à montrer qu’il n’y a pas de culture supérieure à une autre, bien qu’il y ait des langues plus élaborées que d’autres ». Et de tenter une improbable analogie sous forme d’interrogation entre les mots et les êtres-humains : « Si les mots s’intègrent aussi aisément à une langue, pourquoi ne peu-il en être de même pour les humains ? »

Une question qui reste somme toute ouverte et dont le premier élément de réponse pourrait relever d’une différence fondamentale d’essence.

Pour l’académicienne Assia Djebar qui a salué dans la préface du livre le travail de M.Guemriche, selon elle cet ouvrage est « un formidable point de repère pour les jeunes issus de l’immigration afin qu’ils sachent qu’ils ne viennent pas de nulle part ».

Une étape est pourtant elle, belle et bien en devenir qui susurre selon les mots de Nietzsche aux oreilles de nos générations la maxime suivante :
« Féconder le passé pour créer l’avenir, tel est mon présent ».

 

par Nabiha Gasmi - Dans > Des Livres



 

 

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