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« Le cri de Sétif résonne à Marseille comme un cri d’égalité »

17 mai 2011 - Dernier ajout 18 mai 2011

Comment se positionnent les français issus de l’immigration postcoloniale vis-à-vis des massacres du 8 mai 45 en Algérie. Comment ces élus marseillais, ayant cette double identité, vivent-ils la « non commémoration officielle » de cet autre 8 mai ? Quelles actions ces militants politiques doivent-ils mener pour favoriser l’émergence de cette mémoire dans les consciences collectives et ce, de façon officielle ? Autant de questions qui ont fait l’objet de la troisième table ronde, animée par Ahmed Nadjar, directeur de Med’in Marseille. Haouaria Hadj-Chikh, conseillère d’arrondissement et conseillère communautaire des 13/14ème arrondissement, Nassurdine Haidari, Adjoint au maire (PS) du 1er secteur de Marseille, Maurad Goual, ancien élu UMP et Mohamed Bensaada, président de Quartiers Nord/Quartiers Forts ont pour la plupart d’entre eux, le « sentiment de vivre cette mémoire de façon schizophrénique ».


 

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Tout être humain aspire à l’égalité des droits. La France a dans ses traditions de lutte incorporé cette nécessité d’accession à l’égalité rappelle Ahmed Nadjar, directeur de Med’in Marseille. La révolution de 1789 n’avait pris d’autres directions que celle qui allait devenir la tradition française : le respect de tous à travers le respect de leur mémoire, de leur identité et de leur liberté multiple et de leurs droits.

L’Histoire française a pourtant dérogé à ces règles. Les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata sonnent comme le glas de la trahison des valeurs jusqu’alors prônées. En effet, « la République s’est constituée avec du sang dans les mains » rappelle Nassurdine Haidari, Adjoint au maire PS du 1er secteur de Marseille. « Les évènements du 8 mai 45 sont les visages d’une république qui d’un côté célèbrent la victoire des hommes contre l’infamie et d’un autre côté qui pratiquent la torture et le viol sur des personnes qu’elles ne considèrent même pas comme des êtres humains ».

« Le cri de Sétif résonne à Marseille comme un cri d’égalité » poursuit Nassurdine Haidairi, d’origine comorienne et qui a une histoire personnelle qui le lie à l’Algérie à travers deux hommes de grande valeur. Frantz Fanon qui lui a « appris la douleur de cette guerre à Sétif » et Abdelmalek Sayad qui lui a « inspiré son engagement politique ».

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De son côté Haouaria Hadj-Chikh, conseillère d’arrondissement (13/14), née en Algérie, et ayant effectué toute sa scolarité dans l’école républicaine française, avoue avoir « une relation assez intime avec l’histoire de l’Algérie et l’histoire de « l’autre 8 mai 45. Une relation qu’elle qualifie de « schizophrénique ». «  Les chiffres étant absents et l’histoire n’étant pas racontée, j’ai le sentiment de vivre cette mémoire de façon schizophrénique » explique-telle.

Un sentiment né le jour de sa première commémoration du 8 mai 45 au cours de laquelle elle fût associée au maire pour poser une gerbe. « Je me disais : qu’est ce que je fais là. On ne pensait pas à cette armée composée de beaucoup de mes ancêtres. Pour le coup, j’en ai plus fait. C’est schizophrénique. On se pose trop de questions et ça fait mal au mental ».

Un dilemme que rencontre également Maurad Goual, ex-élu UMP, qui avoue être nu devant l’histoire de son pays et de ses origines. « On est de véritables schizophrènes. On a deux identités sans racines. D’où la complexité de la tâche » résume-t-il. Pour faire face à cette situation et pour avancer, Maurad Goual a choisi de se reconstruire à travers la construction d’un patrimoine personnel. Pour cela, il n’a pas hésité à aller visiter vers les lieux où se sont battus les tirailleurs de l’armée d’Afrique pendant la seconde guerre mondiale. A Monte Cassino en particulier, où un régiment de tirailleurs a participé à la reconquête de l’Italie. Il également visité le cimetière de Venafro où reposent 7000 tirailleurs africains.

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Mohamed Bensaada, président de l’association Quartiers Nord/Quartiers Forts dénonce quant à lui les massacres perpétrés par l’armée française le 8 mai 45 alors que des femmes et des hommes manifestaient pacifiquement en criant : « Tahia Djazair » (Vive l’Algérie, ndlr).

« En tant que fils, petits-fils de ces gens qui sont morts à Sétif, j’ai le droit de me reconnaitre dans ce : « Tahia Djazair ». Je ne suis pas le produit d’une histoire qui est toute blanche ou toute noire, je suis le produit d’une identité multiple qui n’est pas discutable et qui n’est pas négociable » résume t-il sous les applaudissements de l’assistance.

« Pourquoi on a tant de mal à défendre des causes ? »

A cette question qu’il pose à la communauté maghrébine, Maurad Goual affirme que « tant que cette communauté n’aura pas franchi l’étape du besoin social, de la sureté vitale, sans se soucier de savoir ce que va être demain, elle ne pourra pas passer au besoin d’appartenance » et au besoin de connaitre son histoire.

La solution serait-elle l’engagement politique d’un plus grand nombre de personnalités marseillaises issues de l’immigration post-coloniale ? La question ne laisse pas indifférent. « Exister, c’est exister politiquement » disait Abdelmalek Sayad. Ce brillant intellectuel brillant a notamment inspiré l’engagement politique de Nassurdine Haidari, seul comorien à être adjoint au maire dans une ville qui compte plus de 80 000 comoriens. Mais ce dernier tient à mettre en garde contre toute assignation communautaire. « Nous devons apprendre à parler d’égal à égal » insiste-il pour aussi expliquer son engagement politique. Un engagement politique qui lui permet aujourd’hui d’évoquer un peu cette histoire de France occultée.

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« Dans cette schizophrénie, il va falloir trouver notre chemin de construction d’histoire »

Quant à Haouaria Hadj-Chikh, ce sont les combats sociaux qui l’animaient, qui l’ont poussé à s’engager politiquement. Même si elle avoue que le combat politique est très difficile. Candidate aux municipales, « j’avais demandé la délégation « développement économique, emploi, formation » mais on m’a réservé la délégation qui nous sont attitrées à savoir « la vie associative et la citoyenneté ». Comme si notre discours était le plus adapté pour parler aux noirs et aux arabes. Dans cette schizophrénie, il va falloir trouver notre chemin de construction d’histoire ». Maurad Goual est à quant à lui persuader qu’ « on ne pourra avancer que si l’ensemble des élus (de Droite et de Gauche) (issus de l’immigration postcoloniale, ndlr) s’accapareront de nos problématiques ». Pour favoriser cette démarche, il préconise notamment une plus grande représentativité de ces élus.

De son côté Mohamed Bensaada est convaincu « qu’on trimbale encore aujourd’hui les oripeaux de ce complexe de colonisé. Au juste, qu’est ce que la diversité » interroge-t-il. « Ce n’est rien d’autres que de la discrimination positive à géométrie variable, qui ne dit pas son nom et qui repose sur la cooptation. La question doit être posée sur la façon dont fonctionne la république. On nous dit qu’il faut des élus mais ce n’est pas des élus qu’il faut. C’est des Haouaria et des Nassurdine à la place de Jean-Noël Guérini » lance le président de l’association Quartiers Nord/Quartiers Forts.

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Cette troisième commémoration organisée par l’Espace Franco-Algérien - association désormais portée par la nouvelle présidente Ghania Oudali - aura permis d’apprécier les engagements et le courage politique des élus qui ont fait le déplacement le 8 mai dernier. Ghania Oudali a en effet souhaité saluer le courage de Patrick Mennucci, maire socialiste du 1er secteur de Marseille, qui n’a pas hésité à affronter ce genre d’évènement. « Ce n’est pas facile » a-t-elle reconnu. Elle a également tenu à remercier le maire du 1er secteur pour les engagements qu’il a pris en public même s’il a déjà commencé à œuvrer en direction de notre communauté via certaines commémorations déjà existantes » s’est-elle réjouie. "Le 8 mai 45 est quelque chose de très lourd à apporter pour une poignée de personnes de l’Espace Franco-Algérien. Cette association qui n’est pas subventionnée tient à sa liberté" a t-elle tenu à préciser. Cette dernière note aussi une progression significative dans la prise de conscience qu’il faille inscrire cet autre 8 mai 45 dans les pages de l’histoire de France. En trois ans l’Espace Franco-algérien a contribué à rendre visible cette histoire" a-t’elle conclu. C’est donc vers une dynamique positive que s’inscrivent les projets de l’Espace Franco-Algérien PACA, qui promet pour l’année prochaine un autre évènement de taille notamment parce que ce sera l’occasion de fêter le cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie.

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