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« Le Sursaut », l’alternative marseillaise pour les municipales ?

19 octobre 2013

Collectif de citoyens et de membres de partis politiques insatisfaits des réponses des partis traditionnels, « Le Sursaut » en appelle à tous les Marseillais pour « un sursaut démocratique pour vivre mieux et ensemble à Marseille ». Ancré à gauche, ce nouveau mouvement alternatif, héritier du mouvement des Gabians, lancé l’an dernier, en est à sa constitution et cherche une façon de peser sur l’échiquier politique local, en vue de l’échéance des municipales. Malgré l’insistance du mouvement sur la nécessité d’un rééquilibrage de la ville, Nord-sud, la première réunion, en centre ville n’a pas vu la présence des acteurs des quartiers Nord.


 

Mercredi dernier, à la Maison de l’architecture et de la ville, près du cours Lieutaud, se tenait un forum public organisé par le nouveau collectif « Le Sursaut ». Dénonçant tour à tour le « système de gestion qui a entraîné la ville dans une spirale de déclin marquée par le règne du clientélisme, de l’inertie, d’une absence de vision mortifère pour la ville », la fracture de Marseille en ville à deux vitesses, « une gestion à l’agonie », le Sursaut en appelle à lutter contre la pauvreté et les inégalités sociales.
Une soixantaine de curieux et militants avaient fait le déplacement. La première partie de la soirée a été consacrée à la présentation du nouveau mouvement par les premiers fondateurs, à savoir Sébastien Barles, Pierre Alain Cardona (chef d’entreprise, militant PS, mouvement Utopia, fondateur du réveil marseillais) ou François Pecqueur, responsable du Point de bascule. Puis des « invités référents » sont intervenus publiquement, avant que le public ne prenne, à son tour, la parole. Au fil des intervenants et des réactions du public, les idées, pour Marseille ont fusé. Mais le Sursaut saura-t-il rassembler l’aile gauche de Marseille, ne pas trop se verdir, et surtout s’associer aux acteurs des quartiers Nord ?

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Pierre Alain Cardona, militant PS, Mouvement Utopia, Réveil marseillais

Le Sursaut ; les Ecolos sans EELV ?

Impliqué dès le départ dans le collectif, avec le mouvement des Gabians, Sébastien Barles d’EELV explique : « Ca fait un an qu’on a monté le collectif des Gabians, le Sursaut, c’est la suite de ce collectif qui rassemble des militants politiques et syndicaux, des associatifs, des chefs d’entreprise, notamment dans le domaine de l’économie sociale et solidaire, des acteurs de terrain, des travailleurs sociaux, des militants de quartier et beaucoup de citoyens non encartés, non organisés. » Puis, il précise : « Avec le Sursaut, nous lançons un deuxième appel, l’idée est de dépasser chacun nos chapelles respectives. L’objectif est de réunir les conditions pour bâtir une liste aux Municipales, qui serait une liste citoyenne, éventuellement soutenue par les formations politiques, mais citoyenne. Le pari que l’on fait, c’est le pari de l’intelligence collective qui est de mettre la ville en mouvement, sur la base d’un projet qui serait fondé sur l’intérêt général, ce qui manque cruellement dans cette ville. »

Qui mettre en tête de liste ?

Interrogé sur son éventuelle participation en tête de liste, Sébastien Barles déclare : « Je pense qu’il faut pour celui qui incarnera ce rassemblement, une personne qui ne vienne pas d’un parti politique. L’idée est de faire une liste à l’image de la ville, de sa diversité. » Sur le rapport entre le Sursaut et EELV, il précise « Nous sommes beaucoup de militants écologistes dans le Sursaut et je ne pense pas qu’il y aura une liste ‘EELV -EELV ‘ aux municipales, l’idée est qu’il y ait une seule liste, qui soit celle du Sursaut ».

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Sébastien Barles et Victor Hugo Espinosa (Président d’EcoForum)

Concernant la couleur politique du Sursaut, il s’en explique : « Le Sursaut reste ancré à gauche. Il n’y a qu’un tiers de militants politiques, ça va du Front de gauche au Modem ». Pour l’heure, le mouvement cherche à s’étendre, se financer (un appel à financement est lancé) et s’entendre sur un projet politique. « Différentes actions sont prévues, il va falloir se structurer par secteur, et arrondissement ».

Trop tôt pour une liste commune ?

La porte-parole du Front de gauche, Marie Batoux précise l’implication de son parti, avec un petit bémol : « Nous suivons le Sursaut sans y être, depuis le départ. Mais notre ligne, au Front de gauche, reste l’anti austérité et le refus des logiques libérales. Le Sursaut va travailler sur une ligne politique. De notre côté, nous gardons la porte ouverte à tout espace de discussion pour parvenir, à terme, à une liste commune ».

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Marie Batoux, la porte-parole du Front de gauche

Pour elle, il est nécessaire de présenter une liste commune de « la gauche de la Gauche », notamment dans le 13/14ème, ce, face à la menace du Front National. Cette liste commune sera-t-elle avec ou sans le Sursaut ? « Il est trop tôt pour le savoir, même si pour nous, il manque une dimension sociale dans les textes du Sursaut. L’objectif est quand même que le Sursaut et le Front de gauche soit ensemble sur une liste au premier tour des élections », résume-t-elle.

Sur le fond, le « Sursaut » travaille sur trois questions. Celle d’abord de la réunification de la ville, l’idée est de retisser une ville solidaire face à l’urgence sociale, celle du développement économique avec le souhait d’impulser une reconversion économique, notamment avec les emplois verts. Enfin, le dernier point sur lequel tout le monde semble être d’accord : la moralisation de la vie publique et la création de nouveaux espaces de démocratie locale.

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François Pecqueur, responsable du Point de bascule et Kaouther Ben Mohamed

Autre active participante, Kaouther Ben Mohamed, militante sociale et politique, ancienne directrice de campagne de Joël Dutto, (conseiller général PC), confirme ce besoin de moralisation de la vie politique. Pour elle, l’engagement politique est quasi impossible à Marseille en l’état des choses : « Je suis militante de gauche sans être encartée, j’ai démissionné à plusieurs reprises d’organisations politiques, parce que je n’acceptais pas de jouer le jeu politique de certains élus c’est-à-dire la promotion canapé. C’est impossible d’évoluer en restant intègre et de faire des choses concrètes pour la population. Je me suis rendue compte que les partis, c’était toujours la même chose, nous sommes sur des enjeux de personne et de fauteuil et non plus sur des enjeux de société. Or, Marseille va de mal en pis. » Puis, elle poursuit sur la nécessité de s’engager pour Marseille : « J’ai eu un électrochoc. Quatre jeunes dont je m’occupais quand ils étaient adolescents sont décédés, lors des règlements de compte, alors qu’à la base c’étaient des enfants normaux qu’on a laissé tombés. Ce fut, pour moi une sonnette d’alarme. J’ai été sollicitée par les partis pour les élections. Mais, je me suis rendue compte qu’il n’y avait vraiment personne sur le terrain, mis à part pendant les élections. Il y a des piranhas que sont les politiques locaux qui veulent juste nous manger et garder leur fauteuil. Et en face on a le vide. C’est le moment ou jamais d’unir les personnes de bonne volonté qui travaillent chacune dans leur coin. Nous ne sommes pas d’accord sur tout bien entendu, mais nous prenons les points communs pour faire en sorte que Marseille nous ressemble et nous rassemble. »

D’ores et déjà quatre rendez-vous sont pris, le 23 octobre un pique-nique est organisé sur le Vieux-Port, le 6 novembre, une ballade urbaine, le 19 novembre, des états généraux de la démocratie locale, et le 10 décembre seront abordées les questions éducatives.

Parmi les premiers signataires de l’appel se comptent des militants associatifs et politiques, culturels ou sociaux comme le président d’Eco forum, Victor Hugo Espinosa ou le fondateur de la Friche, Philippe Foulquié. Mais Yamina Benchenine, porte parole du collectif du premier juin, qui est citée comme signataires, interrogée, par téléphone sur sa participation au Sursaut s’étonne. « Je ne suis pas au courant du Sursaut, je ne vois pas pourquoi on cite mon nom ! Il y a eu un appel des Gabians, dans lequel il y avait beaucoup de personnes de gauche que je connais, c’est une réflexion constante et pertinente, très constructive, sur la situation de la région PACA et la montée du Front National. J’ai signé pour les Gabians pour un appel à la lutte contre le Front National. Depuis, mon nom passe au Sursaut. Or, je ne connais pas les personnes qui ont signé pour le Sursaut. Je ne suis pas du tout au courant de ces réunions. Le problème est là, il faut arrêter de faire de la politique par produit de récupération. Moi, je ne connais pas les Verts, dans les quartiers Nord, ils n’existent nulle part. La seule porte d’entrée dans les quartiers Nord d’EELV, c’est Karim Zéribi, pour moi ce n’est pas la bonne porte ! Les Verts ne se ressemblent pas tous, d’accord ! En attendant, je ne sais pas qui ils sont. »

Pour un mouvement progressiste plus large

Dans son intervention publique mercredi soir, Jean Canton (urbaniste, ex directeur général de l’urbanisme et de l’habitat de la ville de Marseille) signataire du Sursaut, estime qu’il faut aller plus loin qu’un simple sursaut alternatif : « Je suis personnellement favorable à ce qu’on crée un grand mouvement progressiste et citoyen. Je trouve bien qu’il y ait un mouvement alternatif qui se constitue, mais je pense que cette ambition est insuffisante. »

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Sébastien Barles et Jean Canton ( ex directeur général de l’urbanisme et de l’habitat de la ville de Marseille)

Et il propose à la réflexion des pistes de solution pour Marseille : « Il faut revoir tous les blocages de Marseille comme les problèmes d’emploi, économiques, sociaux, de l’urbanisme… Les zones franches ont coûté 400 millions d’euros pour 13000 emplois créés, et on peut se poser la question de savoir si ce dispositif n’a pas tout simplement dédouané tous les politiques marseillais d’avoir une véritable politique de développement économique. De plus, en ce qui concerne le système éducatif, 3000 jeunes sortent chaque année, à Marseille, sans diplôme. Je pense qu’il faut davantage d’écoles de la seconde chance et pas uniquement dans les quartiers Nord. Car pour l’instant le système éducatif traditionnel ne leur propose aucune autre alternative et on ne peut pas attendre quinze ans qu’il se réforme ».

 

 

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