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Le Sida, Hadda Berrebouh n’en veut pas

3 décembre 2010 - Dernier ajout 7 décembre 2010

Dès la fin des années 80, face au fléau du sida qui décime les jeunes de la cité des Flamants, Hadda Berrebouh monte l’association « Les amis de l’espoir ». Patiemment, elle réussit à briser le tabou de la maladie, en faisant du porte-à-porte pour informer et prévenir. Aujourd’hui elle poursuit la lutte, distribuant préservatifs et affiches. Mercredi, plusieurs dizaines de personnes se sont réunies dans son local, pour marquer la Journée mondiale contre l’infection mortelle.


 

« Il est venu soixante personnes hier à l’association ! » Hadda Berrebouh ne cache pas sa satisfaction. Encore une fois, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le Sida qui a eu lieu mercredi 1er décembre, le local situé au premier étage du bâtiment 6 de la cité des Flamants a fait salle comble. Parents et jeunes, amis, habitants se sont retrouvés autour d’un « grand couscous » pour discuter de tout, mais surtout de la maladie. « Il y a eu un bon dialogue ». Même les élus locaux ont rendu une visite amicale. Au programme : distribution de préservatifs, de prospectus, visionnage de vidéos et point sur les avancées en matière médicale. Venue en renfort, l’antenne marseillaise de l’association Aides a installé un stand avec des jeux et a remis à Hadda Berrebouh affiches, et DVD de prévention.

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Hadda Berrebouh reçoit ceux qui le souhaitent au siège de son association, mais n’hésite pas à parcourir la cité des Flamants à la rencontre des habitants.

Dans les années 80, une maladie fait des ravages, notamment auprès des toxicomanes, des héroïnomanes. En 1984, le professeur Luc Montagnier isole le virus : le syndrome d’immunodéficience acquise. Le Sida a un nom. A Marseille, les quartiers ne sont pas épargnés, bien au contraire. La prévalence se révèle forte parmi les usagers de drogues dures. Aux Flamants, dans le nord de la ville, c’est l’hécatombe. Des fratries entières disparaissent : « Mes meilleures copines ont perdu un, deux, voire jusqu’à trois enfants », se souvient Hadda Berrebouh. En vingt ans, une trentaine de jeunes a été fauchée dans la fleur de l’âge. Elle qui a élevé dix enfants n’est pas touchée personnellement. Mais cela la prend aux tripes et elle décide d’agir. Avec d’autres « mamans de l’immigration », elle fonde l’association « Les amis de l’espoir ». L’objectif est de « briser le tabou sur l’injection de drogue »*, et ses conséquences : les overdoses et la transmission du VIH par partage de seringues. Car « garder le « secret » a aussi à voir avec des logiques sociales liées à la trajectoire migratoire et à la sociologie du lieu de vie […et] révèle aussi les liens entre la circulation de l’information entre « ici » et « là-bas ». […] En décidant de sortir du silence, c’est donc l’ensemble de ces normes et logiques sociales que les mamans cherchent à reformuler », note l’Onusida**.

Un travail de fourmi qui paye

« Avant, quand quelqu’un avait le Sida ou se droguait, c’était presque dégradant pour la famille, on n’osait pas en parler. Et on croyait que même en passant à côté de quelqu’un qui était malade, on pouvait l’attraper ». Hadda Berrebouh prend alors le parti de faire du porte-à-porte. D’aller à la rencontre de ses voisins, de délivrer l’information en vis-à-vis, « sans aller franchement sur le sujet » dans un premier temps. Peu à peu, ce sont les habitants du quartier qui viennent à elle. « Les amis de l’espoir » sollicitent l’intervention « de professionnels de la santé, de médecins, d’éducateurs », pour démythifier la maladie et ses modes de propagation. Pour Kheira Kherroubi et Marie Rosembert, qui travaillent au côté d’Hadda depuis de nombreuses années, cette dernière a « contribué à sauver des vies en faisant de la prévention ».
A l’époque comme de nos jours, la maladie ne choisit pas ses cibles et frappe sans distinction de classe ou d’origine. « Même dans les familles aisées le sujet était très tabou ». Des parents de jeunes concernés, habitant le centre ville ou les quartiers sud de Marseille n’hésitent pas à s’adresser à Hadda pour obtenir des conseils.

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© Julie Pomery

Aujourd’hui, avec les bénévoles de toujours, celle qui a reçu la légion d’honneur en 2001 pour l’ensemble de son œuvre associative tient une permanence deux fois par semaine. Les lundis et jeudis, elle offre le café, tient à disposition une corbeille de préservatifs. Dans le cagibi, deux cartons regorgent de vieilles cassettes vidéo, contenant les témoignages de malades du Sida, de parents ayant vu leur enfant partir. Elles ont été visionnées un tel nombre de fois, que la bande s’en trouve complètement abîmée.
Désormais, Hadda Berrebouh est à la tête de deux associations de prévention Sida, Energy Jeunes et Message. La seconde est volontairement et essentiellement tournée vers les jeunes filles, « souvent oubliées ou dont on ne parle pas ». Des journées portes ouvertes sont organisées à l’approche de l’été, afin de sensibiliser les adolescents et les inciter à se protéger, dans une période particulièrement propice aux rencontres. « On travaille avec nos moyens, ce n’est pas grandiose, mais si on peut faire de la prévention – sans parler de sauver des vies – c’est déjà ça ».
Le Sida n’a qu’à bien se tenir. La femme d’honneur ne lâchera pas.

* cf. Femmes migrantes et VIH/Sida dans le monde : une approche anthropologique, lettre d’information du Crips, mars 2005.
**cf. L’approche culturelle de la prévention et du traitement du VIH/Sida, Unesco/Onusida, novembre 2004.

 

 

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