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Le Printemps arabe, c’est aussi le Printemps des femmes, des jeunes et des nouveaux médias

19 avril 2012

C’est à Marseille que l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, l’Assemblée nationale, le Sénat et la Région PACA ont organisé un séminaire autour des transitions politiques et économiques dans les pays du Maghreb, du Machrek et du Golfe persique. Au-delà du point de vue de la Turquie au niveau de la démocratie et de l’islam, au-delà des défis sécuritaires dans le Moyen-Orient après le printemps arabe et tant d’autres situations sociétales, politiques et économiques qui demandent à être étudiées, un focus a été fait sur l’Évolution des dynamiques sociales : les femmes, les jeunes et les nouveaux médias. Pour apporter leurs lumières, deux femmes : l’une est journaliste pour l’agence de presse Reuters et spécialiste du Moyen-Orient, et la seconde est maître de conférence au Département de politique et des relations internationales à l’université de Westminster où elle intervient dans le cadre du Programme démocratie et islam. Rendez-vous honoré à l’hémicycle du Conseil régional.


 

« Les jeunes et les femmes ont joué un rôle important voir essentiel dans ces printemps arabes. Pour cette raison, il paraît important d’évaluer la manière dont ces forces sociales pourraient avoir une influence aujourd’hui et demain sur la situation au Maghreb et au Proche et Moyen-Orient. Il nous faut connaître leurs revendications et leurs attitudes, par exemple face à la Charia, ainsi que leurs modes d’organisations » a introduit Joëlle Garriaud-Maylam, modératrice, membre de la délégation française auprès de l’OP-OTAN mais avant-tout, sénateur des Français de l’étranger. Si ces révoltes ont mené certains pays à la résurrection, toute une série de questions soulève les esprits des pays membres à comprendre ces phases de transitions décisives pour mieux appréhender et s’adapter.

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Hémicycle du Conseil régional en présence de parlementaires des pays membres de l’OTAN et de pays d’Afrique du nord et du Moyen-Orient, des diplomates, des universitaires et des personnalités du monde économique

Ce printemps arabe, c’est d’abord la révolte d’une jeunesse harassée par l’immobilisme, le chômage de masse et la corruption. « Les jeunes sont nombreux à être sortis de la faculté insatisfaits. Il y a aussi la crise des jeunes de 30 ans, qui ne peuvent toujours pas créer de famille » indique Lin Noueihed, journaliste de Reuters, avant de préciser que « dans les pays arabes, plus de 60% des personnes ont moins de 30 ans ». Si cette jeunesse a été placée au premier plan pour subir les effets du despotisme, elle a surtout été la première à prendre cette forme de gouvernance avilissante à bras le corps. Pourvue d’une certaine conscience politique et désireuse d’une réelle métamorphose, rien n’aurait été possible sans cet élan d’espoir qu’est la jeunesse. Certes aguerrie aux NTIC (Nouvelles technologies de l’information et de la communication), Lin Noueihed affirme que la révolution de la communication avait déjà commencé depuis une vingtaine d’années : « dans les années 90, il y a eu l’explosion d’internet et du blogging, en 2005, 25 millions de personnes bénéficiaient d’Internet dans les pays arabes, et en 2011, ils étaient quatre fois plus ». Elle se souvient qu’« avant le Printemps arabe, les bloggeurs se réunissaient pour discuter des thèmes interdits. Il y a par exemple deux collectifs en Tunisie qui ont publié, grâce à Wikileaks, une série d’articles portant sur la corruption et les malversations de Ben Ali ». Si les espaces de liberté et d’expression ont été longtemps restreints, Internet a ouvert la voie de l’échange, transmis le support pour sensibiliser et nourri la maturité pour agir. Il en a alors découlé de la toile un flot d’informations et une multiplication de l’opinion publique difficile à filtrer pour les gouvernements : « ces réseaux, qui étaient créés en ligne, étaient morcelés. Si quelqu’un était arrêté, un autre prenait sa place. Il y avait une perte de contrôle du gouvernement et des autorités, et une réelle difficulté pour les arrêter » confie Lin Noueihed. S’est donc instaurée dans certains pays, en sus d’une censure de la parole, une censure numérique comme le black-out égyptien. « C’est une conclusion des gouvernements un peu contradictoire dénote t-elle, ils ont perçu Internet comme une menace mais il est apparu que ce n’était qu’un instrument comme un autre ». Les réseaux plus traditionnels comme le bouche-à-oreille sont restés les plus fiables.

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Exposition-photos sur les Printemps arabes à l’Hôtel de Région (jusqu’au 28 juin)

« Les médias sociaux ont façonné la façon dont les médias à l’international ont pu suivre ce qui s’est passé lors du Printemps arabe » déclare Lin Noueihed et l’explique en partie : «  les journalistes étrangers qui ne parlent pas l’arabe et qui n’ont pas de contacts dans ces pays-là indiquent pourquoi l’actualité a été limitée pendant un certain temps ». En effet, quand Mohamed Bouazizi s’est immolé, ce sont des vidéos amateurs qui ont été diffusées. Mais elle évoque aussi le danger d’une telle couverture médiatique qui s’est présentée : « certains activistes, qui parlaient anglais et diffusaient l’information, ne représentaient qu’une élite de jeunes instruits des villes qui ne reflétaient pas l’ensemble de l’opinion publique ».

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Lin Noueihed, journaliste pour l’agence de presse Reuters

Ces médias alternatifs et citoyens, dits nouveaux médias, ont fleuri à hauteur du poids de l’asphyxie subie, laissant par la porte entrebâillée entrevoir le mot liberté. « Les nouveaux médias ont galvanisé les jeunes. Les activistes, qui auraient dû avoir accès à la presse écrite ou à la radio, ont pu le faire de manière plus facile » souligne Lin Noueihed. Aujourd’hui, elle dresse un bilan : « la situation varie d’un pays à l’autre mais en général, le Printemps arabe a encouragé la croissance des nouveaux médias en 2011. En Tunisie et Libye, les anciens médias ont reçu une cure de jouvence et les moyens de transmissions ont explosé. Les médias sociaux sont de plus en plus sollicités avec plus d’utilisateurs et de lecteurs. Mais la frontière entre le militantisme et le journalisme reste floue. Est-ce que les journalistes peuvent faire confiance aux militants qui communiquent des données et des chiffres sur des rassemblements ? Lorsqu’on se fie à des blogs ou des tweets, comment vérifier que les bloggeurs sont ceux qu’ils prétendent être ? »

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Maria Holt : ces recherches traitent notamment des conséquences sur les femmes des mouvements de résistance islamique au Liban et dans les territoires palestiniens, sur la situation des femmes d’origine palestinienne au Liban en terme d’identité et de mémoire

Lors de ce séminaire, Maria Holt est intervenue sur le rôle qu’on tenu et que tiennent encore les femmes dans la lutte pour la démocratie. De Sidi Bouzid à la place Tahrir, de Homs à la place de la Perle, elles sont massivement descendues dans les rues pour réclamer le droit à la démocratie, la justice sociale, la liberté et l’égalité, et dénoncer cet autoritarisme mais « c’est un combat qu’elles mènent depuis de longues années » précise Maria Holt. D’une majorité silencieuse, elles ont affirmé leur désir d’émancipation. « Aujourd’hui, il faut qu’elles incorporent la vie sociale » affirme l’intervenante de Westminster. Pour qu’elles puissent y parvenir, la volonté politique n’est pas encore assez palpable. « Bien qu’il y ait du progrès, les femmes accusent un retard tant en terme de participation que de représentation politique, d’analphabétisme et de travail [...] Ce n’est pas l’islam qui les opprime mais la continuité des valeurs patriarcales » juge le maître de conférence. Dès les premiers moments de soulèvement, les femmes ont bravé les traditions patriarcales en faveur de la lutte. Dans les communautés patriarcales, le rôle de la femme dans la vie sociale, économique et politique reste souvent dans l’ombre. Alors qu’elles ont été massivement impliquées dans ce mouvement révolutionnaire, force est de constater que peu de femmes ont été admises au tableau des politiques, malgré les promesses, : « dans le nouveau parlement égyptien, neuf femmes sont députés ». Mais en ce qui concerne le Comité constitutionnel, le Comité civil de consultation appelé Conseil des hommes sages en Egypte, aucune femme n’y a été intégrée. En Tunisie, la nouvelle composition de l’Exécutif a permis à trois femmes d’être incorporées au gouvernement. Globalement, « les femmes ne représentaient que 10,7% des parlementaires des États arabes, le plus faible au monde » souligne Maria Holt.

« Les actions occidentales, depuis le 11 septembre 2001, sont censées créer un espace démocratique mais elles ont échoué conclut Maria Holt. Aujourd’hui, il est important que l’Europe et l’Occident soutiennent les femmes ». Cette période de transition est déterminante pour celles-ci, «  rien est encore acquis mais ça se négocie ».

 



 

 

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