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Le Off d’Avignon et la démocratie culturelle : l’inépuisable chassé-croisé

3 août 2009 - Dernier ajout 5 août 2009

Deux ans après les états généraux qui se sont tenus en 2007, Christophe Galent, un des porte-parole du festival, nous confirme que le Off d’Avignon a effectivement pris un tournant décisif. L’association Avignon Festival et Compagnies (AF&C), créée en 2006 dans le but de fédérer les différents acteurs autour d’une philosophie partagée, a notamment permis la refondation du festival. Le Off garde cette irrésistible apparence de parfait bataclan mais, selon Christophe Galent, le festival a gagné en sérieux bien qu’il s’agisse toujours de trouver « la voie de la démocratie culturelle ».


 

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Le festival d’Avignon a été créé en 1947 par Jean Vilar, son pendant, le festival Off s’apparente à une forme alternative, indépendante et spontanée qui semble être en perpétuelle création depuis son émergence en 1963. Ce qui fait toute la force du Off, c’est que malgré, ou grâce à ces manières cavalières, le festival s’est imposé dans le paysage culturel pour devenir un vivier immanquable pour les amateurs comme pour les professionnels. Il se définit aujourd’hui comme un des plus grands festivals de compagnies indépendantes au monde. Cette année, le Off totalisait 825 compagnies et 980 spectacles présentés dans 105 lieux différents. D’après les moyennes de ces dernières années, on compte 250 000 spectateurs pour le Off, contre 150 000 pour le In.

Une démocratie culturelle, oui, mais dans quelles conditions ?

La discorde qui a enfiévré les dernières éditions était pourtant parvenue à semer de sérieux doutes sur la possibilité de poursuivre cette expérience inédite et de gérer l’alliage extrêmement complexe qu’est devenu le Off au fil des années. L’annulation du In en 2003, qui a été décidée afin de protester contre la réforme du statut d’intermittent, a mis en lumière le manque de visibilité du Off et la mésentente entre les partisans de l’association Avignon Public Off qui accompagnait le festival depuis plus de vingt ans et ses contestataires qui souhaitaient la mise en place des pratiques différentes. Jusqu’en 2007, une guerre des clans a sévi. Le paroxysme a été éteint en 2006. Durant cette édition, les deux associations qui se disputaient la gestion, même approximative, du Off sont arrivées à un tel point de non communication qu’elles ont toutes les deux accompagné le festival. Pour l’ensemble des participants, il semble que la manifestation n’a jamais été aussi confuse. Pour cause, chacune des associations vendait des cartes d’abonnement et imprimait son propre programme. Le conflit s’est poursuivi devant les tribunaux. Cependant, cette opposition n’était pas seulement la conséquence d’une lutte intestine pour le pouvoir. Elle posait la question essentielle de la survie du Off, c’est-à-dire de la survie d’un festival qui favorise une expression non institutionnelle et issue d’une diversité sociale et culturelle non contenue. Une quarantaine d’années après le premier Off, cette rupture semblait nécessaire, elle exigeait que l’ensemble des acteurs répondent à la question sous jacente : comment poursuivre cette expérience de démocratie culturelle ?

La scission a trouvé une issue suite à l’appel à l’union lancé en février 2006 par André Benedetto, le père fondateur du Off qui nous a récemment quitté, et grâce aux réponses apportées durant les états généraux qui se sont tenus en 2007. Depuis cette date, l’AF&C est la seule association qui accompagne le Off. En tant que président de l’AF&C, André Benedetto tenait à une « structure molle » qui ne trahirait donc pas l’esprit du Off mais qui en même temps mettrait en place les conditions nécessaires à la viabilité du festival. L’association se charge ainsi d’accompagner le Off à travers l’édition et la diffusion d’un programme tiré à 130 000 exemplaires, l’accueil et une nouvelle médiation avec le public en amont, une meilleure coopération avec les professionnels ainsi que la création d’un fond de soutien artistique bâti sur une redistribution des ressources générées. D’après Christophe Galent, en ce qui concerne l’édition 2009, l’AF&C peut surtout se féliciter de son travail de communication et de la pertinence de son choix d’ajouter un volet de débat au Off. Pour la première fois dans l’histoire du festival, Off et In, deux critiques ont été assignées en résidence et une douzaine de rencontres critiques sur le thème du spectacle vivant ont été organisées. D’après le porte-parole du Off, cette ouverture à la critique et au débat est la principale raison pour laquelle la presse nationale a moins vilipendé le Off que durant les années précédentes. Alors que le festival est régulièrement présenté comme « une immense foire » ou « un indigeste bric-à-brac », à la lecture de la presse cette année, les organisateurs sont heureux d’avoir gagné en sérieux.

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Et à quel prix ?

Certains ont craint qu’en tentant de canaliser ou de mettre de l’ordre dans le Off, on étouffe son foisonnement, qui est certes complexe mais qui reflète précisément la diversité des imaginaires et la réalité du spectacle vivant en France. Christophe Galent continue de penser qu’il n’y a aucune crainte à avoir, l’AF&C n’envisage toujours pas le moindre quota ou une quelconque présélection. Le Off reste un champ des possibles constamment en friche et en tant que festival indépendant, il est ouvert à toutes les compagnies, amateurs ou professionnelles, dans la mesure où chacune d’entre elles « assume entièrement son geste artistique et la charge financière de son spectacle ».

C’est précisément à ce stade que de nombreuses compagnies rencontrent un sérieux problème. C’est aussi à ce stade que la mythique démocratie culturelle trouve ses limites : le système libéral et la monnaie érigée en système souverain. Le libéralisme est fondé sur la loi du marché, c’est-à-dire sur la concurrence, la compétition et le rendement maximum. C’est exactement ce que propose le Off. Une offre atomisée, une concurrence libre et non faussée, des prix quasiment similaires et une stricte égalité de traitement dans la communication officielle. Vu sous cet angle, il s’agit en somme d’un intraitable marché. Cette année 4 000 programmateurs étaient présents.

Magdi Rejichi, un des comédiens de la troupe Peanuts, qui participe au Off pour la troisième année consécutive, a accepté de nous en dire davantage sur les difficultés financières que peuvent rencontrer les compagnies. A l’heure du bilan, les organisateurs du Off sont heureux d’annoncer qu’une centaine de lieux ont présenté des spectacles. Cependant, il faut préciser qu’une grande partie de ces lieux sont des salles de spectacles improvisées, des « garages » dans le jargon du Off, qui se louent pour 6 000 à 10 000 €. Les salles de spectacles officielles quant à elles, demandent jusqu’à 15 000 € pour une heure et demi de location. En comptant les frais de communication, et le salaire des membres de la compagnie, le budget nécessaire peut rapidement s’élever à 50.000 €.

Si la pièce n’est pas vendue durant le festival, la compagnie peine réellement à rentrer dans ses frais et pour certaines il est très dur de se relever du Off. Le fait est que les salles se louent à des prix invraisemblables, et seulement une vingtaine d’entre elles font acte d’un réel projet artistique. La liberté qu’offre le festival est à donc à double tranchant. La permissivité, le manque de cohérence et de lisibilité restent les éléments qui jouent gravement en défaveur du Off. Mais en interne, les critiques sont de plus en plus vives Cette année, Gérard Gélas, le directeur du théâtre du Chêne Noir, qui est un lieu de représentation historique depuis la naissance du Off, a décidé de ne diffuser aucun spectacle pour marquer sa volonté de ne pas cautionner cette politique des prix exorbitants. Qu’en est-il des membres de l’AF&C ? Pour Christophe Galent, le débat sur la démocratie culturelle et sur les conditions de sa mise en forme est toujours en cours, et d’ici là, pour reprendre la formule de Magdi, « les organisateurs vendent du rêve aux compagnies qui elles-mêmes en vendent aux spectateurs, et pendant un mois tout le monde vit dans le grand fantasme de quelque chose ».

La compagnie Peanuts est actuellement en résidence au Théâtre du Tétard, 33 Rue Ferrari 13005 Marseille.
Plus d’informations sur la compagnie sur http://lesonneur.com/

 



 

 

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