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Le Off d’Avignon : « Hiroshima mon amour » éternel

23 juillet 2010

Ils sont beaux, ils sont jeunes, ils vivent un amour fou. Il est japonais, elle est française. 1959, Hiroshima, c’est l’histoire d’une rencontre éphémère. Hiroshima mon amour d’après le fabuleux livre de Marguerite Duras est ressuscité au théâtre par Julien Bouffier, fondateur de la compagnie de Montpellier, « Adesso e Sempre ». Dans une mise en scène puissante, théâtre, vidéo et pop musique offrent une subtile et délicate harmonie. Un spectacle splendide.


 

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1959, Hiroshima. Une comédienne française, lors d’un tournage de film sur la paix rencontre un japonais. Leur passé les sépare et les rapproche comme un aimant. Lui : « tu n’as rien vu à Hiroshima. Rien ». Elle : « j’ai tout vu ». Elle « je n’ai rien inventé ». Lui : « tu as tout inventé »…Elle : « j’ai eu l’illusion devant Hiroshima que jamais je n’oublierai. De même que dans l’amour ». L’huis-clos est troublant.

Les premiers instants de la pièce, des images documentaires défilent sur un écran, construit de boîtes d’archives cartonnées. D’autres images plus actuelles se superposent : des hommes, des femmes témoignent aujourd’hui dans les rues d’Hiroshima. Reconstitutions, explications pour tenter de comprendre l’incompréhensible geste, le spectacle désolant : une ville anéantie par une bombe atomique. Une femme (Vanessa Liautey), vêtue d’un kimono blanc est tout près de l’écran, qui évoque immanquablement le film culte d’Alain Resnais, Hiroshima mon amour.

Passé et présent s’affrontent

Elle disparaît derrière l’écran mais les images parviennent au spectateur grâce à un remarquable travail de l’espace du scénographe. Le présent lui échappe, son passé resurgit. Elle tente de ranimer un homme. Les souvenirs l’assaillent : son amour de jeunesse pour un soldat allemand tué à la fin de la guerre. L’amour est interdit, l’honneur de la jeune française est entaché. C’était à Nevers, « never, jamais » dit-elle au japonais. Elle : « Tu es complètement japonais ou pas complètement japonais »... « Tu y étais à Hiroshima ». Lui : « moi non. Ma famille oui. J’étais à la guerre ». Elle : « c’est une chance…une chance pour moi aussi. Se connaître à Hiroshima, c’est pas tous les jours ».

Les lignes temporelles bougent : nous sommes dans le présent, dans le passé. Le futur n’existe pas. Le Temps traverse l’histoire, et deux personnages surfent dans cet espace temps. Au sortir du labyrinthe de la mémoire, elle se retrouve dans le présent avec le japonais. Leurs déplacements hâtifs dévoilent ce temps qui passe inexorablement, leur confrontation permanente entre leurs passés, leurs souffrances, leur plaisir d’être ensemble aussi. Sur scène, ils se séparent, ils se retrouvent. Une éphémère complicité naît entre les deux corps, entre les deux esprits. Lui : «  je crois que je t’aime ». Elle : «  Je me souviens de toi. La nuit ne va pas finir. Le jour ne se lèvera plus sur personne ».

La peur de l’étranger

Marguerite Duras transporte ses héros dans une situation saisissante. Elle imagine l’éclosion d’un amour, sentiment humain dans un endroit totalement déshumanisé, une ville victime d’une explosion de la bombe atomique. L’auteure interpelle l’Histoire, le rapport à l’autre. Surtout s’il est étranger : il est différent de nous, il a une culture autre, une religion autre, une histoire différente. Pour s’imprégner de cette atmosphère, de ces sentiments et ressentiments, le metteur en scène a d’ailleurs nourri son spectacle avec une part d’ailleurs. Le travail s’est construit à l’étranger, entre Barcelone et Hiroshima. Même l’acteur a été sollicité à l’étranger. Julien Bouffier voulait travailler avec le syrien, Ramzi Choukair.

Dans ce spectacle, rien n’est laissé au hasard. Tout est savamment dosé dans cette relation de folie, imprévisible, insaisissable. La musique est superbe. Dimoné a composé les mélodies sur les mots de Duras. La scénographie est singulière, surprenante. L’écran est le point névralgique de la scène. Ce support vidéo symbolise le film de Resnais. Mais sa composition fragile permet d’en jouer. L’écran est illusion et parfois rétablit la réalité du théâtre. Ainsi à un moment donné, le comédien Ramzi Choukair détruit ce mur de carton, l’écran vole en éclats.

Une bien belle adaptation du livre de Duras

Scénographie, vidéos, musique s’entrecroisent, se cristallisent, parfois se scindent brutalement. A l’image des déchirements d’un homme, d’une femme qui vivent une passion sans lendemain, partagés éternellement entre passé et présent. Les acteurs sont bouleversants, en totale osmose. Ils mettent à mal leurs états d’âme : ils naviguent entre détresse, bonheur, tristesse, remords, nostalgie. Une formidable et paradoxale envie de vivre…de mourir s’empare d’eux. L’interprétation est sublime, le texte de Duras est sauvegardé dans toute sa richesse et sa profondeur. Nous avons assisté à une véritable performance. Du grand art !

Hiroshima mon amour, d’après Marguerite Duras, par la compagnie « Adesso e sempre », de Montpellier, tél 06 33 37 18 81, fs@adessoesempre.com, site http://www.adessoesempre.com. Représentations jusqu’au 27 juillet à 10h 45 à « La Manufacture », 2 rue des Ecoles, Avignon, tél réservations 04 90 85 12 71

 



 

 

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