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Le Grand mariage, ascenseur social comorien

9 décembre 2008

Marseille serait la deuxième ville comorienne au monde avec deux fois plus d’habitants que la capitale des Comores, Moroni, qui en compte 35.000. Les comoriens issus de l’immigration encore récente dans la cité phocéenne, ont conservé les valeurs sociales et les traditions des Comores et notamment celle du Grand mariage.


 

« Yatsu fayna anda ye kakaya hindru » Cet adage comorien qui signifie « Qui n’a pas accompli son Grand mariage ne sera jamais quelqu’un dans la vie », retranscrit l’enjeu de cette tradition et tout l’intérêt qu’il y ait à devenir notable dans sa communauté.
La société comorienne a construit sa référence sociale sur différentes classes d’âges. Chacune de ces classes est liée aux autres par la solidarité. Cette solidarité est un des piliers du Grand mariage appelé traditionnellement « Anda ».
L’Anda se distingue du petit mariage par sa forme mais aussi par sa signification. Cette distinction est issue de l’expression « petite ou grande maison ». Ralia Aboudou, membre de l’association ACCOR de Marseille, qui a fait le Grand mariage, définit le petit mariage comme « une simple obligation religieuse. C’est le cadi dans le meilleur des cas, ou le premier religieux qui procède au mariage ». Ce mariage simple est célébré sur une seule journée en présence des mariés, de leurs témoins et du religieux. La cérémonie ne nécessite pas de toit particulier et peut être prononcée n’importe où.
Le Grand mariage comorien quant à lui, nécessite une maison très particulière qui est celle de la mariée d’où le terme de « grande maison ».
Il tire son origine du partage et de la solidarité. Autrefois, les récoltes une fois comptabilisées servaient pour partie aux besoins de la famille et pour l’autre partie à l’organisation d’un Grand mariage. Cette notion de partage a perduré et a pris la forme de dons et de contre dons qui s’effectuent au sein d’une même communauté. Biens matériels, bétails et argent alimentent le Grand mariage. La multiplication des dons a fait naître au sein de la communauté comorienne un débat sur l’abondance de cadeaux que certains voient comme excessive.
Réservé autrefois aux aînés de chaque famille, le Grand mariage concerne aujourd’hui sous l’effet de l’immigration tous les enfants d’une même famille qui souhaitent le réaliser.
Ce Grand mariage a une symbolique très forte au sein des différentes communautés. Véritable ascenseur social, il permet d’acquérir un statut fort dans le groupe, de devenir notable voire dans certains cas « grand initié ». Il donne le droit de parole et de décision dans son village et à la mosquée pour les hommes.
Les obligations en retour sont nombreuses. Faire un Grand mariage n’est possible que si les parents eux-mêmes ont sacrifié à ce rite. « Il y a une continuité entre le grand mariage des parents et celui de leurs enfants » souligne Ralia Aboudou.
Il ne s’agit pas d’une simple fête qui se déroule sur plusieurs jours. La réalité est bien plus lourde de conséquences. Le Grand mariage permet certes de devenir Grand marié, mais ce statut est entièrement fondé sur le gain et la perte de galons pendant toute l’existence. Si les devoirs et les obligations qui jalonnent la vie de Grands mariés ne sont pas honorés, il peut y avoir perte de parole pour ceux qui n’ont pas respecté les traditions.
Une des obligation majeure est de restituer les dons reçus pour son propre Grand mariage par les familles de la communauté qui à leur tour célèbrent un Grand mariage. Les invités manifestent leur respect et leur participation par le don. Chaque don est soigneusement noté dans un cahier pour qu’il fasse l’objet d’un contre don lorsque cet invité organisera le Grand mariage pour un de ses enfants. La symbolique du don et du contre don peut être ici illustrée par une simple phrase : « Je t’invite donc tu m’invites ».
Certains hommes peuvent réunir la somme nécessaire à l’organisation du mariage qu’après plusieurs années de travail et il n’est pas rare de voir des hommes âgés faire un Grand mariage avec des jeunes filles. Le financement de la cérémonie a souvent donné lieu à l’immigration des hommes comoriens notamment à Marseille pour réunir plus rapidement la somme nécessaire au Grand mariage.

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crédit photo Olivier GOUREAUX

 

 

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